Etonnant comme les sites d’information suisses, en particulier celui de la NZZ, s’intéressent peu à la dégringolade du cours de l’action UBS aujourd’hui (-7,5%). Le Financial Times, lui, n’a pas raté l’info et titrait en gros à ce sujet dès ce matin: le gendarme boursier suisse, la FINMA, a ordonné à la première banque du pays d’augmenter de 50% son capital destiné à couvrir ses risques opérationnels et autres litiges.
On ne trouve pas un mot de cette injonction sur le site de la FINMA. Dans le communiqué d’UBS sur ses résultats, il faut descendre un bon bout avant de trouver, au chapitre "Développements concernant le quatrième trimestre 2013", le passage suivant:
"A la fin du trimestre, UBS a reçu un ordre de la FINMA qui lui annonçait imposer, à partir du 1eroctobre 2013, une augmentation temporaire de 50% des actifs pondérés en fonction du risque opérationnel, par rapport à notre approche de mesures avancée, pour des questions liées à des litiges, à la conformité et autres questions en matière de risque opérationnel connues ou non connues. (…) A partir du quatrième trimestre 2013, cette augmentation temporaire par la FINMA devrait se traduire par une augmentation des actifs pondérés en fonction du risque opérationnel de 28 milliards de CHF."
La banque cocoricote que cette mesure ne baissera que de 30 points de base son ratio de capital CET1 selon les règles de Bâle III, ce qui "illustre parfaitement les avantages conférés par la solidité de sa base de capital". Cette affirmation est discutable, car le choc est amorti par une autre mesure à caractère unique (la récupération du fonds de stabilisation). D’ailleurs UBS reconnaît quelques lignes plus loin que "si l’augmentation temporaire précitée des actifs pondérés en fonction du risque ne devait pas être entièrement supprimée, l’ambition d’UBS d’atteindre, d’ici 2015, un rendement des fonds propres à l’échelle du Groupe de 15% devra subir un retard d’au moins une année".
Par ailleurs, la nouvelle illustre que la banque n’est de loin pas sortie des emmerdes juridiques que lui ont laissé ses chefs précédents. Il y a bien sûr le scandale de la manipulation du Libor, mais aussi celui, plus récent, de la manipulation des taux de change. Un article du New York Times nous apprend qu’UBS a reçu des "demandes de renseignements" de plusieurs autorités de surveillance à ce sujet. Pour ceux que cela intéresse, le Wall Street Journal parle du "Bandit’s Club", le parloir électronique où les négociants en devises discutaient leurs petits arrangements illégaux.
Le blog financier "Inside Paradeplatz" fait une analyse peu optimiste des résultats trimestriels présentés aujourd’hui et compare UBS à "un tanker qui aurait perdu son hélice".
Il y a hélas quelques hélices, mais dans le poste de pilotage …