vendredi 29 janvier 2010

Farniente

Le gouvernement (socialiste) espagnol a décidé aujourd'hui d'augmenter progressivement de 65 à 67 ans l'âge de la retraite. Dans la foulée, il veut allonger la période de cotisation.
Parallèlement, un sondage Les Echos/France Info nous apprend que 63% des Français (si l'on en croit un échantillon de 1000 personnes) veulent maintenir l'age de la retraite à 60 ans.
C'était notre quizz du vendredi: quel pays européen aura le plus gros déficit public dans quelques années, et la population de retraités la plus râleuse et mal lotie?

Exclusif: le vrai visage de ben Laden

L'homme le plus recherché de la planète (vit-il encore? est-il déjà mort?) a fait parvenir à la chaîne Al Jazeera une cassette audio pour le moins étrange. Il y adresse "une message pour le monde entier" sur... le réchauffement climatique. Il y blâme les pays industrialisés "qui ont signé le protocole de Kyoto"  et manquent à leurs engagements. Il s'en prend à George W. Bush qui ne l'a pas signé pour faire plaisir aux multinationales (hi! ben, tu es au courant que les Etats-Unis ont un nouveau président?), il cite le philosophe et activiste Noam Chomsky et appelle à boycotter le dollar...
Bien entendu, il reste à prouver si cette bande est authentique. Elle témoigne en tout cas d'un glissement intéressant du rôle que joue ce personnage désormais mythique. Si Al Qaida reste dangereux, l'internationale terroriste aura du mal à rééditer l'exploit que fut (pour elle) la destruction du World Trade Center en 2001. Du coup, sa figure de proue semble se muer en gourou ectoplasmique de la lutte anticapitaliste et antiaméricaine.
Ben Laden me fait  penser à Betty Bossi, dont les livres de recettes garnissent les étagères de la plupart des cuisines suisses. Elle avait un visage (photo ci-dessus) parfaitement fabriqué, de même que sa signature. Derrière ce personnage fictif s'activait - et s'active toujours - une petite armée de professionnels qui vendent aux ménagères leur popote familiale et produits dérivés.
Al Qaida est au terrorisme ce que Betty Bossi est à la cuisine, la barbe en plus et la sauce en moins.

jeudi 28 janvier 2010

Coucou Davos, un message de Genève


Je n'ai pas vu de gros titres sur le rapport annuel publié il y a deux jours par l'Organisation internationale du travail à Genève. Alors voilà l'information principale qu'il contient: en 2009, le nombre de chômeurs a atteint le total de 212 millions de personnes dans le monde, en augmentation de 34 millions depuis 2007.
C'est le contrecoup de la crise financière. La bonne nouvelle, c'est que l'intervention énergique des gouvernements a permis de limiter la casse. La moins bonne, c'est que la situation ne va pas s'améliorer en 2010, où il faut encore compter avec 3 millions de chômeurs supplémentaires dans les pays développés, selon l'OIT.
"Au moment où le Forum économique se réunit à Davos, il est clair que la priorité politique d'aujourd'hui est d'éviter une reprise sans création d'emplois". Tel est le message du directeur de l'OIT Juan Somavia.
Peut-être ai-je l'ouïe affaiblie, mais je n'ai pas entendu beaucoup de choses dans ce sens jusqu'ici depuis les cimes neigeuses. On y casse du banquier, c'est sans risques, mais des propositions concrètes pour une relance dont Monsieur et Madame Tout-le-Monde sentent les effets, il n'y en a pas beaucoup.
Le slogan du WEF cette année est "repenser, redessiner, reconstruire". C'est le genre de rateau qu'apprécie son fondateur Klaus Schwab. Avec des dents aussi espacées, il est normal que quelques millions de chômeurs passent à travers.
Barack Obama a compris lui, que la priorité était: jobs! jobs! jobs! Un enjeu que résume assez bien cet éditorial, où l'on trouve aussi un lien sur une initiative très concrète en faveur des jeunes qui lâchent leur formation. Ca sent un peu le volontarisme boy-scout américain, mais c'est intéressant.

