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mercredi 30 septembre 2009

Le peuple? Beûrk!

Nul n'est censé ignorer que la Chine célèbre demain les 60 ans de la République populaire. Avec l'entraînement des JO, il ne fait aucun doute que ce sera grandiose. Et pour garantir que le déroulement sera vraiment sans anicroche, le régime communiste s'est arrangé pour qu'il y ait un absent de marque à cette fête: le peuple lui-même. Des patrouilles militaires et paramilitaires quadrillent déjà Pékin, appuyées par près d'un million de "volontaires", généralement âgés, qui signalent obligeamment tout problème ou comportement suspect à la police. Les 200 000 participants triés sur le volet agiteront leur petit drapeau et défileront en cadence devant les officiels et les figurants soigneusement sélectionnés.

Plus que 3400 milliards d'actifs toxiques à digérer...

On peut, à la rigueur, considérer cela comme une bonne nouvelle: la montagne de crédits compromis hérités de la folie bancaire n'atteint plus "que" 3400 milliards de dollars, estime le Fonds Monétaire International dans son rapport semestriel sur la stabilité financière publié ce jour. C'est 600 milliards de moins qu'il y a six mois. Les paquets de sauvetage ficelés par les Etats, les plans de relance, les prêts à taux zéro ou presque ont effectivement donné un peu d'air, la valeur de certains titres pourris a repris quelques couleurs.
De là à dire que les mesures prises "ont fonctionné" comme l'a fait le G20 le week-end dernier, voire que nous arrivons dans la phase de sortie de crise comme le font certains analystes (payés par des banques), c'est se moquer du monde.
Rappelons simplement qu'au début de cette crise, la Réserve fédérale américaine estimait que le total des crédits à hauts risques ne devrait pas dépasser 100 milliards de dollars. Puis elle était montée à 500, et ainsi de suite. Que l'on soit aujourd'hui redescendu de 4000 milliards à 3400 souligne bien le chemin qui reste à parcourir pour assainir les bilans.
Selon le FMI toujours, les banques ont amorti pour 1300 milliards de dollars d'actifs toxiques au premier semestre. Elles devaient encore en digérer 1500 milliards jusqu'à fin 2010. Or même avec l'amélioration des marchés financiers, elles ne dégageront pas suffisamment de bénéfices pour y arriver, poursuit le rapport. Les Européennes étant moins bien placées que les américaines.
Et c'est compter sans l'augmentation des fonds propres que le G20 veut leur imposer.

lundi 28 septembre 2009

Le rodéo des cochons

Trouvé ce lundi matin dans un journal par ailleurs tout-à-fait sérieux et pondéré (ne me demandez pas lequel) une publicité d'une page pour la Royal Bank of Scotland, "une banque qui jouit de la confiance de plus de 40 millions de clients de par le monde. Notre philosophie "make it happen" dicte notre quotidien - des opportunités de placement innovantes, un excellent service et une gamme de produits diversifiée".
L'annonce consiste en une grande photo de l'investisseur-gourou Jim Rogers, qui offre sur un coussin de velours bleu un épi de maïs, des pièces d'or et de l'argent, du coton, du café et quelques morceaux de sucre. Il s'agit bien entendu d'un clin d'oeil pour des produits structurés distribués par RBS dont le sous-jacent est constitué de matières premières.
Je ne sais pas si ces produits sont bons, quelles garanties ils offrent, etc. J'observe simplement que l'annonce n'en dit rien non plus. Son message est: faites confiance  à Jim Rogers, à son bon sourire de père de famille et à son noeud papillon rose.
Pour mémoire, Royal Bank of Scotland  est la banque qui a reçu le plus gros morceau des 37 milliards de livres sterling que le gouvernement britannique a dû injecter de toute urgence en octobre 2008, tandis que le patron de RBS Fred Goodwin était éjecté avec effet immédiat et - pour une fois - sans parachute doré. Un sauvetage que l'éditeur économique de la BBC décrivait comme "l'humiliation absolue" des banques.
Moins d'un an plus tard, la fierté est de retour. Par curiosité, je suis allé faire un tour sur le blog de Jim Rogers, qui est un fan connu de l'Asie et des matières premières. C'est là que j'ai déniché la charmante photo illustrant ce message. J'y ai aussi vu les publicités Google qui le pimentent - il n'y a pas de petits profits pour ce brave Jim. La première me promet "un rendement de 450%, mieux que les actions". La seconde, "Où investir en 2009", me garantit un "intérêt de 17 à 25%". Et ainsi de suite.
Maintenant que le G20 a fini d'ennuyer le monde, les banques reprennent place dans l'enclos du rodéo. Cow-boy Jim va vous faire sa démonstration. Accrochez-vous à vos chapeaux, spectateurs-épargnants, et préparez-vous à mordre la poussière une nouvelle fois.

dimanche 27 septembre 2009

"Notre pays peut plus..."

... Mais pas avec le parti socialiste, apparemment.

Marchissy, Sentier du Coq

samedi 26 septembre 2009

Terrorisme: le prêt-à-porter de l'automne 2009

La mode du couturier Al Qaeda est en ce moment à la bombe très, très près du corps. Si près, à vrai dire, qu'elle est même insérée A L'INTERIEUR DU corps, comme le montre cette séquence instructive de la BBC suite à l'attentat qui a failli coûter la vie au chef saoudien de la lutte anti-terroriste en août. Le volontaire de 24 ans qui s'est fait exploser de la sorte a pu passer les contrôles de sécurité classique - l'engin explosif n'a pas été détecté.
Après les portails détecteurs de métaux, les liquides prohibés, les PC sortis du sac, les sacs rayonixés et parfois fouillés, les chaussures, ceintures et montres enlevées, les corps palpés bientôt les tables d'opérations en chaîne où l'on incisera et recoudra les passagers avant qu'ils embarquent, pour s'assurer qu'ils ne cachent rien entre le foie et l'intestin?

Les mécanos du G 20: premier décryptage

Vous avez le week-end devant vous? Alors lancez-vous dans la lecture des vingt-deux (!) pages du communiqué final du G20 de Pittsburgh. Quand il y a peu de thé, on le dilue dans beaucoup d'eau chaude, a dû dire un philosophe chinois. Mais vous avez envie de d'aller au marché, de grimper au sommet de l'Anapurna ou de vous plonger dans les fantasmes érotiques de Giscard d'Estaing ce week-end, alors voici l'essentiel. (Pour les mordus, je signale l'excellente lecture interactive par trois spécialistes que donne le Wall Street Journal).
Bonus: le G 20 a repris à son compte les propositions du Financial Stability Board. Plus de bonus garantis sur plusieurs années, le versement d'une part "significative" est différé, payé sous forme de stock options ou analogues, lié à la performance et sujet à retrait. La part variable des rémunérations doit être limitée à un pourcentage des revenus nets totaux pour la rendre consistante avec une base de capital solide. Les principes et structures de rémunérations doivent être transparentes et communiquées, examinées de façon indépendante. Contrairement à la demande française, aucun plafond absolu n'est fixé. La prochaine étape pour préciser les règles est fixée au printemps 2010.
Banques d'importance systémique: Le problème des banques "too big to fail" a été reporté à fin octobre 2010, où le FSB "devrait proposer des mesures possibles de supervision accrue, de renforcement des fonds propres et des liquidités, et d'autres mesures prudentielles". La qualité et la quantité des fonds propres des banques devraient être renforcés d'ici à 2012. Le G20 soutient l'introduction d'un ratio d'effet de levier. Pas de mesures concrètes et immédiates, beaucoup de "should" dans ce chapitre, un des plus décevants de l'accord.
Pour les mordus, il est intéressant de comparer ces demi-mesures avec le discours prononcé vendredi par Philipp Hildebrand, nouveau président de la Banque nationale suisse depuis cet automne. "La quantité et la qualité des fonds propres doivent être augmentés très substantiellement" (c'est moi qui souligne), a-t-il déclaré devant la 12è conférence de la Réserve fédérale de Chicago. Cette urgence et l'importance du mouvement souhaité sont absents du communiqué du G20, probablement à cause des résistances européennes, dont les banques sont en général moins bien capitalisées que les américaines.
Dérivés: Les contrats standardisés "devraient" passer par des plate-formes d'échanges centralisées d'ici à 2012. Les contrats ne passant pas par ces bourses devraient être soumis à des exigences accrues de capitalisation.
Gouvernance économique mondiale: le G20 s'attribue le rôle d'une sorte de parlement de l'économie mondiale. Pour le gouvernement, il renvoie au FMI. Mais quid des quotas de ce dernier, dont on sait qu'ils sont très défavorables aux pays émergents? Le G20 "demande l'accélération" de leur révision d'ici à 2011. Manifestement, les Européens sont parvenus à bloquer une résolution plus contraignante.
Climat: le G20 reprend la proposition de Barack Obama visant à démanteler progressivement le subventionnement des énergies fossiles.
Prochains G20: au Canada en juin 2010, en Corée en novembre.
Commentaire général: Qui trop embrasse mal étreint. C'est le premier sentiment que donne la lecture de ce texte boursouflé. Le deuxième est qu'en gros, l'industrie financière a gagné. Une fenêtre d'opportunité pour des réformes substantielles s'ouvrait à fin 2008 après la crise financière. Elle est en train de se refermer sans qu'aucune mesure convaincante n'ait été prise. Au mieux, les premières prendront effet dans un an ou deux, et elles sont d'une mollesse remarquable.
Peut-être était-ce inévitable. Les politiciens ne comprennent pas grand chose au fonctionnement de la finance, et ils n'étaient pas innocents dans la genèse de la crise: des régulations mal conçues l'ont rendue possible, parfois amplifiée. Dans un message précédent, j'utilisais l'image du mécanicien penché sur le moteur. Celui-ci fume et chauffe, mais il tourne toujours, et le mécano amateur n'ose pas resserrer des pièces au risque de tout bloquer.
Sur le plan politique, on sent bien que quelque chose est en train de changer. Les pays émergents ont gagné leur place à la table des grands. Quant à l'Europe, elle résiste encore à sa marginalisation, mais c'est une question de temps. Les Etats-Unis restent la puissance qui fait ou ne fait pas bouger les choses, mais on ne sait pas encore ce qui - du "soft power" développé par le nouveau président ou des bourbiers afghan et proche-oriental - dictera finalement ses choix. Pour l'instant, on observe un phénomène propre à toute négociation multilatérale complexe: chacun fait de grandes déclarations, mais chacun a des intérêts particuliers à défendre, qui s'additionnent pour bloquer un progrès substantiel. On voit la même chose à l'ONU; à l'OMC. On le verra encore à Copenhague sur le climat.
Le citoyen est assez grand pour comprendre cela. Il est donc assez agacé quand les chefs d'Etat viennent s'auto-congratuler devant les caméras. Il pense qu'on le prend pour un con et s'éloigne un peu plus de la politique. Est-ce ce que veulent les élus? Peut-être.  La question de fond est: pouvons-nous nous permettre que les choses bougent si lentement - je pense moins aux crises à répétition de la finance qu'au climat? Ma réponse intuitive est non.

