50 ans d'indépendances africaines, quel bilan? se demande le Salon africain à Genève. Jean Ziegler se chauffe, s'élance, serre le micro, ça y est, il est parti. Il dénonce "la société Ajax à Lausanne qui, pour cultiver l'huile de palme et la canne à sucre, expulse 11 000 cultivateurs de riz".
Traduction: il s'agit de la société Addax Bioenergy, à Genève, qui ne cultive pas d'huile de palme et dont j'ai visité la plantation-pilote en Sierra Leone, où aucun cultivateur de riz n'a été expulsé pour ce projet.
Et il se trouve encore des gens pour applaudir Ziegler. Dans la foulée, il s'en prend aux "kleptocrates assassins" au service du "capitalisme prédateur", comme le burkinabé Blaise Compaoré. "Et Laurent Gbagbo?", lui suggère le modérateur (plusieurs morts ou disparitions suspectes, dont celle du journaliste Guy-André Kiefer, mènent au proche entourage du président ivoirien).
- Ah non, répond Jean, c'est mon ami. Un vrai homme d'Etat.
Et il se trouve encore des gens pour applaudir Ziegler. Parmi eux, des expats congolais qui ont distribué un tract courageusement anonyme pour empêcher le journaliste Stephen Smith de prendre la parole au Salon. Smith a eu le tort de publier il y a sept ans un livre intitulé "Négrologie: pourquoi l'Afrique meurt". Il y dit quelques vérités désagréables aux colons, ex- ou néo-, mais aussi aux Africains eux-mêmes.
Certains n'ont pas envie de dépasser leur statut d'éternelles victimes. N'ayant pu censurer Stephen Smith, ils monopolisent le micro et déversent leur complainte. Ils ont très grande gueule, ils crient, ils trépignent.
Smith, contrairement à Ziegler, a pénétré au coeur des pays dont il parle, pas seulement dans les salons des potentats idéologiquement corrects. Son dernier livre s'intitule "Voyage en postcolonie". La Françafrique ressemble plus à un "fantôme" qu'à une vraie menace, dit-il, "les pays africains ont aujourd'hui une marge de manoeuvre".
Au Salon africain, il y a des écrivains comme Florent Couao-Zotti (prix Kourouma 2010), qui utilisent cette marge de manoeuvre pour créer. Il en résulte une littérature vivante, mordante et colorée. Et il y a des intellectuels qui continuent de s'accrocher au drap du fantôme Françafrique, comme s'ils avaient de perdre cette ultime référence pour justifier leur posture d'imprécateurs.
L'Afrique avancera sans eux.
vendredi 30 avril 2010
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