mercredi 27 janvier 2010

Davos, le grand moral de Sarkozy

Nous voilà rassurés. Le capitalisme de demain sera soumis à «l’exigence de morale, l’exigence de responsabilité, l’exigence de dignité des citoyens».
Ainsi parlait Zarathoustra - pardon: Nicolas Sarkozy au Forum de Davos. Le président français y a joué les vedettes américaines vu que des Américains, justement, y'en a pas beaucoup dans les Grisons pour ce 40ème raout des global leaders.
Ce qui tombe au fond assez bien, car la Suisse, en ce moment, est un peu gênée aux entournures vis-à-vis des Etats-Unis. Pour rappel, le Conseil fédéral avait signé avec Washington, l'an dernier, un accord dont il n'était pas peu fier, réglant à l'amiable le cas UBS (aide active et systématique à l'évasion fiscale, reconnue par les dirigeants de la banque et sanctionnée par une méga-amende aux Etats-Unis). Selon cet accord, la Suisse livrait à l'Internal Revenue Service un peu plus de 4000 noms de clients UBS fraudeurs, et les Américains passaient l'éponge.
C'était compter sans le Tribunal fédéral administratif, qui a estimé la semaine dernière que cette manoeuvre était contraire au droit existant sur le secret bancaire. Le Parlement n'ayant pas été consulté pour changer la loi, c'est l'actuelle qui s'applique, ont estimé les juges, et non un droit d'exception.
Patatras! Que faire? Convoquer le Parlement dare-dare? Risqué. Laisser UBS se démerder toute seule? Risqué aussi, la banque n'est pas bien vaillante (14 francs l'action, vendez braves gens!). Recourir au droit d'urgence? C'est s'enfoncer encore plus dans l'irrégularité.
Restait à demander poliment à l'Oncle Sam s'il ne serait pas par hasard un peu d'accord de rediscuter l'accord, vu qu'à la maison, voyez-vous, y'a bobonne qu'est pas contente derrière la porte, avec son gros rouleau à pâte. C'est ce qu'a fait le gouvernement suisse aujourd'hui, toute honte bue (on n'en est plus à un hectolitre près).
Il y a dans l'accord de l'an dernier avec les States une petite clause où se niche l'espoir tremblant du Conseil fédéral: si 10 000 contribuables fautifs et clients d'UBS se dénoncent spontanément au fisc américain, la livraison de la liste de 4000 noms n'est plus nécessaire.
Voilà à quoi en est réduite la Suisse - espérer que 10 000 repentis paieront les pots cassés. Compter sur l'IRS pour qu'il nous le dise franchement et rapidement, puisque lui seul a ces données. Et ainsi tirer UBS, une fois de plus, du guêpier où elle s'était fourré en toute connaissance de cause, sans que les autorités de surveillance suisses y voient quoi que ce soit à redire.
Retour à Davos où Nicolas Sarkozy, pas très galant, est arrivé juste à temps pour prononcer son discours sur "la refonte du capitalisme". Il n'a ainsi pas entendu l'intervention de la présidente de la Confédération Doris Leuthard, très morale elle aussi, sur le "décalage entre le discours et la réalité".
Elle parlait des bonus bancaires, pas d'UBS.

iGagne pas

Lu dans un petit encadré du Financial Times du jour: le chômage touche particulièrement les jeunes aux Etats-Unis. Un noir sur cinq (âgé de 20 à 24 ans) n'a ni travail, ni formation. Seuls 26% des jeunes entre 16 et 19 ans avaient un emploi à fin 2009, selon les statistiques officielles - le pourcentage le plus bas depuis que ces chiffres sont enregistrés, en 1948.
On comprend mieux que le premier président noir des Etats-Unis éprouve le besoin urgent de donner un second souffle à son mandat.