UIn signe de reprise, un vrai

Le volume des échanges mondiaux a augmenté de 3,5% en juillet par rapport à juin, la plus forte hausse depuis cinq ans, relève le Bureau néerlandais pour l'analyse de la politique économique. Cela étant, le commerce mondial reste 15,9% en-dessous du pic qu'il avait atteint en avril 2008. En observant les courbes (page 4 du document en lien ci-dessus), on voit que la chute des échanges a été plus forte suite à la crise financière qu'après l'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000.
La production industrielle mondiale, pour sa part, est stable en juillet après une légère augmentation en juin.

vendredi 25 septembre 2009

Taratataaa, here comes the Baddie!

Je n'ai aucune sympathie pour la mollahrchie iranienne, encore moins pour le crétin antisémite qui lui sert actuellement de porte-voix. Je trouve juste étrange qu'on ait découvert précisément aujourd'hui, en plein G20, que l'Iran avait une deuxième usine d'enrichissement d'uranium.
Du coup, branle-bas de combat à Pittsburgh, Obama, Sarko et Brown interrompent leurs discussions sur la crise financière, la nouvelle architecture mondiale, ce genre de détails, pour monter sur le podium, main dans la main, et dire tout fort que cela ne vas vraiment pas, qu'on va voir ce qu'on va voir, que notre détermination etc. etc.
Depuis que la politique existe, l'ennemi extérieur a toujours joué un rôle très utile. En voici un qui jaillit de sa boîte à point nommé. Tout indiquait que ce G20, moulin à paroles encore plus prétentieux que les précédents, court vers un échec retentissant. Il suffit de lire les deux rapports du Financial Stability Board sur le renforcement des bilans des banques et les rémunérations pour constater qu'on n'a pas avancé d'un pouce en six mois. Pour le reste, les Américains ne sont pas d'accord avec les Européens, qui ne sont pas d'accord entre eux, le tout sous le regard amusé des Chinois et des Indiens qui se disent que le fruit est bientôt mûr.
Malgré les efforts des enjoliveurs de communiqués, cela risquait d'apparaître un peu trop crûment ce samedi matin.
Par ailleurs, quand on repassera plus calmement le film de cette saoûlante semaine déclamatoire (climat, ONU, G20), on se rendra compte que Barack Obama n'a strictement rien obtenu de son "allié" israélien, plus intransigeant que jamais sur les colonies en Cisjordanie. Sur les deux dossiers brûlants du moment - Afghanistan, Proche-Orient - les Occidentaux sont dans la merde.
Alors merci les Iraniens d'être venus faire diversion!

jeudi 24 septembre 2009

Sic transit...

Vous souvenez-vous du maître de cérémonie qui posait en héros planétaire et annonçait en avril dernier à Londres "A new world order is emerging"? Comment s'appelait-il déjà? Paxton Drown, non... Porter Frown, non... ah oui: Gordon Brown!
Pauvre Gordon. Un G20 plus tard, le voilà snobé par qui? Par l'indéfectible ami de la Grande-Bretagne: le président des Etats-Unis himself. La presse britannique nous apprend ce matin que le premier ministre anglais a fait des pieds et des mains pour obtenir un entretien en tête à tête avec Barack Obama en marge de la session de l'ONU à New York. En vain: rien, nada, zilch, pfouit. Non seulement Barack n'a pas trouvé le temps de tailler une bavette avec Gordon, mais son discours fleuve sur "le nouvel-engagement-mondial-où-il-nous-faut-un-vrai-multilatéralisme" a duré si longtemps qu'il a empiété sur les pauvres 15 minutes réservées au caniche anglais.
Et en plus Kadhafi qui a dégoisé plus d'une heure à la tribune! Coincé entre le chef moraliste et l'ex-chef terroriste, Gordon Brown se cherche un rôle. Chef travailliste? En ce moment, c'est plutôt un rôle de décomposition.

Proposition maoïste pour Pittsburgh


Le choix des villes accueillant le G Vain (comme dirait Jacques Attali) ne doit rien au hasard: le décor doit être à la hauteur des espoirs placés dans le Brave Nouveau Monde censé se se dégager du sommet.
Pittsburgh est une ville propre, verte, high tech qui a su rebondir après avoir incarné la grandeur puis la décadence de la sidérurgie et du chemin de fer américains. Après que le taux de chômage eut atteint 15% en 1983, un programme baptisé Renaissance II a misé sur les emplois de service, l'université et la santé. Sony s'est installé dans le coin. Bref, c'est une cité coquette et vibrante que les chefs d'Etat entr'apercevront depuis les fenêtres teintées de la limousine, entre leur cinq étoiles et le centre de conférences.
La BBC est allée un peu plus loin - à Warren et à Akron, qui fut la capitale du pneu. Elle ne l'est plus, car la Chine a pris ce marché, et les locaux ne l'ont pas vraiment digéré. "Made in America voulait dire quelque chose pour les gens", dit à la BBC Dave Green, du syndicat local Union 1714. "On ne peut avoir une économie où les gens ne sont utiles qu'à servir des repas aux autres, ou à nettoyer leurs habits. Il faut recommencer à fabriquer des choses", dit un autre.
Il y a quelques semaines, Barack Obama a signé une loi augmentant sensiblement les droits de douane pour les pneus importés de Chine. Trois fabricants de papier et le syndicat de l'acier ont lancé mercredi une procédure antidumping contre la Chine et l'Indonésie.
On peut n'y voir que des combats d'arrière-garde et la défense d'intérêts particuliers qui ignorent les équilibres gagnants-gagnants de la mondialisation. Il y a évidemment de cela dans ces mesures et ces protestations. Mais il y a aussi quelque chose de plus fondamental - le désir d'une économie plus concrète, où les salariés puissent donner un sens à leur travail.
Ce qui nous ramène à une cause de la crise financière: quand vous opérez dans l'abstraction totale, que vos actes se réduisent à des pressions sur une touche de clavier, que vous ne voyez jamais en face celui avec qui vous faites une transaction, qui lui-même la malaxe tout aussi abstraitement pour la passer une étape plus loin, sans se préoccuper de ce qui vient après - observons au passage que ce cloisonnement est la principe même de tous les systèmes mafieux -  vous obtenez un monde où les valeurs et l'argent se fondent dans un brouillard total. Les Kerviel & Co le disent quand on a essayé de reconstituer les étapes de leur dérive: pour eux, cet alignement de zéros ne voulait plus dire grand chose.
A en juger par la bouillabaisse de déclarations des derniers jours, le sommet du G20 à Pittsburgh n'est pas beaucoup plus avancé que le précédent sur les leçons à tirer de la crise, ce qui n'étonne qu'à moité. On en reste à une approche technicienne, le nez sur le moteur fumant.
Allez, voici une proposition iconoclaste pour replonger dans le concret les financiers et ceux qui travaillent dans l'abstraction (les journalistes, par exemple): ils devraient travailler au moins un an aux champs, en atelier ou dans un hôpital à la fin de leurs études, et y refaire de temps en temps un petit passage. Ca avait marché avec Mao pour calmer ses Gardes rouges qu'il avait précédemment excités contre ses adversaires politiques, cela peut peut-être servir dans d'autres cas de figure.

mercredi 23 septembre 2009

Le "Dadis Show"

Cheikh Yérim Seck, "citoyen du Sénégal" comme il signe quand il dénonce les menaces dont il est l'objet, est un de ces journalistes courageux et fouineurs qui font honneur à l'Afrique. En plus, il écrit bien. Dans le dernier numéro de Jeune Afrique, il fait un portrait dévastateur de Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire qui s'est emparée du pouvoir en Guinée en décembre 2008.
OK, personne, hors d'Afrique, ne s'intéresse à la Guinée, pays de 10 millions d'habitants, colonie française jusqu'en 1958, soumis depuis à la dictature paranoïaque de Sékou Touré, puis à celle corrompue de Lansana Conté. Pensez: même pas d'installations touristiques dignes de ce nom pour observer la misère en technicolor.
Il faut donc acheter Jeune Afrique et lire le portrait de Moussa Dadis Camara, l'homme au béret rouge, "sans nul doute l'unique chef d'Etat au monde à ne pas avoir de cabinet en ordre de marche ni de secrétariat, écrit Cheikh Yérim Seck. Pas de fiche d'audience non plus pour les nombreux visiteurs attendant des heures pour un hypothétique entretien. Pis, le capitaine putschiste n'a participé qu'une seule fois au conseil des ministres, qu'il a quitté avant la fin de la séance."
Moussa Dadis Camara  a une méthode de gouvernement originale: "Toutes les questions, y compris les plus sensibles, sont réglées dans sa salle d'attente, sous l'oeil des caméras de la Radiotélévision guinéenne. Il en résulte un feuilleton que les Guinéens ont baptisé, non sans humour et dérision, le Dadis Show, une sorte de quart d'heure du rire qui fait un carton dans les capitales de l'Afrique occidentale."
En voici un extrait ci-dessous. Mais au-delà du rire, la colère l'emporte: encore un cinglé qui, tout en dénonçant les rapines et truanderies des autres, est en train de piller un pays qui, s'il était géré avec un minimum de correction, pourrait se développer rapidement.

mardi 22 septembre 2009

Climat: et si la Chine bougeait plus vite que les Etats-Unis?

