«Il croit au «temps glorieux pour notre Sicile», comme il dit; ce qui nous été promis à l'occasion de chaque débarquement, une centaine depuis Nicias, et qui n'est jamais arrivé. Et d'ailleurs, pourquoi cela devrait-il arriver?»
Le Guépard
Dans le train, longeant le lac Léman, mais cette fois direction Brigue, Milan et Gênes. Demain soir à 21 heures, j'y embarque sur « L'Excellent », de la compagnie Grandi Navi Veloci, pour Palerme.
Il y a 150 ans, à sept semaines près, Garibaldi a fait la même traversée à la tête de ses mille Chemises Rouges, sur deux vapeurs réquisitionnés pour la circonstance. Il a débarqué avec ses soldats à Marsala, sur la côte ouest de la Sicile, et, de là, a entrepris la conquête du Royaume des Deux-Siciles, ce qui aboutit neuf mois plus tard à l'unité formelle de l'Italie. Pour le meilleur et pour le pire.
En ce cent-cinquantième anniversaire, il est peut-être exagéré de dire que le pire qui domine, mais ce n'est en tout cas pas l'enthousiasme. Début mai, j'ai eu l'oeil attiré par une déclaration du ministre de la simplification des lois (sic) Roberto Calderoli. Je n'irai pas aux célébrations du 150è en 2011, a-t-il dit, parce qu'il n'y a rien a fêter. C'est ainsi que m'est venue l'idée de ce voyage sur les traces de Giuseppe Garibaldi. Quelle est la colle qui tient l'Italie aujourd'hui? Quels sont ses projets au-delà des affrontements entre Berlusconi et ses ennemis? Comment va le Sud, dont on parle peu?
L'idée est donc de faire dialoguer le passé et le présent. Pour cela, parmi les quatre livres historiques qui constituent la moitié de mes bagages, j'ai l'exemple d'un maître: Alexandre Dumas en personne. Le créateur du personnage de Monte-Christo, véritable PME littéraire et journalistique du 19ème siècle, était en train d'affréter une goélette pour un voyage méditerranéen quand il a appris par Garibaldi, qu'il connaissait un peu, que celui-ci se lançait dans l'expédition des Mille pour voler au secours du soulèvement populaire sicilien contre les Bourbons.
Ni une, ni deux: Dumas a laissé tomber son périple méditerranéen pour rejoindre le chef des Chemises Rouges. Et tant pis pour l'objectivité journalistique, il lui a servi de messager, d'enrôleur et à l'occasion de transporteur d'armes, car les fusils des « flibustiers » garibaldiens étaient plutôt des vieilles pétoires. La goélette de l'écrivain français est arrivée devant Palerme en ruines, après une bataille épique.
On a peine à imaginer la stature qu'avait Garibaldi à son époque. Condamné à mort par contumace lors des soulèvements populaires de 1830, exilé en Amérique du Sud, il s'y était illustré comme guérillero au service de la liberté, y avait été emprisonné, torturé. Le héros qui revenait dans son pays natal pour se mettre au service de Victor Emmanuel II et de la cause de l'unité était précédé d'une réputation d'incroyable résistance, sinon d'invincibilité. New York l'avait acclamé.
Après l'expédition de Sicile, sa gloire ne connut plus de limites. A Londres, il fut ovationné par des foules immenses, on battit monnaie à son effigie; la royauté dut le prier poliment de plier bagages, car on craignait la contagion de son verbe simple et puissant.
Dumas n'a pas peu contribué à forger le mythe. La réalité, comme toujours, est plus complexe. Mais je vais m'arrêter là, car le récit de ma propre expédition sur les traces de Garibaldi et de Dumas, sous le pavillon du Temps, est d'abord réservé à ses lecteurs, à partir du 26 juillet prochain et pour une semaine. Il y aura des photos, du son, des rencontres (je l'espère), la mer et le soleil.
Si j'alimente ce blog pendant la quinzaine de jours que durera le reportage, ce sera en marge du sujet principal, pour ne pas émousser la curiosité.
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Il y a 1 jour

1 commentaires:
On a hâte de te lire!
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