lundi 25 janvier 2010

iGagne

Apple a vendu 8,7 millions de iPhones en trois mois - oui, sur un seul trimestre. La progression des ventes sur un an est de 100%, le téléphone est vendu dans 86 pays. Dans le communiqué des résultats, Steve Jobs fait allusion au "nouveau produit majeur" lancé cette semaine (mercredi 27 à 10 heures du mat', Pacific time), au sujet duquel "nous sommes très excités".
C'est ce qui s'appelle entretenir le buzz. De quoi oublier les résultats financiers qui ne sont pas mal non plus: 15,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires trimestriel, pour un bénéfice de 3,4 milliards de dollars (bonjour la marge!). A ce rythme, calcule le boss, Apple est désormais une compagnie qui peut générer un chiffre d'affaires annuel de 50 milliards de dollars.
A titre de comparaison, le chiffre d'affaires de Microsoft pour 2009 s'établit à 58,4 milliards de dollars (contre 60,4 milliards en 2008).
Apple rattrapant, voire dépassant Microsoft? C'est désormais du domaine du possible. Pas mal pour le bricoleur des z'ordinateurs McIntosh (photographié ici en 1984 - je me souviens, on travaillait avec ces bécanes à L'Hebdo, les premières machines électroniques à remplacer les bonnes vieilles Hermès vertes. Aaah ma p'tite dame, y s'en est passé des choses depuis!)

dimanche 24 janvier 2010

Etang du Sepey, Cossonay

vendredi 22 janvier 2010

Welcome back, Mr. Volcker!

A 83 ans, l'ex-président de la Réserve fédérale est toujours là. Et il semble avoir eu l'oreille du président des Etats-Unis, dont il était un conseiller spécial suite à la crise financière. Les règles qu'a dévoilées Obama hier sont encore trop imprécises pour qu'on puisse porter un jugement, néanmoins on dirait bien que la Maison Blanche est déterminée à limiter au maximum les activités pour compte propre, les "véhicules spéciaux" et autres fonds spéculatifs internes qui étaient devenus avant 2008 la grande passion des banques, les avaient engraissées avant de les précipiter au bord de la faillite.
La réaction des marchés montre que les établissements concernés prennent ces mesures au sérieux. A regarder de plus près (mais d'abord un peu de ski, bon sang, cette semaine ensoleillée est la plus incroyable sur les pistes depuis longtemps!)
P.S.: Goldman Sachs a raboté ses bonus et les a ramenés à 35,8% du bénéfice, ce qui représente quand même la coquette somme de 16,2 milliards de dollars pour l'année écoulée. Cela sous une pression populaire et politique inhabituelle. Autant dire qu'à la première occasion, cette banque et les autres géants de Wall Street se rattraperont. D'où l'importance de s'attaquer au problème de fond.

mercredi 20 janvier 2010

Haïti, vu d'hélicoptère

Je ne suis pas sur place. Donc prudence.
Reste que, une semaine (!) après le tremblement de terre à Haïti, quelque chose ne fonctionne pas dans la façon dont l'aide est acheminée, organisée.
Dans les courriels reçus à mon adresse du Temps, je vois le deuxième appel au secours de Médecins sans frontières. L'avion-cargo transportant une partie de leur hôpital de campagne ("gonflable", disent-ils) a été empêché pour la troisième fois d'atterrir à Port-au-Prince, alors que leur responsable annonçait dans une conférence téléphonique, vendredi dernier déjà, que les équipements seraient arrivés le jour même. Cinq vols frêtés par MSF ont été détournés ou annulés. Chaque jour, des blessés meurent, faute d'amputations, faute de soins, dit l'organisation.
Pendant ce temps, les Américains prennent tout leur temps pour se déployer, assurer leur propre sécurité, dégager la piste pour que Mâââme Clinton fasse son show sur place (on se demande bien ce qui est le plus utile: une larme de Hillary sur CNN ou des médicaments?).
Ce week-end déjà, un ministre français a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas: cette opération de sauvetage ressemble à une recolonisation de Haïti, les States ont pris de fait la direction des opérations, à leur manière qui n'est pas toujours la plus efficace. Puis il a fermé sa gueule, sur ordre d'en haut sans doute, parce ce que ça fait mauvais genre de se bouffer le nez sur les décombres où pourrissent encore des cadavres et que les TV nous les resservent en boucle.
Donc silence radio sur les querelles. N'empêche que le contraste entre les images et les milliards promis d'un côté, la réalité sur le terrain de l'autre devient difficilement tenable. Encore une fois, on est plus intelligent à distance. Mais le bon sens semblait recommander la distribution immédiate, par une noria d^hélicos, d'eau, vivres et équipements de base dans une cinquantaine d'endroits à peu près dégagés, et tant pis si les pillards en accaparent une partie, tant pis s'il n'y a pas des gentils casques bleus ou des gentils GI's ou des gentils soldats de Tsahal (écoeurant, la guerre de propagande à laquelle se livrent les pays sur les morts d'Haïti!) pour distribuer les rations sous le regard ému des journalistes.
Au lieu de cela, les hélicos tournent et tournent avec des cameramen, des logisticiens, des humanitaires qui préparent leur plan d'action comme on leur a appris dans les manuels.
Cette catastrophe n'est pas de celle qui étaient prévues dans les manuels, mais l'Occident au bon coeur semble avoir de la peine à s'en rendre compte. Habitudes, routine, formel. Combien de vies cela aura-t-il coûté?

