lundi 23 novembre 2009

Uttwiler Spätlauber forever!

Je vous parle d'un journal épais (104 pages), pétant de santé.
Je vous parle d'une histoire de pomme et de paradis (l'éternelle jeunesse).
Je vous parle d'une invention qui a séduit Michelle Obama.
Je vous parle d'une de ces histoires à succès qui font que la Suisse est grande devant l'Eternel.
Je vous parle de Migros Magazine et de la pomme Uttwiler Spätlauber.
Il était donc au pays de Guillaume Tell une variété de pommes menacée d'extinction, mais connue pour sa longue durée de conservation, la Uttwiler Spätlauber. Les chimistes de Migros, première chaîne de supermarchés de Suisse, y braquèrent leurs microscopes et, après quatre ans de recherches, isolèrent la substance active de Uttwiler Spätlauber, dûment enregistrée par la M-filiale Mibelle Biochemistry sous le nom PhytoCellTec Malus Domestica.
Les M-chercheurs ont été récompensés l'an dernier par l'European Cosmetics Innovation Prize. Mais la vraie consécration mondiale, c'est cet article de Vogue qui l'a apportée dans son édition de novembre. On y apprend que Michelle Obama est une fan du traitement à base de pomme helvète. Petite déception quand même: Michelle ne se fournit pas chez Mibelle, mais auprès d'une marque concurrente à qui, j'imagine, la recette de la pomme-miracle a été vendue.
Voilà l'histoire. Tout ça, c'est dans Migros Mag de cette semaine, dont je deviens fan au fur et à mesure que je lis les éditos de Fathi Derder dans la presse dite classique et payante.
Ben oui, M-Mag, c'est gratuit et surtout c'est du positif, de la bonne humeur entre deux tranches de lard, le monde qui va et achète sans faillir ses couche-culottes et lames Gillette à prix réduit, le triomphe de la Vie Heureuse au rayon conserves et condiments.
La vraie question médiatique en Suisse aujourd'hui n'est pas celle que ressassent les journaleux en pré-retraite - face au web, le buzinèce modèle des groupes de presse tient-il la route? (la réponse est non) - mais: de M-Mag et de Coop-Mag, qui est le meilleur? (le premier, à mon avis). D'ailleurs M-Mag se démultiplie. L'autre jour, un gros cahier sur papier bien épais - pas la râclure de chiotte sur laquelle sont imprimés les quotidiens d'aujourd'hui - mise en page soignée et photos classe, dormait dans ma boîte aux lettres. C'était une nouvelle M-publication basée sur le bien-être. Recettes, vacances, anti-stress, plantes, nature, zeste de new age: tout sur le bien-être, rien que du bien-être, une orgie de bien-être.
Tu l'ouvres, tu planes déjà. Une odeur d'encens surgit du néant, les soucis se désagrègent, le nirvana soufi sam'suffit pénètre jusqu'au tréfonds de l'âme - et en plus pour pas trop cher selon les produits habilement signalés au fil des pages.
C'est magnifique M-Messieurs, continuez de nous faire rêver. La presse des mauvaises nouvelles crève, en voilà une bonne nouvelle! Bientôt, il n'y aura plus que du bonheur et des pommes Uttwiler Spätlauber à croquer.