Pas terrible, le discours de Barack Obama sur le climat. Il a lancé des flonflons sur le fait que "les Etats-Unis ont plus fait pour promouvoir l'énergie propre et réduire la pollution ces huit derniers mois qu'au cours de toute leur histoire" (facile: ils n'avaient rien fait avant), puis le couplet habituel sur "le voyage sera long, le plus dur est devant nous" (on commence à avoir l'habitude), mais il n'a fourni aucun engagement concret.
Le chinois Hu Jintao s'est montré plus précis sur les objectifs de son pays, même si ce dernier refuse de fixer une date pour le "pic" de ses émissions polluantes. Faux débat d'ailleurs: l'important est plutôt la dynamique enclenchée, et la chinoise paraît supérieure à l'américaine, ce qui ne surprend pas vraiment pour un qui a l'avantage d'une économie dirigée, tandis que le président américain reste prisonnier des lobbies.
Empêtré dans sa réforme de la santé, peu mordant sur la réforme de la finance (voir message précédent), vague sur le climat...
On va finir par le surnommer Obamou.
P.S.: même le ministre suisse de l'environnement Moritz Leuenberger est déçu de la prestation obamienne et l'a dit à la radio.

Bienvenue à Krugman dans le "camp populiste". Obama fait souci

Je ne résiste pas au plaisir de signaler la dernière chronique de l'éditorialiste du New York Times et Prix Nobel d'économie Paul Krugman à propos des bonus. Extrait: "Adopter une attitude populiste face au salaire des banquiers est de bonne politique. Tout aussi important, c'est de bonne économie. En fait, on peut argumenter que la réforme du système de rémunération est la seule et meilleure chose que nous puissions faire pour éviter une nouvelle crise financière dans quelques années. Il est temps pour le président Barack Obama de réaliser que parfois le populisme, en particulier celui qui irrite les  banquiers, est exactement ce dont l'économie a besoin."
C'est la position que je défends sur ce blog depuis des semaines, ici et ici notamment. Non que j'éprouve une aversion viscérale face aux banquiers. Mais, s'agissant d'éviter une crise-bis, je me méfie des régulateurs qui se sont plantés en beauté et ne paraissent pas en mesure d'éviter le prochain plongeon - ils risquent même d'y contribuer par excès de zèle. Je crois modérément à la formule miracle consistant à renforcer les fonds propres des banques. Enfin, je suis convaincu qu'après le sauvetage de l'industrie financière par l'Etat, il faut un geste simple et fort pour montrer au contribuable que même si le "business as usual" reprend - ce qui en soi ne me dérange pas - il sera moins usual que ne le souhaitent les plus avides de la profession en ce qui concerne leur salaire. Ceux-là doivent savoir qu'on les a à l'oeil. Pas pour six mois, pour cent ans.
Pourquoi Paul Krugman encourage-t-il Obama à être populiste? Parce que ce dernier a tenu d'étranges propos lors de ses interviews-fleuves de la semaine écoulée (on se demande quand  il trouve le temps de présider, cet homme). "Pourquoi limiter la paie des directeurs de Wall Street et pas celle des entrepreneurs de Silicon Valley ou celle des joueurs de football américain de la NFL?", musarde Mister President, reprenant à son compte un des arguments les plus éculés de la finance.
Le salaire des stars du football américain EST PLAFONNE, fait observer Krugman. A quoi j'ajoute qu'un sportif de talent me fait au moins rêver, ce qui n'est pas le cas de John Thain. Un sportif de haut niveau qui faiblit voit sa paie rapidement s'effondrer, un entrepreneur de Silicon Valley qui se plante risque fort de se retrouver sur le gazon, comme on l'a vu en 2000-2001. Ce n'est pas le cas de nombreux bricoleurs de Wall Street profitant d'un système rendu - à dessein - opaque et peu concurrentiel.
That's the problem!
Krugman s'inquiète - moi aussi - de voir "Mr. Change" baisser la garde aussi rapidement face aux barons de Wall Street, alors même que la Réserve Fédérale tente encore de mettre un peu d'ordre dans leurs rémunérations. Il l'explique par "la réticence viscérale de Barack Obama à s'engager dans quoi que ce soit qui puisse ressembler à de la réthorique populiste".
C'est le même réflexe qui le pousse à minimiser les attaques racistes dont sa présidence est l'objet, à arrondir les angles, à jouer les pédagogues encore et encore devant les caméras de télévision. Cette attitude est tout à son honneur de "nouveau mâle" aux antipodes du macho de base - le gars qui règle ses différends à coups de poings sur le parking du saloon - mais il y a en politique des combats qu'on n'évite pas pour faire passer ses idées.

Le prix du cacao au plus haut depuis 24 ans

Quand j'ai commencé à préparer ma série de reportages sur le cacao en mars  dernier, la tonne se négociait à 2500 dollars (prix mensuel moyen). Lundi, elle a atteint 3334 dollars à Londres, le plus haut niveau depuis 1985. La principale raison se trouve en Côte d'Ivoire: le premier producteur mondial (40% de la récolte) souffre d'un verger vieux et malade, mal exploité par des planteurs qu'assomment par les taxes officielles et occultes d'un Etat corrompu. Les incitations à améliorer la quantité et la qualité sont donc faibles, en dépit des efforts récents de l'industrie dans ce sens. Récemment, le directeur de la filière cacao ivoirienne (dont on attend toujours la xième réorganisation) avertissait que la récolte pourrait tomber sous le million de tonnes, alors qu'elle dépassait le 1,3 million de tonnes les belles années. Ajoutons à cela les effets néfastes du phénomène climatique El Nino en Equateur et au Salvador, et une légère reprise de la demande mondiale de  chocolat après la baisse de 6% enregistrée au début 2009, et on obtient les éléments d'une pénurie durable. Le solde offre/demande est déficitaire depuis quatre saisons.
Pour les consommateurs, la hausse de prix ne devrait pas être très sensible. Sur une tablette de  chocolat vendue 1  franc 50, le coût total sortie de fabrique représente 1 franc, et sur ce franc, le cacao représente 16 centimes, selon les calculs de  Chocosuisse - dont environ 10% du total. C'est encore moins pour les barres.

Self-service iranien

Dépêche AFP de ce mardi matin, 6 h. 21:
" Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a affirmé qu’aucune puissance n’osera penser à agresser l’Iran lors d’un discours au défilé annuel des forces armées."
 Dépêche AFP, 6 heures 44:
"Un avion militaire qui participait au défilé annuel des forces armées iraniennes s’est écrasé au sud de Téhéran."
Personne ne pense à agresser l'Iran: il s'en charge tout seul.

Climat: prophètes de malheur et opportunistes

C'est la bonne nouvelle qui tombe mal. Au moment où tous les spécialistes du climat raclent leur gorge pour multiplier les cris d'alarme autour de la réunion de l'ONU sur le réchauffement - "les négociations sont bloquées",  "les Américains traînent les pieds", les Chinois ne s'engagent à rien", etc. - l'Agence internationale de l'énergie nous apprend que les émissions de carbone provenant des combustibles fossiles diminueront de 2,6% en 2009 à cause de la récession.
Zut alors, il faudra refaire tous les calculs catastrophistes en tenant compte de cette mauvaise performance!
Et il faudra les refaire encore si, comme le pré-annonce le Guardian, l'industrie aérienne confirme demain son plan de réduire de moitié ses émissions de carbone d'ici à 2050.
Que nous disent ces deux nouvelles? Qu'il faudra se méfier cette semaine, et dans la période menant au Sommet mondial de Copenhague sur le climat, des prévisions péremptoires et des effets d'annonce.
Nous savons désormais que les activités humaines ont des conséquences dommageables sur l'environnement. Il est réjouissant qu'une conférence globale cristallise cette préoccupation et accélère la recherche de solutions. Mais il faut juste être conscient que ce genre d'événements attire deux catégories d'individus également désagréables: les prophètes de malheur autoproclamés et les opportunistes.
Méfions-nous des uns comme des autres. L'industrie aérienne appartient incontestablement aux seconds. Préservées de taxes, soutenues par les Etats parce que considérées comme trésor national, les compagnies aériennes ont pu jusqu'ici polluer à leur guise ou presque. Ce qu'elles vont annoncer vise surtout à éviter des obligations plus strictes que leur imposeraient les Etats. Ils ne devraient pas se laisser abuser par ce leurre.

dimanche 20 septembre 2009

Coup de pub (bis) pour le pratimoine industriel: les moulins d'Orbe


Pendant qu'on y est, autre coup de pub pour un patrimoine qui vaut le détour: les anciens Moulins Rod à Orbe. Là aussi, des siècles d'histoire, au fil de l'Orbe. Une rivière qui, d'ailleurs, coulait au siècle passé un mètre plus haut qu'aujourd'hui. Captages, barrages... pas bon pour les poissons, ça! Le bâtiment est superbe, bien qu'en assez mauvais état. Allez le voir avant qu'un promoteur en fasse des logements pour bobos, et de là, vous pouvez remonter les gorges - spectaculaires - d'un des plus beaux cours d'eau de Suisse romande.