samedi 16 janvier 2010

Soupe populaire

1,3 million de New Yorkais dépendent aujourd'hui de la soupe populaire, selon la Food Bank de New York City. Le nombre de ceux qui recourent pour la première fois aux services d'urgence pour manger a augmenté de 93%. Un enfant sur cinq (+48% depuis 2004) est tributaire de cette aide alimentaire.
Le bureau de la Food Bank est situé à quelques pas d'établissements financiers qui ont reçu des dizaines de milliards de dollars du gouvernement pour les sortir du pétrin où les avait jetés leurs folies - certains ont recommencé à payer des bonus record cette année (lire ci-dessous).
"Nous sommes la seule banque de Wall Street à laquelle vous pouvez faire confiance", ironise Aine Duggan, de la Food Bank.
Qui répercute ces propos scandaleusement populistes et gauchistes? Le dernier numéro de The Economist.

Petite entreprise

Lu dans le dernier magazine romand L'Hebdo:
...une double page d'interview de Christophe Passer, ex-rédenchef de l'Illustré qui publie un livre de chroniques,
...un peu plus loin, trois pages écrites par le même Christophe Passer sur Django Reinhardt,
...un peu plus loin encore, une double page consacrée au journaliste Fathi Derder, "l'hédoniste de la radio filmée" qui cite comme source d'inspiration culturelle incontournable son ex-épouse Isabelle Falconnier,
...un article de trois pages écrit par Isabelle Falconnier, justement, qui se trouve être rédactrice en chef adjointe de L'Hebdo et, accessoirement, épouse actuelle de Christophe Passer (je ne sais pas si vous me suivez toujours).
Au fait, les chroniques de Christophe Passer étaient intitulées "Ma Petite Entreprise". La presse romande est effectivement en train de devenir une PME familiale.

vendredi 15 janvier 2010

Kindle arnaque les journaux

Les éditeurs qui rêvent du jour où les tablettes électroniques du type Kindle (Amazon) regarniront leur porte-monnaie grâce aux micro-paiements ou abonnements en ligne feraient bien de lire cette dépêche Bloomberg et cet article de la Columbia Journalism Review. On y souligne qu'avec Kindle, Amnazon garde pour lui 70% (sept-zéro, c'est bien ça) des recettes perçues. La CJR a fait un petit calcul en supposant que le million d'abonnés du New York Times lisent et paient le journal de cette façon, au prix de 14 dollars par mois, moins la commission prélevée par Amazon: il resterait au quotidien de quoi financer un quart de sa rédaction, sans parler de tous les autres services.
Dans les nouvelles technologies comme dans l'agriculture, ce sont les intermédiaires qui s'engraissent. Et les journalistes continuent de bouffer de la vache enragée.
Au fait, nous apprend Le Monde, citant une étude du Pew Research Center menée à Baltimore faite l'an dernier, les médias traditionnels continuent de produire l'essentiel des informations nouvelles: 48% pour la presse généraliste, 13% pour les journaux de niche, 27% pour les TV locales, 7% pour la radio. Les nouveaux médias ne produisent que 4% des informations originales; pour l'essentiel, ils recyclent en boucle (ce que je suis en train de faire avec cet article du Monde). Les résultats ne concernent certes qu'une ville américaine, mais ils donnent tout de même à réfléchir.

117 milliards par ci, 150 par là...

