Voilà. Je reprends ce blog après l'avoir laissé silencieux pendant quinze jours - la plus longue période depuis que je l'ai commencé, en février 2009. La première raison est que je voyagais sur les traces de Garibaldi pour Le Temps (voir message précédent) et que le journal qui me paie a la priorité du matériel que je ramène. L'autre raison est que... je n'avais pas envie de me connecter.
Contrairement aux reportages sur le cacao d'avril à juin 2009, où le blog était une façon de garder le contact avec les gens rencontrés en route, il y avait dans cette nouvelle expérience un aspect d'immersion. Elle a commencé trois semaines avant le départ quand je me suis plongé dans le "Viva Garibaldi!" de Dumas, pour passer aux "Mémoires d'un Chemise rouge" écrites par Giuseppe lui-même, puis prendre un peu de distance avec la biographie empathique mais néanmoins critique de Max Gallo (un Niçois, comme Garibaldi).
Puis je suis parti en train, et ai compris dès Gênes que les petits hôtels où je débarquais sans crier gare, sauf les deux premiers, n'avaient pas le web comme première priorité. Et cela m'allait très bien. J'étais en 1860. Et aussi dans une Italie proustienne qui me rappelait des souvenirs d'enfance. Ma famille maternelle vient du Nord. Nous nous rendions parfois à Curino quand j'avais autour de dix ans - une expédition en voiture. Il y avait l'odeur, faite de miel, de vin violet, de poussière et de fruits trop mûrs. Il y avait les deux oncles - l'un ex-admirateur de Mussolini, l'autre ex-"socialiste" - fainéants tous les deux, il faut bien le dire. Il y avait les deux tantes qui se bouffaient le nez. Des chats en veux-tu en voilà. Et, régnant sur tout cela, l'arrière grand-père de 93 ans que cela embêtait de mourir en laissant "des enfants en bas âge". En quoi il n'avait pas complètement tort.
Je sais, tout cela sent la nostalgie, et l'Italie, même au Mezzogiorno, a beaucoup changé depuis cette époque. J'ai donc laissé venir à moi les rencontres, sans rien préparer d'autre que mes lectures historiques, auxquelles j'ai rajouté in extremis "Le Guépard" - comment aller en Sicile sans cette puissante évocation!
Dans l'ensemble, cela a plutôt bien fonctionné. Il y a eu bien sûr des moments de solitude (en soi, elle ne me dérange pas), des petits coups de blues quand vous quittez un endroit où la chance et l'amitié vous ont souri, comme Reggio de Calabre, où je ne pensais pas m'arrêter d'abord, pour arriver dans une ville comme Naples où vous ne connaissez personne dans ce grouillement urbain.
Mais les choses finissent toujours par arriver, surtout à Naples. Les petits ratés, les incidents, les cul-de-sac (apparents, du moins) deviennent souvent les meilleurs sujets d'écriture. A Teano, dernière étape, j'ai débarqué dans gare déserte, à l'exception de quelques jeunes qui shootaient une bouteille en PET dans une salle d'attente graffitée. Il n'y avait rien, sauf une boucherie et un petit bar, peu accueillants tous les deux. "Où puis-je dormir?" ai-je demandé. Nulle part, fut la première réponse. Dans ces cas-là, j'adopte la méthode du "tas". Je pose mon sac, ancre les pieds au sol et prends l'air très embêté du gars qui n'a pas l'intention de bouger malgré le signal qu'il n'est pas franchement le bienvenu. Un agent de police est passé en voiture à ce moment-là. "Tu ne veux pas l'amener au village?" (distant de quelques kilomètres), a demandé le tenancier du bar. "Non", a répondu franchement le policier. Je me redirigeais vers la gare quand le flic est repassé, me tendant par la fenêtre le numéro de téléphone du taxi local. C'est ainsi que j'ai rencontré Luigi, cheveux teints, ex-conducteur de bus à Lausanne, qui m'a trouvé un gîte non loin et montré le lieu "définitif" où se sont rencontrés Garibaldi et Victor-Emmanuel II.
Ceci n'est qu'un apéritif, de même que les images ci-dessus. Le reste de l'histoire (déjà écrite: j'ai eu du mérite, par plus de 30 degrés à l'ombre!) sera dans Le Temps à partir du 26 juillet, en six épisodes. Ciao!
samedi 17 juillet 2010
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