Pourquoi les vaches suisses sont-elles plus grasses que les françaises? Explication et coup de pub pour le Sentier du sel

Envie de marcher quatre heures et demie sur des chemins faciles, ombragés, en apprenant plein de choses sur un patrimoine industriel qui a joué un rôle essentiel? Prenez le train pour Aigle, dans le Chablais vaudois, puis le petit train de montagne qui grimpe aux Diablerets, descendez à Plambuit. Le premier panneau vous attend à droite.
Le sentier du sel a été ouvert l'an dernier. Il mène jusqu'à Bex, où se trouvent des salines encore en activité. A le suivre, on comprend l'importance historique fondamentale qu'a eue cette denrée qui servait non seulement à donner du goût, à rendre le bétail plus vigoureux, mais surtout à conserver les aliments. Quand ils manquaient de sel, les Suisses n'hésitaient pas, pour en avoir, à vendre leurs jeunes mercenaires à Louis XIV. D'où le bouleversement qu'apporta la découverte de la première source d'eau salée dans la montagne (vestige de la mer qui recouvrait la région il y a 200 millions d'années).

Une véritable économie s'est développée autour, avec ses mineurs, bûcherons, seigneurs, et inévitables impôts. A ce sujet, on voit que ce n'est pas d'hier que les Français envie la modération fiscale des Helvètes. Au XIXè siècle, le député du Doubs Auguste Desmemay écrit: "En Suisse, on trouve partout un bétail nombreux, de taille admirable de taille, de santé et d'embonpoint. (...) Parce que les Suisses lui donnent du sel en abondance, n'étant pas écrasés par une gabelle ausi élevée qu'en France. Plus récemment, l'industrie chimique de la région doit son origine à l'électrolyse du sel en sodium et chlorure.
Le sentier est une réalisation de Sandrina Cirafici (c'est la dame en chapeau dans le diaporama ci-dessus), une archéologue doublée d'unem metteuse en scène de grand talent. Pour les renseignements pratiques, le site web est ici.

vendredi 18 septembre 2009

C'est vendredi...

... le jour de notre cours avancé de yodel pour chats.

Petit cadeau

Le Wall Street Journal est en libre-accès ce vendredi: c'est Cadillac qui invite. J'aine bien cette formule, qui n'est d'ailleurs pas neuve. Les Echos, sauf erreur, proposaient déjà il y a quelques années des "happy hours" à des annonceurs, qui pouvaient le communiquer à leurs clients de différentes manières. Tout cela pour les sites qui font payer l'accès, bien entendu.
A propos d'annonceurs, une suggestion: et si les services de publicité des journaux repensaient à ce qui fut l'origine même de la presse: les avis officiels? Je suis frappé de voir que cette catégorie de publicité a quasiment déserté les pages des quotidiens, tandis que la moindre commune s'offre de coûteux journaux "maison", les services de sociétés de communication etc. pour faire passer ses messages.
On se gargarise du rôle que joueraient les médias dans le débat démocratique, et en même temps les institutions où se déroule ce débat boudent la presse, dont les tarifs sont peut-être inadaptés aussi. N'y a-t-il pas des idées à creuser de ce côté-là?

jeudi 17 septembre 2009

Hommage à un homme prévoyant

Pierre Mirabaud, président de l'Association suisse des banquiers, a remis son sceptre à Patrick Odier. Ah, ils vont nous manquer, son clairon et sa clairvoyance.
L'écho de sa voix résonne depuis ce soir de 2005 où il affirmait au au repas annuel de l'ASB à Genève: "On ne voit pas ce qu'UBS peut faire de faux en ce moment". Trois ans plus tard, il déplorait "l'honneur perdu d'UBS" suite à différentes décisions malheureuses prises autour de 2005. (A sa décharge, tout le monde encensait UBS à ce moment-là, médias compris).
Toujours à propos d'UBS, le président sortant de l'ASB se félicitait publiquement en automne 2008 de ce qu'en Suisse au moins, l'Etat n'avait pas joué les pompiers pour sauver les banques. Pas de chance: quelques jours plus tard, la Confédération se mettait en branle, gyrophares allumés et sirènes hurlantes.
C'est encore à Pierre Mirabaud que l'on doit la célèbre formule "le secret bancaire est bétonné pour quinze ans" gravée sur le fronton de la place financière au début des années 2000. Bétonné comme la Ligne Maginot, apparait-il moins d'une décennie plus tard. La faute, bien entendu, aux défaitistes (qui rime avec journalistes, l'aviez-vous remarqué?), contre lesquels Pierre-le-Grand a lancé ce jeudi sa dernière charge de cavalerie.
Un visionnaire, vous dit-on! La preuve? En 2007, lors d'un voyage au Vietnam, le président de l'ASB avait déjà prévu la pandémie de grippe A1/H1N1, comme le montre ce document d'époque. Chapeau!

Hyper-Attali

Dans le précédent message, je cite Jacques Attali, et voici qu'arrive sur mon bureau "Le Sens des choses", son premier "hyperlivre" truffé de codes qui renvoient à des sites internet qui renvoient à du contenu supplémentaire qui renvoie...
L'objet me tombe des mains. C'est un collage de sujets, d'auteurs, de pensées qui partent dans tous les sens, une sorte de conversation de salon décousue et vaguement prétentieuse.
J'attends l'inverse d'un bouquin. Quand je veux folâtrer au hasard, prendre des ruelles de traverse, "perdre du temps" et peut-être en gagner, je vais sur Internet. Quand j'ouvre un livre, j'y cherche plutôt les cailloux du Petit Poucet, ou une immersion, un univers cohérent sur lequel mon attention reste concentrée. Le contraire, en somme, de ce que propose ce cher Jacques.
Dommage. Attali, opportuniste parfois, reste un brillant esprit de synthèse. Quand il veut bien se donner la peine de l'exercer.

Se tuer au travail

J'ai du mal à partager certaines analyses françaises à propos du nombre inhabituellement élevé de suicides chez France Telecom. Sorry si je suis cynique, mais une vingtaine de cas dans une entreprise employant des dizaines de milliers de personnes, ça ne permet pas de tirer des conclusions péremptoires.
Peu importe, le psychiatre Christophe Dejours le fait dans le Monde. Il affirme gaillardement que "les suicides sur le lieu de travail n'existaient pas avant". Qu'en sait-il? Rien du tout, d'autant plus qu'il déplore le manque de statistiques, mais cela ne l'empêche pas de dénoncer une répétition des choses "devenue hallucinante". Une étude partielle faite en Basse-Normandie donne, extrapolée à toute la France, 300 à 400 suicides par an, dit-il, "mais le chiffre ne change rien". Ah bon.
C'était mieux avant, continue Dejours: il y a 30 ans, "il y avait les autres, un collectif de travail, des stratégies de défense. On ne laissait pas un type s'enfoncer". Il y avait moins d'accidents sur le lieu de travail à cause de cette solidarité, dit-il. A-t-il vérifié dans les statistiques?
Le grand coupable, c'est bien sûr "l'approche gestionnaire" apparue dans les années 80:  "Tout ce qui est à la marge peut être l'objet d'économies. Partout, on vous apprend que la source de la richesse c'est la gestion des stocks et des ressources humaines, ce n'est plus le travail. Nous le payons maintenant."
Ce qui me fascine dans ce raisonnement, c'est d'abord la conviction sous-jacente que l'homme dépend de son travail - et de lui uniquement - pour se réaliser.  Il n'existe vraiment qu'entouré, protégé par le cocon de l'Entreprise. Ce qui me frappe encore, c'est l'imagerie d'Epinal empruntée à Renault Billancourt, au Front populaire et au combat pour les vacances payées. 
En ce temps-là, l'ouvrier était noble et respecté, ma bonne dame! Sans doute travaillait-il dur, de longues heures, dans des locaux souvent insalubres pour un patron paternaliste, sous la férule de petits chefs aigris. Quand il rentrait le soir, il lui arrivait peut-être de taper sa femme et ses nombreux enfants parce qu'il avait un peu forcé sur la bouteille, mais Christophe Dejours n'en a cure, car il a "vu des ouvriers alcooliques qui ne pouvaient pas monter sur les toits pour travailler. Les copains lui demandaient de rester en bas. Ils faisaient le boulot à sa place."
Ma parole, je préfère encore lire "Mon papa", de Reiser.
Ce qui arrive aujourd'hui, conclut le psychiatre, n'est pas sans rappeler le totalitarisme dénoncé par Hannnah Arendt. Rien que ça.
Plus sobre est la lecture des événements par Jacques Attali, qui voit dans le symbole de France Telecom devenue Orange celui d'une France entre deux logiques, un peu comme Dejours, mais ne se contente pas de pleurer celle d'antan en l'embellissant jusqu'à la caricature.

