Selon l'agence Science-Presse, "BP a acheté plusieurs mots-clefs sur Google et Yahoo, une stratégie qui permet habituellement à celui qui l’utilise de voir son site web figurer en haut des résultats de recherche, en tant qu’item séparé des résultats «normaux», mais bien visible. C’est ainsi qu’«oil spill» vous conduit au site de BP... et à sa manchette qui, le 7 juin, était «Apprenez comment BP est en train de vous aider»."
Ce qui fait dire à une collègue facebookée: "Si j'étais BP, j'achèterais aussi les mots "innocent, c'est pas vrai, non c'est pas vrai du tout et c'est pas du petrole c'est du cenovis"."
Ah, le poids des mots... BP en avait trouvés deux, excellents, pour se présenter comme une compagnie résolument tournée vers l'avenir: Beyond Petroleum. Le slogan fait un peu cucul maintenant que la compagnie pédale dans le Cenovis. A propos de cul, Barack Obama, lui-même un peu englué dans cette histoire, avait déjà incendié la compagnie dimanche en soulignant ses dix milliards de dividendes versés aux actionnaires et 50 millions en campagne d'image. Il a fait plonger de presque 5% le cours de l'action mardi* en clamant sa démangeaison de "botter le postérieur" aux responsables et en déclarant que si Tony Hayward, le big boss de BP, travaillait pour lui il aurait déjà été mis à la porte.
Sur le Net, Beyond Petroleum a cédé la place à des slogans plus actuels, dont voici le florilège dans le Financial Times: Biggest Polluter, Broken Promises, Beyond Patience, Boycott Please.
Le concours est lancé. Dans la catégorie "langue de Molière", je propose Branquignol Pathétique.
Et comme il faut quand même être un peu sérieux dans la vie, je signale à ceux que cela intéresse cette enquête de ProPublica, (un groupe de journalistes indépendants) qui a été publiée notamment dans le Washington Post. Elle montre que les négligences de BP en matière de sécurité ne datent apparemment pas d'hier. Pire, selon des documents d'enquête remontant aux années 2001 à 2007, des employés qui dénonçaient le mauvais état des installations (en Alaska notamment) ont été mobbés. En 2002, en Californie, il a été avéré que BP avait falsifié des documents internes d'auto-contrôle, affirmant que 99% des point vérifiés étaient en ordre, alors que 80% étaient en réalité non conformes. La société a tout fait pour empêcher les enquêteurs extérieurs de voir ses installations. En 2008, l'ingénieur Kenneth Abbott, engagé comme con sultant sur la plateforme Atlantis dans le Golfe du Mexique, a découvert que des dessins essentiels aux mesures de sécurité manquaient, a signalé ce manquement. Il a perdu son contrat avec BP.
Une autre enquête du Wall Street Journal publiée le 27 mai, consacrée spécifiquement au cas Deepwater Horizon et basée sur des documents obtenus par le quotidien, fait apparaître une succession de décisions risquées, voire franchement contraires aux normes de sécurité, pour limiter les pertes sur cette plateforme qui avait connu pas mal de problèmes et du retard à l'exploitation. L'ingénieur de BP supervisant les travaux sur Deepwater, Robert Kaluza, était surtout expérimenté dans le forage terrestre et avait été envoyé dans le Golfe du Mexique pour "apprendre au sujet du forage en eau profonde", selon ses déclarations aux enquêteurs.
*Mercredi: encore - 16% suite à de nouvelles déclarations du gouvernement selon lesquelles BP devrait assumer tous les coûts de la catastrophe, y compris les salaires des ouvriers du forage mis au chômage technique pendant des mois. L'action a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l'affaire. Du coup, les investisseurs de la City londonienne accusent Obama - qui ne parle jamais de "BP" mais toujours de "British Petroleum" - de mettre sur la paille les retraités britanniques, dont les fonds de pension ont investi une part de leur magot en actions BP. Qu'est-ce qui fait le plus pitié: un pélican mazouté ou une vieille dame anglaise qui n'a plus les moyens d'acheter une paire de ciseaux pour tondre son gazon? La réponse à la vieille dame est: soyez attentive où votre caisse de pension investit vos économies, exigez des garanties éthiques, éliminez les sociétés douteuses.
En Chine, le syndicat officiel bientôt (un peu plus) indépendant
Il y a 21 heures
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire