En juillet 2008, j'avais rédigé un commentaire critique, relayant différentes études publiques, sur le bilan énergétique douteux du bioéthanol. Un lecteur avait fait part de son désaccord. Il y a bioéthanol et bioéthanol, argumentait-il: celui issu de la canne à sucre, comme au Brésil, et produit sous des climats favorables, est valable économiquement et supportable pour l'environnement.
C'est ainsi que j'ai rencontré Nikolai Germann, de la société pétrolière genevoise Addax, et appris qu'il travaillait sur un grand projet en Sierra Leone, pour produire de la canne à sucre et du bioéthanol.
Entretemps, je suis parti en Afrique, pas pour le bioéthanol mais m'intéresser à la chaîne de valeur qui mène du cacao au chocolat (voir ce blog, mois de mars à juillet 2009). Nikolai Germann n'a plus donné de nouvelles, je l'ai relancé une fois, sans succès.
En janvier de cette année, je lis un article du Monde diplomatique, signé Joan Baxter, sur les captations de terres en Afrique, par des Etats et des multinationales, avec un encadré sur la Sierra Leone et le projet Addax. Trois semaines plus tard, une société de communication genevoise m'appelle: c'est Addax qui propose à trois journalistes (Le Temps, Finanz & Wirtschaft, Jeune Afrique) de venir juger sur pièces.
Pourquoi pas? Le fait est qu'un journal n'a plus les moyens aujourd'hui de payer ce genre de reportage. Si je veux voir sur place, il faut accepter l'invitation (en la signalant au lecteur, bien sûr). Le risque est de se faire entraîner dans une visite guidée où tout le monde il est gentil et content, avec des politiciens locaux empressés auprès du providentiel investisseur étranger.
Il faut savoir quels sont ici les rapports de force. Le PIB de la Sierra Leone en 2008, c'est environ 2 milliards de dollars. Or c'est aussi la somme qu'a probablement touchée Jean-Claude Gandur, fondateur et CEO d'Addax en vendant les activités pétrolières de sa société aux Chinois l'an dernier (le prix de vente était de 8 milliards de dollars, et Gandur possède le quart des actions, d'après ce que j'ai lu). A vérifier. Si c'est le cas, cela signifie que Jean-Claude Gandur, avec sa fortune, peut s'offrir une année du PIB de Sierra Leone. Ce n'est pas le genre d'homme qu'on éconduit.
Fascinant personnage par ailleurs. Fils d'un médecin d'Alexandrie qui s'est retrouvé dans le village vaudoise de Gryon dans les années soixante, self-made man, discret comme tous ceux qui sont dans le pétrole, excellent négociateur sans doute. Bref, quelque qu'un qui vaut la peine d'être rencontré. Il sera du voyage.
Pour le reste, les questions sont: qui gagne quoi dans cette opération énorme (20 000 hectares, près d'un dixième de la surface du canton de Vaud, 200 millions de dollars d'investissement)? Comment la population locale est-elle impliquée dans le processus, indemnisée, employée, payée par la suite? Sont-ce uniquement les chefs locaux qui voient la couleur de l'argent? Comment équilibrer les cultures vivrières et industrielles? Quel est l'impact écologique? Que touche l'Etat central? Et accessoirement, que devient la Sierra Leone dix ans après la guerre civile qui a inspiré "Blood Dimaonds"?
Beaucoup de questions pour cinq jours sur place. Pas trop d'illusions: je verrai les gens d'Addax, les responsables locaux, des ONG, peu de paysans sans doute. Mais ce sont en ce moment les meilleures conditions possibles pour faire ce genre de travail, et les contacts que j'ai eux avec Addax jusqu'ici laissent entrevoir une certaine transparence.
Let's see.
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il y a 1 heure