dimanche 22 novembre 2009

Les gorges du Dailley, et quelques notes en vrac sur le mysticisme


D'abord merci à Slobodan Despot, qui m'a permis, via un article de 24 Heures, de découvrir ce joli coin accroché au-dessus de Salvan. Slobodan Despot est éditeur, écrivain et traducteur, serbe d'origine et orthodoxe. Il a publié dans la page religieuse du très catholique Nouvelliste différents textes rassemblés dans un livre que ses éditions Xenia ont publié récemment sous le titre "Le Valais mystique".
Les catholiques du canton n'ont pas tous apprécié, semble-t-il. Cela tient sans doute à la nature de l'expérience mystique: "elle désigne une approche expérimentale du divin qui serait par nature incommunicable, où l'âme humaine accèderait à une rencontre directe avec Dieu" (Wikipedia). Le mysticisme tend par nature à échapper à la religion, qui le regarde de haut et avec un certain mépris, tel un magma de croyance mal structuré.
Le côté "brut de décoffrage" du mysticisme ne me gêne pas. Il m'arrive aussi de ressentir qu'il "se passe quelque chose" dans certains paysages, un quelque chose dont j'essaie de capter la fugacité dans les photographies, et tant pis si je n'y arrive que très imparfaitement. Le moment vécu est ce qui compte.
Si je parle de mysticisme ici, c'est parce qu'il a aussi une couleur politique. Je ne connais pas les opinions récentes de Slobodan Despot, mais je sais qu'il défendait la cause serbe avec vigueur au temps des éditions Dimitrijevic et des massacres en Bosnie. D'accord, j'admets que les Serbes ont aussi été victimes des Croates dans l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, qu'ils sont plus complexes et attachants (heureusement) que l'image qu'en ont donnée Milosevic et Karadzic. Mais au temps où les snipers serbes s'amusaient à faire des cartons sur les habitants de Sarajevo, au début des années 90, il n'y avait guère de place pour la nuance. Et les opinions alors professées par Slobodan Despot me paraissaient difficilement défendables.
Aujourd'hui, c'est surtout son épouse Fabienne qu'on voit. Elle milite à l'Union démocratique du Centre, le parti qui soutient entre autres l'interdiction des minarets (le mysticisme ou la croyance des autres dérange l'UDC, apparemment). Fabienne Despot bouffe du socialiste à tout bout de champ sur son blog, ce qui ne me dérange pas mais est parfois indigeste.
Toujours à propos de mysticisme - et d'UDC, voyez comme tout se tient - la TV romande diffusait jeudi dernier un reportage consacré aux jeunes UDC, valaisans en particulier, qui disaient avec des étoiles dans les yeux leur amour de la Patrie, de la discipline, et les frissons d'extase que leur procure le son du cor des Alpes le soir par-dessus les vallées. Ils disaient aussi la "menace" étrangère, le besoin de sauver la Suisse, etc.
C'est là que vient le malaise. Les émotions de Despot et des jeunes UDC sont respectables, chacun pratique le mysticisme qui lui plaît, c'est une question strictement personnelle. De ce fait, il n'est pas admissible de le mêler à une idéologie, à plus forte raison d'en faire un levier d'exclusion.
A ce propos, apprend-on, l'UDC déposera la semaine prochaine une motion parlementaire pour dénoncer la libre-circulation des personnes dans le but de la renégocier avec l'Union européenne. Chiche les gars! Déposez votre motion, gagnez ce vote, dénoncez les bilatérales, faites tomber le château de cartes, puisque les accords sont liés, imposez à la Suisse le mysticisme de la voie solitaire intégrale. On en reparlera dans dix ans.
Au fait, si la Suisse était rigoureusement conforme à la mystique de l'UDC à laquelle adhère Fabienne Despot, je ne vois pas comment son Slobodan d'époux pourrait arpenter les sentiers valaisans et enrichir son âme.

jeudi 19 novembre 2009

Le coup de savate de Delors à Blair

Dans le Financial Times du jour: le président du Conseil européen qui sera choisi aujourd'hui "doit être un Européen convaincu, d'un pays qui souscrive à toutes les politiques de l'Union" (c'est moi qui souligne). Une façon élégante d'éliminer, sans nommer le pays, tous les candidats de Grande-Bretagne, restée hors de la zone euro.
Par ailleurs, poursuit Delors, il n'est pas question d'un "superchef de gouvernement". Si l'élu devait se considérer comme un "président de l'Europe", cela contredirait les bases mêmes de l'UE et conduirait tout droit à des conflits de compétence. Bref, dit Maître Jacques, il convient de rester modeste dans toute cette affaire.
Il y a quand même une légère ironie (involontaire?) dans ses propos. Si Delors s'était cantonné dans le rôle qui lui était dévolu par les institutions quand il était président de la Commission européenne, l'UE n'aurait probablement pas connu le coup d'accélérateur dans les années 90.

mercredi 18 novembre 2009

Jean-Claude Trichet parle d'or

... dans Le Monde d'aujourd'hui. Deux extraits:
"L'économie de marché demeure le moyen le plus approprié pour cérer des richesses. La crise n'a pas renforcé l'adhésion à l'économie de marché, mais elle l'a révélée de façon frappante. il n'y a pas eu de contestation venant des pays émergents."

"L'euro n'a pas été créé pour lutter contre le dollar des Etats-Unis ou pour se substituer au dollar comme monnaie de réserve internationale. Il a été créé pour parachever le grand marché européen. (...) Je crois que la force du dollar au sein des monnaies convertivles est non seulement dans l'intérêt des Etats-Unis, mais aussi de la communauté internationale."

La pluie, c'est pour les autres


J'aime la façon dont les journalistes anglo-saxons s'adressent aux chefs d'Etat. "Obama should...", "the governement must...", claironnent leurs commentaires. On devine, y compris chez les fous du roi, les restes du rantanplan propre aux puissances capables d'influencer la marche du monde.
Même le doux Martin Wolf, du Financial Times, n'échappe pas à ce tic. Sa dernière analyse est carrément écrite sur le mode "voilà ce que Barack Obama aurait dû dire à Hu Jintao" et se poursuit comme si c'était Casse-la-Barack lui-même qui mettait les points sur les "i".
Mais pourquoi mettre les points sur les "i", au fait? J'en viens au fait, qui touche justement au poids relatif des puissants et de l'usage qu'ils en font - dans le domaine monétaire en l'occurence.
Même si le climat et la prolifération nucléaire sont deux enjeux dont Barack Obama et Hu Jintao ont raison de se préoccuper à long terme, il est est un autre qui demande une action à court terme, souligne Martin Wolf: la valeur artificiellement basse de la monnaie chinoise, qui est en train de siphonner les mesures de relance économique au profit de la Chine. Ce n'est pas sain, c'est même dangereux.
Paul Krugman pense la même chose dans le New York Times. Nous vivons, depuis plus de trente ans, dans un régime dit de changes «flottants», rappelle-t-il. Les gouvernements laissent s'apprécier ou se déprécier leur monnaie et n'interviennent en principe que pour freiner des mouvements trop brutaux. Par exemple l'Islande, confrontée à une fuite des capitaux au plus fort de la crise, ou plus récemment le Brésil, confronté au problème inverse d'un afflux d'investisseurs risquant de provoquer une bulle et de l'inflation, et qui a décidé de taxer les entrées de capitaux.
Tel est le système, forcément imparfait. Il a une grosse exception: la Chine, qui a décidé de lier sa monnaie au dollar. Pas complètement, c'est vrai: jusqu'à l'an dernier, on avait vu le yuan s'apprécier timidement face au billet vert. Mais depuis que la tornade financière est passée par là, c'est le règne du chacun pour soi. Les Américains laissent filer le dollar (quoi qu'en dise Ben Bernanke) pour effacer une partie de leur dette gigantesque et favoriser leurs exportations. Et les Chinois s'accrochent fermement au dollar dans cette baisse.
Or ils ne sont pas du tout confrontés à la même situation que les Etats-Unis: leurs réserves dépassent 2200 milliards de dollars, leur économie a repris le chemin de la croissance. En s'accrochant au dollar, le le renminbi s'est artificiellement déprécié, depuis mars 2009, de 15,7% face à l'euro, de 32,2% face au dollar canadien, de 17,2% face à la livre sterling, de 10,7% face à la roupie indienne, etc.
Autrement dit, les Chinois sont en train de siphonner les autres pays pour exporter meilleur marché et accélérer leur reprise. C'est inadmissible non seulement face aux Etats-Unis, mais aussi face au reste du monde.
Deux universitaires de l'Institut des Hautes études internationales de Genève, Richard Baldwin et Daria Taglioni, défendent l'idée que le surplus chinois, temporairement limé par l'effondrement général du commerce mondial suite à la crise, va gonfler de plus belle. Là est le danger: les Etats-Unis, et d'autres pays, ne l'admettront pas, alors que leur taux de chômage rôde autour des 10%.
Les Chinois peuvent dénoncer à hauts cris les mesures protectionnistes occidentales sur les chaussures ou les pneus made in China, mais ce sont eux qui provoquent en ce moment les plus grandes distorsions du marché, en leur faveur, par leur politique monétaire, et le retour de bâton, par exemple sous forme de taxes généralisées à l'importation, pourrait être saignant.
Si on se place d'un point de vue chinois, on soulignera bien sûr que la crise est venue des excès américains, et que les premières victimes en sont les Asiatiques aux poches remplies de bons du Trésor et de titres américains. La Chine n'a pas envie de devenir, comme le Japon il y a vingt ans, le dindon de la farce quand la bulle se dégonfle.
Comme leur répond Wolf-Obama, personne ne les a forcés de se bourrer les poches de ces bons et titres américains. Les Chinois détestent qu'on vienne leur faire la leçon et renvoient aujourd'hui critique pour critique. Sauf qu'au jeu du «c'est ta faute, pas la mienne si le Monopoly est cassé», il n'y aura que des perdants.
On sait qu'une cause profonde de la crise réside dans l'«équilibre de la terreur» financier qui s'est établi entre les Etats-Unis et la Chine, les premiers dépensant beaucoup plus qu'ils ne gagnaient grâce aux seconds qui épargnaiennt beaucoup plus qu'ils ne devaient.
Aujourd'hui, les Etats-Unis réajustent leur politique dans la douleur. La Chine, elle, joue les profiteurs comme si de rien n'était. Cela ne vas pas.
C'est aussi ce que vient de dire, en termes plus diplomatiques, le patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn  lors de sa tournée asiatique. En revanche, on est frappé par l'absence de l'Europe, pourtant concernée au premier chef, dans ce débat monétaire. C'est bien joli de se choisir un président du Conseil européen, un Haut-représentant pour les Affaires internationales, mais c'est encore mieux de savoir à quoi ils vont servir, quelle place l'Union européenne entend occuper sur la scène internationale.

