Star des plateaux TV, des radios et des
journaux de Suisse romande depuis qu'il répand ses propos ambigus sur la lapidation de la femme et la nécessité, selon lui, d'écoles séparées pour les musulmans, le biennois Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), n'est pas le bienvenu pour l'administration fédérale. Il se fait
sèchement remettre à l'ordre ce matin par l'Office fédéral des migrations (ODM) dans un communiqué intitulé "Dialogue avec la population sans le concours du CCIS", pour mieux mettre les points sur les "i".
Le
CCIS est une association
au sens de l'article 60 et suivants du code civil, créée en octobre 2010, qui se targue de compter aujourd'hui un millier de membres. Ses objectifs sont "la promotion active de projets d'éducation islamique sunnite en Suisse; la diffusion active de connaissances sur l'islam sunnite en Suisse, dans le but de réduire les préjugés dans la population à l’encontre de l'islam; la constitution d'une identité islamique sunnite sur la base du Coran, la tradition prophétique authentique (Sunna) et de la jurisprudence classique (fiqh) dans le cadre juridique de la Confédération Suisse; la représentation publique des positions islamiques sunnites en Suisse, dans le respect de la Suisse."
Le directeur de l'ODM, Alard du Bois-Reymond, n'a pas l'air convaincu que le CCIS respecte, dans les faits, le cadre helvétique, puisqu'il lui rappelle que "l'ordre juridique suisse s'applique à toutes les personnes qui vivent dans notre pays. Le CCIS a donc été invité à se distancier explicitement de la lapidation des femmes".
Le directeur de l'ODM ajoute "qu'il n'est pas possible de négocier sur certaines valeurs comme l'égalité entre hommes et femmes. Il est également hors de question d'introduire un conseil de la fatwa. Il importe effectivement d'éviter l'émergence de sociétés parallèles. (...) Une participation du CCIS au dialogue avec la population musulmane est impensable dans les conditions actuelles."
A bon entendeur...
On notera par ailleurs dans les statuts du CCIS que ses rentrées financières sont constituées par "les contributions des membres actifs et passifs (au maximum 50 francs, selon un article), les contributions patronales; les dons de toutes personnes physiques ou morales, ainsi que par les dons des personnes de confession musulmane; le produit de manifestations."
L'article 18 précise que les six membres du conseil éxécutif, dont le président, "peuvent obtenir jusqu'à un montant de CHF 100'000 .- pour des transactions individuelles".
C'est beaucoup ça, 100 000 francs, pour une association qui compte mille membres cotisant chacun à hauteur de 50 francs maximum (= 50 000 francs, si je sais compter). L'autre jour à l'émission de débat Infrarouge, quelqu'un a demandé à Nicolas Blancho comment était financée son association. Il n'a pas répondu.
Actualisation: Le CCIS a promptement réagi à la
décision du Grand Conseil argovien d'interdire le port de la burqa, avec une image-choc
sur sa page d'accueil et un appel à peine voilé, si j'ose dire, à la mobilisation, que voici dans sa traduction d'origine: "Les minorités de tout acabit ont tout intérêt à s'organiser professionnellement dans une telle situation. Les musulmans suisses se sont réveillés au plus tard le 29 Novembre de leur inaction apparente presque obsessive. Les sœurs belges viennent d'avoir leur 'expérience «Choc et Peur", d'autres sont susceptibles de suivre bientôt."
Tout cela n'augure rien de bon pour le dialogue des cultures. Comme pour les minarets, l'interdiction de la burqa est la meilleure façon de transformer un non-problème en abcès de fixation. Les partis démocrate-chrétien, par la bouche de leur président Darbellay, et libéral-radical par le vote argovien d'hier, portent une part de responsabilité dans la détérioration du climat. Ils encouragent des mouvements plutôt rigides, comme le CCIS. Les perdants sont les modérés - islamistes ou chrétiens. Comment sortir de cette logique?
1 commentaires:
Probablèment les 50'000 francs qui restent ont été financés avec des bons d'essence
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