lundi 8 février 2010

Départ pour la Sierra Leone

En juillet 2008, j'avais rédigé un commentaire critique, relayant différentes études publiques, sur le bilan énergétique douteux du bioéthanol. Un lecteur avait fait part de son désaccord. Il y a bioéthanol et bioéthanol, argumentait-il: celui issu de la canne à sucre, comme au Brésil, et produit sous des climats favorables, est valable économiquement et supportable pour l'environnement.
C'est ainsi que j'ai rencontré Nikolai Germann, de la société pétrolière genevoise Addax, et appris qu'il travaillait sur un grand projet en Sierra Leone, pour produire de la canne à sucre et du bioéthanol.
Entretemps, je suis parti en Afrique, pas pour le bioéthanol mais m'intéresser à la chaîne de valeur qui mène du cacao au chocolat (voir ce blog, mois de mars à juillet 2009). Nikolai Germann n'a plus donné de nouvelles, je l'ai relancé une fois, sans succès.
En janvier de cette année, je lis un article du Monde diplomatique, signé Joan Baxter, sur les captations de terres en Afrique, par des Etats et des multinationales, avec un encadré sur la Sierra Leone et le projet Addax. Trois semaines plus tard, une société de communication genevoise m'appelle: c'est Addax qui propose à trois journalistes (Le Temps, Finanz & Wirtschaft, Jeune Afrique) de venir juger sur pièces.
Pourquoi pas? Le fait est qu'un journal n'a plus les moyens aujourd'hui de payer ce genre de reportage. Si je veux voir sur place, il faut accepter l'invitation (en la signalant au lecteur, bien sûr). Le risque est de se faire entraîner dans une visite guidée où tout le monde il est gentil et content, avec des politiciens locaux empressés auprès du providentiel investisseur étranger.
Il faut savoir quels sont ici les rapports de force. Le PIB de la Sierra Leone en 2008, c'est environ 2 milliards de dollars. Or c'est aussi la somme qu'a probablement touchée Jean-Claude Gandur, fondateur et CEO d'Addax en vendant les activités pétrolières de sa société aux Chinois l'an dernier (le prix de vente était de 8 milliards de dollars, et Gandur possède le quart des actions, d'après ce que j'ai lu). A vérifier. Si c'est le cas, cela signifie que Jean-Claude Gandur, avec sa fortune, peut s'offrir une année du PIB de Sierra Leone. Ce n'est pas le genre d'homme qu'on éconduit.
Fascinant personnage par ailleurs. Fils d'un médecin d'Alexandrie qui s'est retrouvé dans le village vaudoise de Gryon dans les années soixante, self-made man, discret comme tous ceux qui sont dans le pétrole, excellent négociateur sans doute. Bref, quelque qu'un qui vaut la peine d'être rencontré. Il sera du voyage.
Pour le reste, les questions sont: qui gagne quoi dans cette opération énorme (20 000 hectares, près d'un dixième de la surface du canton de Vaud, 200 millions de dollars d'investissement)? Comment la population locale est-elle impliquée dans le processus, indemnisée, employée, payée par la suite? Sont-ce uniquement les chefs locaux qui voient la couleur de l'argent? Comment équilibrer les cultures vivrières et industrielles? Quel est l'impact écologique? Que touche l'Etat central? Et accessoirement, que devient la Sierra Leone dix ans après la guerre civile qui a inspiré "Blood Dimaonds"?
Beaucoup de questions pour cinq jours sur place. Pas trop d'illusions: je verrai les gens d'Addax, les responsables locaux, des ONG, peu de paysans sans doute. Mais ce sont en ce moment les meilleures conditions possibles pour faire ce genre de travail, et les contacts que j'ai eux avec Addax jusqu'ici laissent entrevoir une certaine transparence.
Let's see.

dimanche 7 février 2010

Lausanne, dimanche de relâche, tourist in my own town

samedi 6 février 2010

Le pourboire de Lloyd

Neuf millions de dollars est une somme dont je me satisferais non seulement pour l'année en cours, mais pour le reste de ma vie plus celle de mes enfants, futurs petits-enfants et arrière-petits-enfants.
Mais on parle ici d'une autre planète: celle des bonus de Wall Street. Et neuf millions de dollars chez Goldman Sachs, c'était à peine un pourboire il y a deux ans. En 2007, son patron Lloyd Blankfein avait touché 68 millions de dollars en cash, actions et options. Pour 2009, ce sera 9 millions de dollars, en actions - 87% de baisse en deux ans, alors que Goldman Sachs est LA banque qui est sortie la tête haute de la Bérézina  financière, réalisant l'an dernier des bénéfices record.
Ce n'est pas de gaieté de coeur que l'aimable Lloyd fait ce geste. Il a fallu le grondement croissant de la populace et des élus, qui ont fini par convaincre Barack Obama qu'il devait se montrer plus ferme face à ses sponsors de Wall Street. Notez que sur les bonus, les propositions américaines sont minimalistes - on reste dans le pays où le succès se mesure au nombre de zéros sur le chèque.
Mais la colère du peuple ne faiblit pas, et c'est tant mieux. J'ai toujours défendu dans ce blog l'idée que si les mécanismes déclencheurs de la crise financière sont évidemment bien plus complexes que le seul système d'incitations dans les banques, celui-ci n'en joue pas moins un rôle central, toute action humaine se mesurant à l'aune de ses motivations. Et quand ces dernières se résument à l'appât démesuré du gain facile, par tous les moyens, on a là un levier idéal pour provoquer des catastrophes. Diminuer cet effet de levier, c'est réduire l'amplitude des catastrophes - qu'on n'évitera jamais complètement par ailleurs.
Plus j'entends les banquiers s'énerver à propos des bonus en répétant qu'ils ne sont qu'un "symptôme" de la crise (encore récemment avec le boy-scout de Davos Klaus Schwab, ou le banquier Konrad Hummler), plus je me dis que c'est bien là qu'il faut touiller avec le bistouri.
Keep the pressure, guys!
Par ailleurs, Lloyd Blankfein, derrière son affabilité et sa retraite stratégique sur les bonus, reste un homme dangereux. Il l'a montré lors de son audition devant une commission du législatif américain. Un sénateur lui faisait remarquer que si Goldman Sachs a si bien résisté à la crise, c'est notamment parce qu'elle vendait à ses clients des produits structurés complexes (notamment ceux qui reposaient sur des hypothèques pourries), puis prenait aussitôt des paris sur le fait que ces produits allaient se casser la figure - ce qui fut effectivement le cas.
Bien vu, mais quel respect du client! "C'est comme si vous vendiez une voiture aux freins défectueux, en sachant qu'ils le sont, et que vous preniez aussitôt une police d'assurance sur ce véhicule", a dit le sénateur  - (dont l'histoire ne dit pas s'il conduit une Toyota).
Lloyd Blankfein a vigoureusement défendu la façon de faire de GS, affirmant que le marché fonctionnait comme cela et qu'il s'adressait à des clients professionnels, vaccinés et majeurs. C'est là qu'il nous prend toujours pour des cons. Si nous avons retenu deux mots de cette crise ce sont ceux-là: "asymétrie d'informations". Ce qui veut dire, en clair, que le banquier d'affaires reçoit une foule d'informations, souvent avant les autres, que le client n'aura jamais. Ce n'est ni normal, ni moral. Aucune réforme financière proposée jusqu'ici ne s'attaque à ce problème, et je doute qu'aucune y parvienne.
D'où mon obsession - et je ne cesserai de taper sur ce clou: sus aux bonus!

jeudi 4 février 2010

Huis clos

"Du 1er au 5 février, cinq journalistes de France Inter, France Info, Radio suisse romande, Radio télévision belge et Radio Canada vont s’enfermer dans un gîte rural du Périgord pour s'interroger sur notre relation aux médias et à l'information" (Le Monde).
Moi qui croyais que le journalisme consistait à poser des questions et à rechercher des infos auprès de non-journalistes. Ca doit être la vieille école, celle d'avant le ouèbe.
Dorénavant on réfléchit, entre nous. Dans le Périgord, pour ne pas être dérangé par les marteaux-piqueurs de la gare de Cornavin et les vagues murmures de la planète.
Sûr que ça va être créatif.

