dimanche 13 juin 2010

Le problème du Monde...

... est moins le fait que Nicolas Sarkozy interfère ouvertement dans ses affaires - on n'en attendait pas moins de l'irascible roitelet de France - que l'absence de véritable alternative à une main-mise politicienne sur le capital du grand journal. La semaine dernière, dans une succession trop peu médiatisée me semble-t-il, les trois candidats étrangers se sont retirés de la course ou ont soudain fait part de leur hésitation.
Le groupe suisse Ringier, dont le patron avait déjà qualifié la situation économique du journal de "triste spectacle", a fait savoir qu'il n'avait pas assez de temps pour étudier le dossier en profondeur. Manière polie de dire que ce qu'on y a découvert ne plaît pas. L'italien L'Espresso s'est retiré aussi. Et l'espagnol Prisa, qui est déjà dans le capital du Monde, a demandé un délai pour réunir la somme nécessaire. Après tout, il y a 100 millions d'euros de dettes à éponger  au Monde, et celles du groupe Prisa se montent déjà à 3 milliards d'euros.
A noter que les dettes du Monde datent de l'époque où le journal rêvait de constituer des alliances et partenariats à l'échelle de l'Europe. Projet en soi intéressant, mais qu'il faudrait animer d'un souffle journalistique avant d'y engloutir des capitaux. Les journalistes étant ce qu'ils sont - conservateurs et jaloux de leur chasse gardée - Le Monde a échoué et se trouve ramené aujourd'hui à un enjeu hexagonal.
La semaine dernière toujours, le patron d'Orange Stéphane Richard a déclaré qu'il était prêt à investir "quelques dizaines de millions d'euros" dans Le Monde, sur le ton "une aumône? pourquoi pas?". Visiblement, il n'a aucune idée de ce qu'il veut. La participation de la filiale de France Telecom devrait rester minoritaire a-t-il ajouté - probablement pour ne pas effaroucher ceux qui relèvent déjà que l'Etat français contrôle directement ou indirectement 27% du groupe que dirige Stéphane Richard. La tentative de main-mise indirecte par les amis de Nicolas Sarkozy est transparente.
Car les autres candidats à la reprise - le trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Matthieu Pigasse - sont des gens que le président n'aime pas, mais alors pas du tout. Il traite Xavier Niel "d'homme du peep-show" parce que ce dernier a introduit le Minitel rose. Niel a surtout investi dans Mediapart, un site de journalisme d'enquête qui ne ménage pas l'Elysée. Mathieu Pigasse, un banquier de Lazard, a été un conseiller personnel de Dominique Strauss-Kahn, l'actuel patron du FMI et possible candidat contre Sarkozy en 2012. Quant à Pierre Bergé, il est connu pour avoir créé ou soutenu plusieurs titres de gauche, et la campagne de Ségolène Royal.
Si la situation financière du Monde le permet - un grand "si" - le mieux serait de retarder le bouclage de la recapitalisation à l'automne pour ouvrir le tour de table. Sinon, le titre va devenir le joujou du théâtre guignol politique français.

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