mardi 13 avril 2010

Un mort peut encore servir à enterrer l'euro

Slawomir Skrzypek n'a pas de chance: le président de la Banque nationale de Pologne était à bord du Tupolev qui s'est ramassé les sapins à sa quatrième tentative d'atterrissage à Smolensk, peut-être parce que Lech Kaczynski - le président polonais embarqué dans le même avion - était le genre de chef volontaire qui n'appréciait pas les pilotes couilles molles hésitant à se poser à la moindre contrariété. Il en avait engueulé et menacé un en août 2008, se souviennent les journaux polonais. On ne saura probablement jamais ce qui s'est dit dans les minutes précédent le crash, à moins que la boîte noire...
Lech Kaczynski était un eurosceptique, tout comme Slawomir Skrzypek. Avant de s'envoler pour commémorer le massacre de Katyn, ce dernier avait envoyé au Financial Times un texte où il se félicite que la Pologne n'ait pas fait partie de la zone euro pendant la dernière crise. Ainsi, le zloty a pu se déprécier tranquillement de près de 20% en 2008-2009 par rapport à la monnaie unique, ce qui a stimulé la compétitivité des produits polonais et allégé la charge publique. Et le produit intérieur brut polonais, qui n'était que la moitié du PIB européen en 2004, s'en est rapproché à 60%, tandis que les réserves de change augmentaient de 20 milliards de dollars. Que du bonheur.
Ces considérations amenaient le défunt président de la Banque centrale à se demander s'il était vraiment dans l'intérêt de la Pologne de passer sous les fourches caudines d'un taux de change fixe par rapport à l'euro comme précondition à une entrée dans ladite zone. Du miel pour le quotidien britannique, qui n'a cessé d'annoncer la décadence de la zone euro depuis le début de la crise grecque.
Lundi, les 16 pays de la zone euro ont confirmé leur paquet d'aide à la Grèce, ce qui a fait remonter la monnaie unique et baisser le coût du service de la dette grecque, comme on pouvait s'y attendre. Et le Financial Times - "avec l'accord de la femme de M. Skrzypek, Dorota, et de la Banque centrale polonaise", précise le distingué quotidien - a décidé de publier le testament monétaire du regretté Slawomir.
Comme quoi un mort peut toujours à enterrer autre chose que lui-même.

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