Quand les spéculateurs vont se faire voir chez les Grecs

Depuis une quinzaine de jours, "les marchés", complaisamment relayés par la presse anglo-saxonne, ont décidé de tester la solidité du ménage public grec et, au-delà, celle de la zone euro.
Nul ne nie que la Grèce doit mettre de l'ordre dans ses finances et qu'elle n'a que trop tardé à le faire. Cela dit, une petite mise en perspective s'impose:
- La Grèce, c'est 3% du produit intérieur brut de l'Union européenne.
- Le déficit public annuel de la Grèce, c'est une semaine du déficit public américain.
- L'UE ne laissera jamais tomber la Grèce, et elle a largement les moyens de l'aider si le besoin s'en fait pressant. Simplement, elle ne peut ni ne veut le clamer en public. Elle ne peut pas parce qu'elle est soumise à des contraintes légales (Pacte de stabilité, règles de la Banque centrale européenne). Elle ne le veut pas parce qu'elle s'est trop souvent fait rouler dans la farine par le gouvernement grec et ses statistiques truquées. Jouer l'attentisme est une façon de dire à Athènes que cette fois, on ne rigole plus. Elle ne le veut pas non plus parce qu'en fait, l'UE rend service au nouveau gouvernement Papandreou en affichant une certaine intransigeance, lui permettant de dire à ses électeurs: "c'est pas moi, c'est les autres qui me forcent à prendre des mesures d'austérité".
Il n'en reste pas moins qu'en cas de besoin, des pays comme l'Allemagne sont prêts à colmater les brèches grecques (l'Allemagne l'a déjà fait pour l'Italie dans les années 70).
Toujours dans la mise en perspective, quelques nouvelles américaines:
- Moody's (qui n'est certes plus parole d'Evangile, mais ses avis restent intéressants) a publié mercredi une note sur le budget américain où elle écrit ceci: "A moins que des mesures d'assainissement supplémentaires soient prises, ou que l'économie rebondisse plus fortement que prévu, les projections des finances publiques pour la prochaine décennie mettront sous pression à un certain point la note triple A accordée aux obligations d'Etat américaines". Au fur et à mesure que les taux d'intérêt vont se relever et que la dette va augmenter, la capacité d'endettement du pays se détériorera "de façon majeure". Le seul paiement des intérêts pourrait atteindre 17,8% des recettes de l'Etat en 2020.
- Dans le propre budget de la Maison Blanche, un tableau relevé par AFP dans la section "perspectives analytiques" montre que dans l'hypothèse où les trois programmes de sécurité sociale actuels sont maintenus sans frein, le déficit américain représenterait 62,3 du PIB en 2085, la dette passant à ... 830% du PIB. OK, c'est un peu du jus de crâne, personne ne sait vraiment ce qui se passera dans 70 ans, mais cela indique une tendance.
- Les "credit defaut swaps" (en clair, le prix à payer pour le risque de défaut de paiement) sur la dette de la Californie ont augmenté de 97% depuis octobre dernier. La Californie, c'est la Grèce des Etats-Unis - sauf que son PIB "pèse" 1850 milliards de dollars, soit cinq fois et demi celui du pays de l'ouzo.
Où est le risque majeur?

mercredi 3 février 2010

Echangeons, gai-gai...

L'échange automatique d'informations entre autorités fiscales pour lutter contre l'évasion fiscale est "une question qui se pose" aurait déclaré Hans-Rudolf Merz mercredi en conférence de presse, selon la NZZ. La Suisse est toujours officiellement opposée à cet échange, mais le grand journal radical a trouvé le ministre des finances comme "indifférent" ("lau") face à cet enjeu. Presque prêt à lâcher le morceau, en quelque sorte.
On sentait bien que Merz ne s'était pas vraiment remis de son triple pontage coronarien...
A moins que le coup de blues soit plus général? Le commentaire du quotidien zurichois des affaires est lui aussi résigné.
Tout ça pour une liste-fantôme de clients vendue à l'Allemagne, dont on ne connaît ni les noms, ni les banques visées... Et si c'était de l'intox? En tout cas, l'effet est majestueux!

104,3 millions de dollars!

... Pour "L'Homme qui marche I" de Giacometti, vendu par Sotheby's à Londres. Il est strictement interdit d'ajouter un gag du genre: "...ben, qu'est-ce que ça aurait valu s'il avait été moins maigre!"
(ce blog est décidément en pleine décadence)