Obama veut taxer les banques à hauteur de 117 milliards de dollars pour que celles-ci remboursent l'aide reçue de l'Etat pendant la crise financière. Le bon peuple applaudit, pas moi. Les doutes que m'inspirent ce genre de mesures restent les mêmes que j'avais exprimés quand Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont pris des initiatives similaires.
Cela ne résoud en rien les causes de la crise ni ne contribue à éviter la suivante. En plus, cela réduit la pression sur le gouvernement pour qu'il présente un plan crédible de réduction de son gigantesque déficit. C'est un oreiller de paresse populiste.
Pendant ce temps, les banques américaines verseront 150 milliards de bonus pour l'année écoulée, estime le Wall Street Journal. Et dire qu'Obama prétend s'attaquer aux "bonus obscènes" des "fat cats" de Wall Street. Il prend vraiment les gens pour des cons.
L'Etat se sert. Les directeurs et les traders se servent. les tondus, dans l'affaire, sont les clients des banques.

Haïti, un point de vue intéressant sur France info

Arrêtons de produire des bilans "au pif" et de parler de "chaos"

Jean-Hervé Bradol, l’ancien président de la section française de Médecins sans Frontières, aujourd’hui directeur d’études à la fondation MSF, dénonce "un embouteillage dans la production des informations" (pourtant essentielles pour l’avancée des secours) à force de chiffres fantaisistes et d’images inappropriées. Jean-Hervé Bradol était l’invité de France Info ce matin.
Choisir ses mots et bannir les chiffres, pour parler aujourd’hui de cette catastrophe Leçon de communication sur le séisme en Haïti, par Jean-Hervé Bradol, de MSF (13'36")

"Ceux qui avancent des chiffres de morts à travers le béton sont des illuminés". Jean-Hervé Bradol proteste contre la multitude d’informations approximatives et d’idées préconçues relayées dans cette catastrophe. "Chaos", dit-il est un terme inapproprié. S’étonner de la lenteur des secours internationaux est vain. Non, les cadavres de ce type de catastrophe ne sont pas une urgence sanitaire : c’est simplement une urgence sociale et psychologique. "Parler d’émeutes par avance, dit-il encore, c’est appeler à la panique". Enfin, arrêtons de "faire croire au public, à votre grand-mère ou votre frère à Trouville, que ce sont ses dons qui vont reconstruire le pays". Pour lui, c’est la mobilisation des États qui fera la différence.

jeudi 14 janvier 2010

Proverbe haïtien

«Malè pa gen klaksòn» (le malheur ne s’annonce jamais)

vendredi 8 janvier 2010

Dubai, toujours

Le plus grand gratte-ciel (moche) du monde a été inauguré en début de semaine à Dubai. De quoi faire oublier, quelques jours, le défaut de paiement sur une tranche de dette de 3,4 milliards de dollars due par Dubai World, le jouet immobilier des sheikhs mégalomanes.
Le grand frère Abu Dhabi est venu à la rescousse sur ce coup-là. Mais la réalité rattrape au galop le Dysneyland des sables. Je lis dans Libération que le consortium japonais chargé de construire le métro de Dubai a arrêté les travaux, pour cause d'impayés qui se monteraient à 3,6 milliards d'euros selon les Nippons. C'est beaucoup d'argent, plus encore que la tranche gelée de Dubai World.
Pas terrible, le champagne tiède.

Sangsues

Ca doit être l'hiver, la neige, je ne sais pas quoi, mais je me sens sarkozien ces jours. Après son coup de gueule contre le dollar, je suis intéressé par celui qu'il a poussé contre les revenus publicitaires de Google, Microsoft et autres Yahoo!, réalisés sur le marché français (entre autres) mais fiscalisés - avantageusement - en Irlande.
"Et alors?" me rétorque mon collègue François, qui voit déjà la pieuvre étatique à l'oeuvre. "Les sociétés font jouer la concurrence fiscale, cela fait partie du jeu, non?"
Sauf que le jeu des holdings et filiales me paraît assez opaque et pas très équitable. Je ne suis pas pour un Etat confiscatoire, mais je pense qu'on ne devrait pas trop s'écarter du principe selon lequel les activités économiques sont taxées par l'entité juridique où elles se déroulent effectivement (ou s'y greffent, comme dans le cas de la pub).
Comme toujours avec Sarkozy, la question est celle de la mise en oeuvre, qui ne peut être exclusivement française.
Pour ma part, je lis dans cette affaire un enjeu plus large qui me concerne comme journaliste: la répartition des revenus entre les producteurs de contenu et les marioles (opérateurs, vendeurs de gadgets, agrégateurs, sites de recherche) qui se servent de ce contenu pour faire leur beurre.
Je lisais hier soir sur un site de journalisme américain un article intitulé: "Les tablettes électroniques, une autre façon de perdre de l'argent pour les éditeurs?" L'auteur y affirme qu'Amazon, qui fabrique la tablette Kindle, encaisse 70% des revenus générés par les consultations en ligne. Si tous les abonnés du New York Times consultaient et payaient leur journal par ce canal, aux prix en ligne actuel, la part revenant au journal couvrirait à peine le quart des frais rédactionnels, sans parler des autres.
C'est bien joli de s'extasier sur les gadgets électroniques et Google, mais il faut être conscient qu'ils fonctionnent aussi comme des sangsues.