Envie de chocolat

L'italien Ferrero et l'américain Hershey s'unissent pour faire une contre-offre sur Cadbury, qui a décliné celle à 9,8 milliards de livres sterling de Cadbury.
Pendant ce temps, Nestlé ne bouge pas un  doigt. Mais Warren Buffett a acheté pour 144 millions de dollars d'actions Nestlé, a-t-on appris hier.
Nestlé participait mardi à une grande conférence à la Haye sur la nourriture halal, dont la société basée à Vevey est le premier producteur mondial.
L'important dans l'industrie alimentaire, c'est d'avoir une recette d'avance, pas de se disputer autour d'un dessert trop cher.

La blague à 500 millions de Goldman Sachs


Lloyd Blankfein n'est pas seulement un banquier compétent qui arrive à payer des bonus record à ses boys l'année suivant la plus grave crise financière d'après-guerre - le fait que ses concurrents ont en partie crevé y aide sans doute un peu - c'est aussi un petit plaisantin.
En recevant les journalistes du Sunday Times la semaine dernière, il a justifié son activité, ses gains en expliquant qu'il faisait "le travail de Dieu" ("God's work"). C'était dit au deuxième degré.
Cela a été compris au premier, et la colère contre les banquiers de Wall Street a repris de plus belle. Confronté à ce désastre de relations publiques, Lloyd Blankfein a annoncé hier qu'il "s'excusait" pour le rôle joué par des institutions comme la sienne dans la crise financière et offert 500 millions de dollars pour aider 10 000 petites entreprises américaines en difficulté à relancer leurs affaires (2,3% de sa masse salariale et bonus 2009).
C'est pas beau, ça?
Moralité: tout ça, c'est la faute aux médias. Quand vous les évitez, ils n'arrêtent pas de vous critiquer. Quand vous êtes sympa et que vous essayez de nouer le contact avec eux, vous vous exposez à ce genre de déconvenue. Pas facile, la vie de banquier.