mercredi 16 septembre 2009

Comment les bilans des banques redeviennent présentables

Une des causes de la crise financière, avais-je cru comprendre, est la quantité phénoménale d'actifs toxiques qui avaient été "parqués" (sic) dans des "véhicules spéciaux" (re-sic) qui ne figuraient pas au bilan des banques. Celles-ci croyaient ainsi échapper à la casse en cas de sortie de route.
L'histoire des deux dernières années montre qu'il n'en a rien été. Il arrivait toujours un moment où ces établissements devaient assumer la responsabilité juridique des titres pourris, ou des filiales qui les regroupaient.
Que lis-je ce soir? Ceci: La banque Barclays va vendre 12 milliards de dollars de ses crédits risqués à une compagnie créée tout exprès, Protium Finance, ce qui devrait "réduire le risque de nouveaux amortissements" calculés selon la méthode "mark-to-market" pour la maison-mère, écrit le Financial Times. La banque ne serait plus exposée qu'à travers son prêt à Protium.
"Nous ne cherchons pas à changer notre profil de risque par cette transaction, mais nous restructurons une tranche significative d'expositions au marché du crédit de manière à assurer des rendements ajustés du risque plus stables à terme", dit Chris Lucas, chef des finances de Barclays.
Vous comprenez quelque chose à ce charabia? Moi pas. Ce que je comprends, c'est que les méthodes qui ont provoqué la crise restent les mêmes. En bon français, celle-ci se nomme cacher la merde au chat.
Ce que je comprends aussi, c'est que deux directeurs de Barclays, Stephen King (pas l'auteur du "Fléau" - un autre) et Michael Keeley, vont gagner beaucoup d'argent à gérer Protium. Quant aux partenaires (pour l'instant mystérieux) qui financent ce "véhicule", ils recevront un rendement de 7% par an plus les gains éventuels sur la performance des titres.
Et qui essuiera les pertes si le montage se casse la figure? Ah ben tiens, c'est bête, l'article oublie d'envisager cette hypothèse.
Il rappelle en revanche que l'agence Moodays estime à 130 milliards de livres les amortissements que devraient encore consentir les banques britanniques sur leurs crédits "sous-performants".
Un autre article nous apprend qu'en Irlande, une "mauvaise banque" va être créée pour reprendre 132 milliards de dollars d'hypothèques "distressed" (pourries) héritées de la folie immobilière. On ne sait pas encore à quel prix discount les titres seront rachetés. Ce dont on est sûr en revanche, c'est que le contribuable paiera les dégâts. Quant aux banques commerciales irlandaises, délestées de ces saloperies et qui voient s'éloigner le spectre d'une nationalisation, il paraît que leur cours boursier remonte.
Nous sommes en septembre 2009, et on prend toujours les gens pour des résidus de pelures de cons, comme diraient les Guignols.

Connectés, non connectés

Sur la BBC, une carte interactive fascinante du développement des connexions à large bande ces dix dernières année. Pauvre Afrique!

Dernières nouvelles du pays des Toujours-Contents

Didier Burkhaltères entre au Grand Tipi des Sept Sages.
"C'est un poids et un honneur", a-t-il déclaré.
Il a mis le poids devant.

Le vrai vainqueur (sans mérite) de la crise? Le FMI

C'est l'analyse de mon collègue Emmanuel Garessus ce matin, bien charpentée comme souvent.

Le climat est aussi l'affaire des pauvres

Il est tout chaud sorti du four de la Banque mondiale: le World development report 2010 est un document important dans les discussions sur le climat qui vont occuper l'automne jusqu'à la Conférence de Copenhague en décembre. Ce texte d'une cinquantaine de pages servira souvent de référence dans la débat Nord-Sud qui apparaît à cette occasion.
Les pays en développement disent aux pays riches: c'est vous qui avez pollué cette planète jusqu'ici, à vous de faire l'effort de réduire les émissions de CO2. Ne nous demandez pas de freiner notre développement, aidez-nous plutôt à le rendre écologiquement supportable.
A quoi les pays développés répondent: d'accord pour vous aider, mais il n'y aura pas de chèque en blanc. Et n'oubliez pas que vous êtes désormais également responsables d'une bonne part de la pollution.
Qui a raison? Je dirai: plutôt les pays développés. Certes, ils ont provoqué les deux tiers de la pollution atmosphérique mondiale entre 1850 et 2005, selon le rapport de la Banque mondiale, mais aujourd'hui, des pays comme l'Inde et la Chine émettent déjà plus de la moitié des gaz à effets de serre sur la planète. Et leur part va devenir nettement prépondérante ces prochaines années.
Le rapport relève aussi que les pays en développement sont ceux qui ont le plus à perdre du réchauffement climatique. Les trois quarts des dégâts se produiront sur leur territoire. Même dans un scénario optimiste où la température n'augmenterait en moyenne que de 2%, le produit intérieur brut de l'Afrique et de l'Asie pourrait être diminué de 4 à 5%.
Sur une note plus positive, le texte souligne qu'il est possible, avec une action déterminée, de réduire les émissions de 20 à 30% sans sacrifier la croissance. Les pays qui s'équipent sont ici mieux placés que ceux qui doivent renouveler des installations anciennes, ce qui offre un petit avantage aux pays en développement.
Ce texte de la Banque mondiale montre surtout que l'humanité, dans son ensemble, n'a aucun intérêt à une guerre des tranchées Nord-Sud sur le climat. Les premiers signaux avant Copenhague ne sont pas très encourageants. L'Inde et la Chine refusent pour l'instant de s'engager sur des objectifs fermes, le Brésil n'a pas encore fixé les siens. Les Etats-Unis sont en retard pour adopter un programme climatique de toutes façons très en retrait par rapport à d'autres. Et l'Europe a fixé la semaine dernière un montant global plutôt faible - 100 milliards d'euros par an - pour les transferts de technologies vertes du Nord au Sud. La Banque mondiale estime qu'il faudrait entre 100 et 700 milliards de dollars par an.
Mais la diplomatie s'active en ce moment. Selon nos antennes, la Chine préparerait une déclaration importante sur Copenhague, et le Brésil prend le rendez-vous très au sérieux. A suivre.
P.S.: Dans tout ce débat, n'oublions jamais que nos certitudes scientifiques restent très relatives. Dans Le Temps de ce jour, contribution intéressante de François Meynard, du collège des humanités de l'EPFL. En deux mots, il rappelle que le diagnostic du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) n'est qu'un consensus. Il argumente ensuite que si la plus grande part des émissions de CO2 - 60% à 80% - provient des ressources fossiles, alors les scénarios catastrophistes sous-estiment une donnée majeure: l'épuisement desdites ressources! "Le choc pétrolier actuel peut annoncer la fin de l'abondance pétrolière. Or aucun scénario de consommation retenu par le GIEC n'intègre ces considérations. (...) L'air du temps est un escroc, et c'est regrettable, car se libérer des énergies fossiles, imaginer une vraie écologie industrielle sont des défis de société majeurs et bien réels."

mardi 15 septembre 2009

Au secours, les scientologues ont encore frappé!

Ici.

Vieux et malade? Votre argent nous intéresse!

Danny Pang, 42 ans (photo), et Michael Jackson ont un point commun: une ambulance a été appelée d'urgence à leur domicile, mais les secours sont arrivés trop tard. Dans les deux cas, une autopsie doit préciser les causes du décès.
Michael Jackson était une bête de scène; Danny Pang aussi, à sa façon. Il jonglait avec les assurances-vie. En avril, un article du Wall Street Journal s'interrogeait sur son passé, ses références et ses investissements actuels. Peu après, le gendarme boursier américain accusait Danny Pang d'avoir volé des investisseurs taïwanais pour des centaines de millions de dollars selon un "schéma de Ponzi". En clair, il bouchait les trous de ses paris malheureux et payait ses dépenses personnelles avec l'argent qu'il récoltait.
En 1997, la femme de Danny avait été tuée d'une balle dans la tête - "Pang!", je ne pouvais pas la rater, celle-là - à son domicile. Lors du procès, où un proche de son mari était accusé, des soupçons de liens entre celui-ci et la mafia taïwanaise furent évoqués et démentis.
Cette histoire relèverait du fait divers si un collègue ne m'avait mis sous le nez un autre article du Wall Street Journal sur la nouvelle passion des banques: les assurances-vie, précisément.
Ca marche ainsi:  la banque choisit des personnes âgées et malades à qui elle paie cash et au rabais leur assurance-vie - par exemple 400 000 dollars pour une police de 1 million de dollars - en espérant qu'elles mourront le plus vite possible. Si elles ont la bonne idée de passer l'arme à gauche dans l'année, la banque touche 1 million en ayant payé une seule prime: gagné! Si le vieux s'accroche pendant dix ans, la banque devra passer à la caisse pendant tout ce temps: perdu!
S'agissant d'un pari risqué, les établissements financiers ont eu la bonne idée d'assembler des paquets de primes reflétant des situations de risque diversifiées, puis de les saucissonner en tranches pour les vendre plus loin. Ca ne vous rappelle rien? Bien sûr que si: les "credit default swaps", "collateralized debt obligations" et autres innovations formidables qui ont permis de disséminer le risque immobilier américain entre les mains d'investisseurs qui ignoraient tout de ce qu'ils avaient dans leur portefeuille.
La titrisation des assurances-vie comporte des risques potentiellement aussi élevés, estiment certains spécialistes interrogés par le Wall Street Journal. Cela n'empêche pas certains banques comme Credit Suisse de saliver devant un marché qu'elles espèrent juteux. "Nous espérons que le troupeau se ruera sur les premières offres", dit un financier anonyme.
C'était notre séquence: un après après que Lehman Brothers est tombé en enfer, Wall Street a récité ses trois Ave Maria et retourne faire la fête.
On est bien triste qu'elle ait tourné court pour ce pauvre Danny Pang.