jeudi 7 janvier 2010

Guerre monétaire

Sarkozy dans ses voeux de nouvelle année: "Il faut remettre la question des disparités monétaires au centre des débats internationaux".
Absolument d'accord avec lui. Les Américains laissent hypocritement filer le dollar pour écluser leur dette. Les Chinois accrochent leur monnaie au dollar, contre toute logique économique et monétaire, pour doper leurs exportations, et poussent des hurlements dès qu'on le leur fait remarquer. Les couillons, au milieu, sont les Européens.
C'est une guerre économique larvée, qui refuse de porter son nom. L'alliance G2 Chine-Etats-Unis qu'on a vue à l'oeuvre à Copenhague n'est pas de bon augure pour l'issue de cette guerre. L'Union européenne devrait y aller unie. Sarko le soloïste saura-t-il évoluer dans ce sens?

Rajouté à midi: le dernier indice Big Mac de The Economist, basé sur la théorie de la parité du pouvoir d'achat. On y voit le yuan clairement sous-évalué.

mercredi 6 janvier 2010

"My parents were awesome"

Ce sont des djeunes d'aujourd'hui qui le disent, en mettant sur le web des photos de leurs parents à l'époque où ceux-ci portaient pattes d'éph', chemises à fleurs et tutti quanti. De quoi faire réaliser aux quasi-sexagénaires dont je suis qu'ils sont effectivement devenus vieux. Promis, le prochain message sera plus sérieux que celui-ci et le précédent ;-)

L'effet papillon

Un gars se présente chez un dentiste:
- Dites, j'ai un problème: je me prends pour un papillon de nuit.
- Ah bon, fait le dentiste, et pourquoi venir me voir, moi?
- Ben, j'ai vu de la lumière et je suis entré...
(Thanks Kev')

mardi 5 janvier 2010

Sarko et Lula, les dessous d'un amour tropical


Cela se passait le 14 novembre 2009. Réunis à Paris, le président français Nicolas Sarkozy et son homologue brésilien Lula da Silva signaient un appel commun aux pays de toute la planète pour qu'ils réduisent leurs émissions de carbone de 50% au moins d'ici à 2050. "Nous ne voulons pas d'un accord au rabais", assurait Sarko, tandis qu'au même moment, à l'autre bout de la planète, en marge d'un sommet de l'ASEAN à Singapour, Chinois et Américains annonçaient poliment que le sommet de Copenhague sur le climat accoucherait d'une crotte de souris.
L'issue du double France-Brésil contre Chine-Etats-Unis ne faisant guère de doute, il restait une question: pourquoi cette alliance entre le pays des Lumières et celui de la samba? On aurait pu imaginer que Sarkozy utilise plutôt son énergie pour rallier Angela Merkel et Gordon Brown à la sainte cause, ce qui aurait évité à l'Europe de se couvrir de ridicule à Copenhague.
Mais non, c'était le Brésil. Rebelote quelque temps après. Sarko et Lula lançaient un appel solennel en faveur du climat, depuis le fin fond de l'Amazonie cette fois. L'écho fut aussi assourdissant que le cri d'un perroquet dans l'estomac d'un léopard.
Mais que faisait donc le président français au Brésil? La réponse m'est apparue en lisant cet article: il vendait des Rafale, pardi! Ce qui l'intéressait n'était qu'accessoirement la lutte contre le réchauffement climatique et principalement la perspective de voir les beaux zavions tricolores griller leur kérosène au-dessus des forêts brésiliennes, pour le plus grand bonheur de l'industrie d'exportation.
Apparemment, c'est perdu sur les deux tableaux - climat et exportations. Pas de chance.

