Bienvenu Mbutu Mondondo, 41 ans, comptable de son état, veut faire interdire la BD de Hergé Tintin au Congo, pour propagation de stéréotypes racistes.
C'est une vieille polémique recuite à laquelle Hergé lui-même avait déjà répondu. Ben oui, quand il a publié cet album en 1930, il était influencé par la vision dominante du "nègre" qui prévalait en Europe. Il a retouché l'album, dont la première version comprenait - si ma mémoire est bonne - une scène où un petit noir découvrant les bienfaits du savon voit sa peau blanchir (ou suis-je moi-même victime de stéréotypes racistes contaminant jusqu'à mes souvenirs?).
Même dans sa version corrigée, Tintin au Congo est en effet une oeuvre emblématique du colonialisme. Au fait, vous souvenez-vous du nom du "boy" qui accompagne Tintin dans cette aventure?
Sur cette question, j'ai séché. Et pour cause: Coco - c'est son nom - ne dit pas un mot de tout l'album.
Ce matin au Salon Africain - dont je vous recommande les débats, vous ne pouvez pas le manquer à l'entrée de Palexpo, sur la droite, au Salon du Livre et de la Presse - j'ai rencontré Barly Baruti (photo), qui a une idée géniale.
Barly est congolais, comme monsieur Mondondo, mais dessinateur de BD et non comptable. Peintre aussi, un peu, fan de foot. Bref, un artiste.
Et il a eu l'idée suivante: écrire une BD où Coco, après 70 ans de silence, ôte le sparadrap de sa bouche et se met à parler. Coco va dire ce qu'il pense du "toubab" dont il porte les bagages, ses sentiments, ses envies. Bref, il va devenir un être humain à part entière.
Je trouve que c'est une bien meilleure initiative, au moment où 17 pays africains marquent un demi-siècle d'indépendance au compteur, que d'interdire Tintin au Congo, qui fait partie de l'Histoire.
Barly Baruti avait dû quitter son pays à cause de certaines caricatures, il est revenu à Kinshasa, où il a financé un centre culturel, avec son argent. Celui-ci a été fermé par les autorités, qui convoitaient les lieux. C'est un de ces nonmbreux Africains qui se bat, tous les jours, pour que la vie aille son bonhomme de chemin.
Puisqu'on parle d'Afrique, petit coup de pub au site du Temps, qui a fait une belle infographie sur les 17 pays devenus indépendants en 1960. Elle a été réalisée par Richard Etienne, qui fait un stage web au journal et tient un blog où il suit d'assez près l'actualité africaine.
Sur quoi, la pensée du jour: "Le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien" (elle est d'un journaliste Camerounais dont le nom s'est perdu dans le brouhaha. Ce Salon du Livre ressemble parfois à la plus grande garderie romande!)
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Il y a 6 heures


1 commentaires:
Cher Jean-Claude.
C'était un plaisir -après celui de te lire- de faire ta connaissance ce matin.
"Le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien" est de Norbert Zongo, journaliste burkinabé "d'investigation" -encore un de ses barons paresseux comme le dit notre ami Fathi- assassiné en 1998, vraisemblablement par des gens de l'entourage du président Compaoré. http://www.cnpress-zongo.org/
Amitiés, Cyril Dépraz, RSR
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