Sarkozy, le bonheur et les drapeaux bouthanais


Evidemment, le Wall Street Journal se bidonne. Ces sacrés frenchies veulent remplacer le sacro-saint indicateur de richesse nationale, le produit intérieur brut, par un «Joie de Vivre Index» qui inclut des facteurs comme - ha! ha! - les vacances.
Peu importe que le mot «vacances» soit absent de la liste de douze recommandations établies par la commission dirigée par Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, l'important pour les Ricains est de conforter le cliché que les «mangeurs de grenouilles» sont d'indécrottables jouisseurs qui ne pensent qu'à se la couler douce.
(Et même si tel était le cas, en quoi est-ce un crime?)
La proposition présentée lundi à la Sorbonne par Nicolas Sarkozy suscite davantage que des ricanements. Elle arrive un an après la faillite de Lehman Brothers et le gel des marchés, qui ont relativisé la «richesse» créée par le système financier, plus vite évaporée qu'accumulée. Le Boston Consulting Group calcule à ce sujet que la fortune mondiale a fondu de 11,7%, à 92 mille milliards de dollars. Elle survient aussi trois mois avant le sommet de Copenhague, qui met en évidence une autre richesse ignorée des comptabilités nationales: celle du patrimoine naturel dans laquelle nous puisons comme des malades sans savoir ce qu'il en restera pour nos enfants.
La conscience des insuffisances de l'indicateur PIB ne date pas d'hier. Bob Kennedy relevait dans sa campagne électorale qu'il incluait le napalm déversé sur les Viet-Namiens et les têtes nucléaires. Il aurait pu ajouter - mais il ne le savait pas encore - le prix de la balle qui allait le tuer.
J'écris ce texte dans le train qui m'emmène tous les jours sur 60 km de mon domicile à mon lieu de travail: je contribue ainsi à l'augmentation du PIB - mais à la richesse nationale? Plein d'activités humaines globalement dommageables gonflent le PIB, tandis que des tas d'activités essentielles comme le travail ménager, s'occuper d'une vieille personne, etc., en sont ignorées.
La constitution du Bouthan est en avance sur Nicolas Sarkozy. Elle met le Bonheur National Brut devant le Produit Intérieur Brut. En ce moment, le Bouthan a un problème de déforestation à cause de la tradition bouddhiste consistant à mettre des drapeaux de prière partout, la croyance voulant que des piquets de bois neufs soient plus efficaces que les vieux. Après avoir tenté de convaincre ses citoyens d'adopter le métal, le gouvernement essaie de les convertir au bambou, afin de maintenir une couverture forestière sur 60% du territoire, un objectif participant du Bonheur National Brut.
Les Suisses ont aussi commencé à sauver leurs forêts il y a plus d'un siècle. Ils les sillonnent d'un réseau de chemins pédestres unique au monde: ce sont des contributions utiles au BNB, à peines visibles dans le PIB.
Le problème avec la proposition Sarkozy, c'est qu'on ne se mettra jamais d'accord sur un indice permettant des comparaisons internationales, comme la réaction anglo-saxonne le montre, ce qui enlève une bonne partie de l'intérêt de l'exercice. Comparer des chiffres, des pourcentages est en soi une activité intellectuellement réductrice, et le BNB ne peut être qu'un oreiller de paresse rempli de plumes de canard, de corbeau, de pinson, d'autruche et de tout ce qu'on voudra. Mais toujours contestable et contesté.
«Nous devons à la fois mieux mesurer la production et confier à nos élus des buts qui vont au-delà de cette production», écrit le Financial Times. Je suis d'accord avec ce point de vue. Ce n'est pas un indice cosmétique qui arrangera les choses, mais des choix clairs. Le premier défi est juste devant nous, avec le climat.
Au fait: grande et intéressante interview de Joseph Stiglitz dans Libération. C'est ici sur le site, mais payant - ben oui, faudra s'y faire:le travail de ces saltimbanques de journalistes vaut quand même quelque chose. Je donne juste ce passage pour la bonne bouche:
Q: Doit-on jeter les bases d'un service public de la finance?
R: J'y pense de plus en plus. Nos banques ne comprennent toujours pas que la finance est un moyen, pas une fin. Pourquoi, au Botswana, les banques fournissent des services financiers à des villageois dont les revenus sont plus faibles que les plus faibles des Américains? Notre système bancaire suce le sang des Américains les plus faibles.

dimanche 13 septembre 2009

Conseil fédéral: conseil aux candidats

Le pays des Toujours-Contents bruisse de palabres. Il y a une place à repourvoir sous le Grand Tipi des Sept Sages, et la tradition des Toujours-Contents voudrait qu'il revienne à la tribu radicale.
Mais Fouine Myope, le grand chef de la tribu radicale, a si bien brouillé les pistes par ses signaux de fumée que les certitudes des ancêtres vacillent comme le Grand Rocher au-dessus du Caynon fédéral.
Le suspense durera jusqu'à mercredi prochain. La seule chose dont on soit à peu près sûr est que l'élu s'appellera "....er".
Burkhalter, dit Marmotte Studieuse?
Schwaller, dit Buffle Têtu?
Lüscher, dit Coyote Pressé?
Un seul conseil à ces trois coureurs: ne faites pas comme celui-ci dessous...

Can he?

Barack Obama a été élu sur la promesse de changer l'Amérique. Après huit mois, la question de savoir s'il en a les moyens, au delà de ses capacités réthoriques, devient lancinante.
Samedi, des dizaines de milliers de manifestants ont marché de la Maison Blanche au Capitole, dénonçant la réforme du système de santé que le président avait brillamment défendu quelques jours avant devant le Congrès - de l'avis des commentateurs du moins. Obama, disait-on, s'était adressé aux Américains par-dessus les politiciens et leurs jeux politiques, il avait trouvé les mots justes... A première vue, ils sont loin d'avoir convaincu tout le monde.
Mais qui est "tout le monde"? Ici se pose une question plus délicate: les néo-conservateurs sont-ils en train de fomenter une sorte coup d'Etat par désobéissance civile? La droite dure américaine sait qu'il lui faudra du temps avant de trouver un leader présentable qui fasse oublier George W. Bush et passe aussi bien devant les caméras que Barack Obama.
Alors elle a trouvé un autre moyen: travailler le mouvement "grassroots". Cette Amérique profonde fière de ses libertés et de ses flingues, mômière, viscéralement méfiante à l'égard des politiciens et de leur propension à gaspiller l'argent des honnêtes gens.
Les manifestations de ce mouvement contre la réforme du système de santé ont pris l'administration Obama de court cet été. Visiblement, le discours présidentiel ne les a pas calmées.
Les tactiques utilisées par les protestataires sont, ironiquement, inspirées des gauchistes qui pratiquaient la désobéissance civile pendant les années 60: mobilité, réactivité, interruptions de séances par tous les moyens possibles, de bonne ou mauvaise foi.
La différence, c'est que les médias électroniques (TV, internet), permettent d'accélérer la mobilisation et d'amplifier l'écho des manifestations. En outre, des lobbies puissants (par exemple celui qui s'oppose à la réforme sur l'énergie) financent en douce les citoyens en colère.
Tout cela crée un cocktail dont on a peut-être sous-estimé l'explosivité. En Europe, on continue de faire comme si Barack Obama avait gagné les élections et que sa majorité démocrate avait plusieurs années devant elle pour faire passer le changement. Ce n'est pas le cas. La nouvelle présidence est confrontée à une puissante guerilla des mots qui dynamite les discours pédagogiques de Barack Obama. Comme souvent, l'Europe de centre-gauche se laisse séduire par les seconds et sous-estime la portée de la première.
Dans cette guerrilla, il y a des lanceurs de cocktails Molotov plus dangereux que les autres. C'est pourquoi j'évoquais il y a quelques jours le sermon du pasteur baptiste Steve Anderson à Phoenix (Arizona) "Why I hate Barack Obama", au lendemain duquel une des ouialles du pasteur a paradé avec un fusil semi-automatique chargé devant un endroit où Obama faisait un discours pour les vétérans.
Récemment, un rapport du Southern Poverty Law Center dénonçait le réveil récent des milices d'extrême-droite. Rassembler tous ces faits relève peut-être de la paranoïa, mais les ignorer, c'est ignorer aussi une composante fondamentale de la politique américaine.
Combien ça coûte, Mr.President?
Face à cette situation, que peut le réformiste Obama? Deux choses, me semble-t-il. Premièrement durcir le ton sur les points qu'il juge non négociables. Il a commencé à le faire dans son discours de mercredi dernier sur la santé, mais ça ne suffira probablement pas.
Ensuite, et c'est le plus important, répondre aux critiques fondées. Car tous ceux qui manifestent contre son plan santé ne sont pas des ultra-conservateurs ou des manipulés. Il y a parmi eux une majorité de personnes qui craignent la baisse de leur propre couverture d'assurance ou, plus légitimement encore, l'explosion du déficit public.
Là-dessus, le président n'est pas crédible quand il affirme que sa réforme "n'alourdira pas le déficit d'un cent". Que propose-t-il? Une vaste chasse au gaspi dont la principale cible est les assureurs. Sans préciser comment va s'organiser la battue.
Or tous ceux qui essaient de limiter la hausse des coûts - la Suisse, deuxième pays le plus cher du monde pour les dépenses de santé, en sait quelque chose - s'aperçoivent vite qu'il n'y a pas un seul coupable et que la situation se complique rapidement quand on entre dans le vif du sujet. Médecins, hôpitaux, patients, fabriquants de médicaments, assureurs: les améliorations doivent être cherchées à chaque maillon de la chaîne.
Taper sur les assureurs en priorité ne mène nulle part. D'abord ils sont puissants, ce sont probablement eux qui comprennent le mieux le (dys)fonctionnement du système. S'en faire des ennemis d'emblée n'est pas très malin. Par ailleurs, certains de leurs avertissements méritent d'être écoutés. En Suisse, ils dénonçaient la précipitation du ministre de la santé Pascal Couchepin qui les poussait à baisser le montant de leurs réserves, jugées excessives. Ils ont néanmoins obtempéré aux ordres: Pascal Couchepin a pu rouler les mécaniques pendant deux ans où la hausse des primes s'arrêta ... avant de rebondir à 10-15% en 2009.
Bref, on ne réforme pas un système de santé qu'avec des bons sentiments. De même qu'on n'assainit pas un système financier à coups de garanties et d'injections massives de capitaux.
Sur les deux dossiers majeurs de sa présidence, Barack Obama n'a pas encore démontré qu'il avait la situation en mains.