Nestlé s'offre une pizza

Pour 3,7 milliards de dollars. C'est le prix payé par la société suisse pour DiGiorno, Tombstone, California Pizza Kitchen, Jack’s et Delissio, les marques principales de Kraft Foods aux Etats-Unis et Canada. Elles s'ajoutent à Stouffer's, Lean Cuisine, Buitoni, Hot Pockets et Lean Pockets, déjà possédées par Nestlé. Miam!
J'avais raison d'être sceptique sur l'hypothèse selon laquelle Nestlé entrerait dans la bagarre autour de Cadbury. Au dessert, trop cher, la société suisse a préféré le plat principal. Surtout que celui-ci s'inscrit dans sa stratégie visant à proposer des plats préparés plus équilibrés à un public plus conscient de sa santé. Là, Nestlé commence à disposer d'une large palette dans les surgelés sur deux gros marchés.
Et Kraft encaisse 3,7 milliards de dollars pour augmenter son offre sur Cadbury. Pas sûr qu'il soit le gagnant de l'affaire.
P.S. à 18 heures: On dirait que Warren Buffett pense comme moi...

lundi 4 janvier 2010

Credit suissssss...

... comme un pneu qui se dégonfle? Jusqu'à il y a peu, l'autre grande banque suisse s'était mieux tirée d'affaire qu'UBS dans la crise financière. Mais la voilà poursuivie en dommages et intérêts à hauteur de 24 milliards de dollars par des investisseurs immobiliers américains. Ils lui reprochent d'avoir accordé des prêts sur des estimations délibérément gonflées pour s'approprier les biens quand les débiteurs n'ont pas réussi à honorer leurs obligations, selon Bloomberg.
Pour rappel, Credit Suisse a payé récemment une amende de 536 millions de dollars après avoir reconnu qu'elle avait violé, pendant des années, la loi américaine interdisant certaines transactions avec les "Etats-voyous".
Pas évident, de faire du business aux Etats-Unis, surtout si on essaie d'y faire le mariole. Credit Suisse ne paiera probablement qu'une petite partie de la somme réclamée par les investisseurs qui s'estiment floués (à tort ou à raison), mais pour l'image, il y a mieux.

Petite cuvée pour Buffett

A propos de Nestlé (voir message précédent), Warren Buffet avait acheté pour 144 millions de dollars de l'entreprise suisse en novembre dernier. Sur l'ensemble, l'année 2009 n'a pas été très propice pour "l'oracle d'Omaha", selon l'expression consacrée. Bloomberg calcule que son fonds Berkshire Hathaway a fait nettement moins bien que l'indice boursier S&P 500 (2,5% contre 23%) et réalise sa plus mauvaise performance de la dernière décennie.
L'important n'est pas dans le court terme: selon Jeff Matthews, qui a écrit un livre sur la méthode Buffett, le problème est plutôt que, victime de son succès, le fonds est géré aujourd'hui de façon plus conservatrice, dans le sens de la protection du patrimoine, et devient aussi plus dépendant des fluctuations économiques. Un des derniers gros investissements de Buffett était dans les trains, pas précisément un moyen de gagner de l'argent rapidement.
Soyons justes: l'oracle d'Omaha n'a jamais prétendu offrir la Lune en deux ans. Il suit son chemin, et pour l'instant, celui-ci a moins zigzagué que d'autres. Berkshire Hathaway a quand même battu l'indice 15 fois sur les 22 dernières années.

28 milliards pour Nestlé

La question du jour: que va faire Nestlé avec les 28,1 milliards de dollars que lui paiera Novartis pour le rachat de 52% supplémentaires du capital de Alcon (lentilles de contact, soins pour les yeux)? Novartis possédait déjà un quart des actions, il passe maintenant à 70%. Quant à Nestlé il dispose d'un joli trésor de guerre. Pour se lancer dans la bataille autour de Cadbury, qui reprend de plus belle en ce début d'année? Ou racheter la part de Kitkat encore détenue par Hershey, lequel étudie toujours une contre-offre sur Cadbury? Les paris sont ouverts.

vendredi 1 janvier 2010

En 2010, on se dégèle. Bonne année!