vendredi 11 septembre 2009

Comment dit-on "faut pas me pousser" en japonais?

Toujours stimulant, Guy Sorman, dont le dernier message tranche sur la béatitude générale qui a accueilli le "changement historique" de majorité politique au Japon.
En réalité, rien ne change, argumente Sorman, si ce n'est "l’image que les Japonais se font d’eux-mêmes et de leur avenir: se tuer au travail pour être Numéro Un, cela ne les passionne plus". Cela fait vingt ans que, pas à pas, ils ralentissent le rythme de travail. Des tentatives de réformes libérales au début des années 2000, les Japonais ont retenu l'idée "que toute libéralisation créait des inégalités sociales: une analyse fausse, car les inégalités au Japon sont dues à la spéculation immobilière et au copinage entre entrepreneurs et partis politiques. Il n’empêche que cette critique de la libéralisation a convaincu l’opinion: Yukio Hatoyama a aussi fait campagne sur ce thème. Le bonheur et l’égalité, ce fut le ticket gagnant."
Le Japon "reste innovant" et "peut tenir encore dix ou vingt ans", dit Sorman. Après? On ne sait trop où va ce pays au nombre record de centenaires qui vont à petit pas, quelques pas devant nous...

"M'man, envie de vômir..."


Once upon a time, il y avait You and Us, généralement photographiés dans un salon dépouillé à moquette beige, atmosphère zen, parlant affaires devant une grande baie vitrée d'où l'on avait vue sur des gratte-ciel, un port, un bout de rue animée, the global monde, quoi.
Vu d'en haut quand même, car You and Us avaient besoin d'un peu de recul et de calme. Us gérait le patrimoine de You, avec compétence, discrétion et efficacité bien sûr. You ne comprenait pas toujours ce que lui racontait Us, mais il lui faisait confiance, l'oeil fixé sur sa belle cravate de soie.
Un jour s'est levé une sale tempête nommée "subprime". You, inquiet, a téléphoné à Us, qui l'a rassuré: "Pas de panique, cher You, nous avons la situation en main. D'ailleurs je vous recommande de glisser dans votre portefeuille de titres..."
Quelques semaines ont passé, la tempête est devenue tornade. Dans le salon à moquette beige, You,après avoir beaucoup insisté au téléphone, a obtenu un rendez-vous avec Us, qui avait des cernes sous les yeux. "Votre portefeuille, malheureusement..."
Cette semaine, un juge du Connecticut a demandé à la banque des You and Us de mettre de côté 35,5 millions de dollars en vue d'éventuels dédommagements à un You qui ne comprenait pas pourquoi Us avait continué de lui vendre en été 2007 des produits structurés basés sur des hypothèques pourries, alors que Us aurait dû savoir que le marché se détériorait à tout vitesse.
"Aurait dû"? Us savait. En fait, Us se délestait de ses titres pourris sur You pour arranger son propre bilan. C'est ce que montrent des courriels retrouvés dans le cadre de la procédure. L'un d'entre eux, signalé dans le Wall Street Journal usait d'un ton particulièrement délicat: "OK, still have this vomit?", demande un employé de Us à un autre.
Et vlan sur la cravate de soie!
Récemment, Oswald Grübel, nouveau patron de Us après que le précédent a été emporté par la tornade, déclarait qu'il faudrait encore quelque temps avant que les You d'ici et d'ailleurs, mais particulièrement aux Etats-Unis, retrouvent une certaine fascination à contempler la cravate de Us.
Je ne sais pas pourquoi, mais le vendredi, je me sens toujours un peu plus taquin.

jeudi 10 septembre 2009

L'autre discours d'Obama

Je ne parle pas de celui sur la réforme du système de santé - qui est très bien, si vous avez le temps de lire cinq pages en anglais - mais de l'hommage que le président américain a rendu la veille à Walter Cronkite, "l'honnête homme" de CBS pendant tant d'années. Extraits.
"Nous savons que les temps sont durs pour le journalisme. Tandis que l'appétit pour les nouvelles augmente, les rédactions ferment. Malgré les grands sujets que fournit notre époque, des journalistes sérieux se trouvent sans travail. En même temps que le cycle de l'information raccourcit, la marge des journaux diminue.
"Trop souvent, nous remplissons ce vide par du commentaire instantané, du bavardage sur les célébrités et les histoires insignifiantes que Walter Cronkite dédaignait, au lieu des nouvelles fortes et du journalisme d'investigation qu'il défendait. La question "qu'est-ce qui est arrivé aujourd'hui?" est remplacée par "qui a gagné aujourd'hui?". Le débat public s'appauvrit. la confiance du public diminue. Nous échouons à comprendre le monde, ou à nous comprendre les uns les autres, comme nous le devrions, et ceci a des conséquences sur nos vies, sur la vie de notre pays.
"Cette démocratie, disait Walter, ne peut fonctionner sans un électorat raisonnablement bien informé. C'est pourquoi le journalisme honnête, méticuleux et objectif que beaucoup d'entre vous poursuivez avec le même zèle que le sien est vital pour notre démocratie et notre société.
"Walter n'était pas un idéaliste naïf. Il comprenait les défis, les pressions et les tentations qui attendent le journalisme dans cette ère nouvelle. Il comprenait qu'un groupe de médias avait le devoir de viser le profit, mais aussi d'investir une bonne part de ce profit dans l'information et les affaires publiques.
"Bien sûr, nous nous demandons comment il aurait couvert les gros sujets d'aujourd'hui. Alors que la nouvelle d'un incendie se répand dans le monde à la vitesse d'internet, aurait-il demandé la double vérification de la source? Comment se serait-il débrouillé dans la jungle bruyante des blogs, des messages instantanés et des effets sonores et visuels qui l'emportent sur la substance? Aurait-il amené la perspective que nous admirons? Aurait-il été capable de rester une figure particulière à l'âge du zapping et des médias omniprésents?
"Quelque part, nous savons que la réponse est oui. Les valeurs que Walter Cronkite a poursuivies - la recherche de la vérité, explorer le monde honnêtement, du mieux que nous pouvons - sont aussi vitales aujourd'hui qu'elles l'étaient alors.
"Je suis convaincu que le choix entre le profit et le progrès est un faux débat, et que les beaux jours du journalisme sont encore devant nous."

Les conseils de l'oncle Paul...

...Volcker, donc, le géant qui a dirigé la Réserve fédérale, pas celui dont les "Belles histoires" dans Spirou ont occupé les jours pluvieux de mes vacances enfantines au chalet.
"Un établissement qui fait le plus gros de ses profits avec le "trading" (négoce) ne devrait pas avoir une licence bancaire", dit-il dans Il Sole 24 ore. Intéressant. Pour mémoire, Paul Volcker a été nommé par Barack Obama pour diriger une équipe de conseillers indépendants sur la manière de sortir les Etats-Unis de la crise.
Tâche ardue, car "il y a un tas de gens qui font d’énormes quantités d’argent avec la finance et qui veulent continuer à le faire", dit oncle Paul. Pour lui, tout n'est pas encore joué, "même s’il y a effectivement le risque que ne soient pas adoptées les réformes et les règles que l’on pouvait attendre (...)Il est trop tôt pour exprimer un jugement mais je suis inquiet car je pense qu’un tas de gens à Wall Street reviendront bientôt aux vieilles habitudes et diront : le passé c’est le passé, c’est le moment de recommencer, mais la partie n’est pas finie."
Ouaip... Pour moi, elle semble quand même passablement jouée, la partie - en faveur des banques. J'aimerais que les faits me donnent tort, mais franchement, je n'en vois pas beaucoup. Paul Volcker est un grand monsieur, mais c'est aussi un monsieur assez âgé.
Un autre monsieur âgé, Alan Greenspan, président de la Fed avant Ben Bernanke, déclarait il y a deux jours qu'on ne "changera pas la nature humaine".
P.S.: Au fait - merci Wikipedia - j'ai retrouvé le portrait à la pipe de l'Oncle Paul, celui de Spirou qui avait réponse à tout et pouvait même vous expliquer le fonctionnement d'une banque en une page de journal, avec de jolis dessins couleurs en plus. C'était le bon temps, comme aurait dit ma Tante Candine!

La bande-annonce que Berlusconi ne veut pas qu'on voie

Le documentaire Videocracy, présenté à la "Mostra" de Venise, arrive au moment où Il Coglione, ci-devant premier ministre d'Italie, mène une campagne d'intimidation contre les médias. Mister "Je-les-ai-bien-accrochées-et-je-vais-vous-le-montrer" ne veut pas que les Italiens voient ce film racontant le triomphe de la bêtise, ni même sa bande annonce. La voici.

Cela étant, j'avoue que les berlusconneries commencent à m'amuser. Voici celle du jour: "Je crois être de loin le meilleur président du Conseil des 150 années de l’histoire italienne", a dit Il Coglione à El Pais, quotidien contre lequel il a par ailleurs déposé une plainte. Il a aussi calculé qu'il est au pouvoir depuis 2500 jours, ce qui le met devant Alcide De Gasperi, qui a gouverné de 1945 à 1953.
Pour Berlu, hip hip hip, hourrah!

mercredi 9 septembre 2009

Autocritique du blogueur (2)

La trentaine d'aficionados qui suivent ce blog - l'organe de contrôle officiel REMP n'a pas eu le temps de confirmer sa percée fulgurante dans le paysage médiatique suisse romand, francophone et grosso modo mondial - auront remarqué le nombre inhabituel de messages postés aujourd'hui.
Eh! journaleux, tu n'as pas assez de boulot? Ben c'est un peu ça. Le Temps ne paraît pas demain jeudi pour cause de Jeûne genevois (ce n'est pas un gag, même si cela y ressemble), et notre journée s'est donc passée à alimenter le site web et à préparer des sujets pour après-demain.
Ce qui me replonge dans l'autocritique et confirme deux choses:
1. Si j'ai choisi ce métier, c'est parce que je fonctionne au coup de pied au cul de l'actualité. Sans stress, je ramollis comme une salade baignant dans sa sauce au réfrigérateur.
2. Travailler pour le web, ce n'est pas la même chose, pas la même adrénaline que l'écrit. Question d'habitude, direz-vous. Peut-être, je ne suis pas sûr en fait. Il y a quelques mois encore, j'étais tout feu tout flamme pour écrire sur le web, dès six heures du matin s'il le faut, j'ai même fait l'exercice avec enthousiasme.
Et puis, comme consommateur d'autres sites, je me suis rendu compte que je prenais une certaine distance face à ceux qui bougent sans arrêt, qui ne cessent d'attirer le chaland par une nouvelle histoire en tête de page web. Le Tages Anzeiger par exemple: ce qui passait au début pour de la réactivité devient peu à peu de l'agitation. Je me surprends à penser: "Si la "top story" qui captait mon attention il y a une demie-heure a déjà disparu de leur page d'accueil, c'est peut-être qu'elle n'est pas si solide ou intéressante que cela".
Du coup, une sorte de méfiance s'installe face à la mousse. J'observe aussi que les sites dits de "référence" comme le WSJ ou le Financial Times actualisent avec modération leur page d'accueil.
Voilà pourquoi le passage obligé et lourd par le papier garde son attrait: il garantit un minimum de distance, de temps de réflexion, d'arbitrage face au flux de nouvelles. L'échelle du quotidien, pourtant, est ridicule en termes de rumination intellectuelle! Mais par rapport à l'heure ou aux dix minutes du web...
Cela me fait repenser à une discussion que nous avons eue il y a quelques jours avec Paul Dembinski, directeur de l'Observatoire de la finance. D'un côté, il est tenté d'introduire un blog pour mieux communiquer les travaux de ses chercheurs. De l'autre, il est viscéralement méfiant face à la vitesse excessive. Toute sa dénonciation des dérives financières se base sur la critique de la "transactionnite" qui substitue la technologie, la complexité et l'opacité aux rapports humains. On pourrait appliquer le même reproche à la production intellectuelle.
Bref, Dembinski est un adepte de la décantation. Moi, je balance entre les deux désirs - celui de réagir, partager, communiquer; et celui de ruminer, de tester, de tourner sept fois la langue dans ma bouche.
Ce n'est pas ce que j'ai fait aujourd'hui - bon, tant pis, je ruminerai demain.

Bonus: un avis qui vaut de l'or

Quand les banquiers entendent le mot "bonus", ils ne dégainent pas leur revolver, mais l'argument-massue: "populisme!" En ce moment, la contre-attaque bat son plein à Wall Street et dans la City, où 72 employés de Dresdner Kleinwort réclament devant les tribunaux 33 millions d'euros qui, estiment-ils, leur sont dus. Si la crise a éclaté, c'est moins la faute des traders que des régulateurs qui les ont mal encadrés, entend-on de plus en plus souvent.
Dans ce climat, il est intéressant d'entendre un orfèvre en la matière, Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, déclarer que la colère face aux bonus énormes encaissés par des banquiers qui ont perdu de l'argent est "compréhensible et appropriée". A retenir pour le G20 de Pittsburgh dans quinze jours.
...Mais venant du patron de Goldman Sachs, une banque passée maître dans l'art des deals opaques, d'entourlouper ses clients et de couvrir d'or ceux qui le font, c'est un peu fort de tabac comme le relève le Financial Times ici et ici.

Coïncidence chocolatée (suite)

Quelles sont les chances de l'offre de Kraft Foods sur Cadbury? Il y a deux jours, son annonce a un peu gâché la fête inaugurale qu'organisait Nestlé à Broc pour son "Centre d'excellence du chocolat". Après les discours de la direction soulignant ses efforts de recherche et développement pour replanter des cacaoyers plus vigoureux et productifs - et pour transformer leurs fèves en délices inégalables, bien sûr - est venue le moment des questions: "Nestlé va-t-il faire une contre-offre sur Cadbury?" Voilà ce qui intéressait la presse économique.
Paul Bulcke, le CEO de Nestlé, a bien sûr refusé de dévoiler ses batteries. Nestlé n'a pas pour habitude de se jeter tête basse dans des surenchères. Une combinaison Kraft-Cadbury pourrait toutefois faire de l'ombre au groupe suisse sur les marchés auropéens, estime le Wall Street Journal. Kraft y possède deux marques fortes (Milka et Toblerone) et pourrait faire monter en puissance sur le continent des produits Cadbury comme les barres Dairy Milk, qui sont surtout vendues sur le marché anglo-saxon pour l'instant. Le duo pourrait aussi écorner la position de Nestlé au Brésil - un très gros marché.
Certains se demandent si, au lieu de contre-attaquer directement, Nestlé ne va pas reprendre sa cour auprès de Hershey, en lui rachetant par exemple les droits sur les barres Kitkat, une marque "milliardaire" que le groupe suisse a relancée avec succès en 2008 (+10% de ventes). Ce ne serait pas d'une folle originalité. Il pourrait aussi y avoir des mouvements plus surprenants.
Ce qui est sûr, c'est qu'après avoir investi des dizaines de millions dans le segment "chocolat" qui représente près de 10% de son chiffre d'affaires total, Nestlé peut difficilement rester les bras croisés. C'est un premier test pour Paul Bulcke, qui a repris la direction générale l'an dernier, et qui a jusqu'ici géré le paquebot sur sa lancée. Son prédécesseur Peter Brabeck, aujourd'hui président du groupe, pourrait aussi s'en mêler, puisqu'il s'est réservé les grandes décisions stratégiques.
Si l'OPA de Kraft sur Cadbury a excité les marchés, c'est aussi parce qu'elle constitue un des premiers signes tangibles de reprise d'activité dans les fusions et acquisitions après la crise financière. Là aussi, c'est un test. Cadbury ayant décliné l'offre, Kraft devrait logiquement la remonter. Mais en a-t-il les moyens? se demande le Financial Times. Pas si sûr.
Pour l'instant, Kraft maintient son prix, et Nestlé se tait.

"Je prie pour que Barack Obama meure et aille en enfer"

Steven Anderson, 27 ans, est pasteur à la Faithful World Baptist Church à Poenix, Arizona. Il est opposé (le mot est faible) à l'avortement, pense que les juifs ont assassiné Jésus, etc. Le mois dernier, il a déclamé devant ses paroissiens un sermon intitulé "Pourquoi je hais Barack Obama". Il y déclare notamment; "Je prie pour qu'il meure et aille en enfer". Ci après, le compte-rendu de CNN.
Parmi les fidèles assistant au sermon se trouvait Christopher Broughton. Le lendemain, Broughton s'est promené avec un fusil semi-automatique AR-15 et un pistolet chargés devant l'endroit où Barack Obama s'adressait à un groupe de vétérans. Il n'a pas été arrêté, le port d'armes étant autorisé dans l'Etat.
D'après CNN, les menaces de mort sur le président des Etats-Unis ont augmenté de 400% depuis qu'Obama est entré en fonctions.
Ci-après, la réponse du pasteur Anderson, qui estime avoir fait usage du droit à la parole et de "prêcher la Bible" qui lui sont garantis par le premier amendement de la Constitution.

Et pour conclure, voici ce que Steven Anderson répond en sermon à ceux qui doutent que "Barack Obama est un démon". Il y en a plein d'autres du même tabac sur Youtube, pour ceux qui ont l'estomac.

Suisse-Libye, l'amour à mort (suite)

Dans 20 Minutes ce matin, le travail de quelques bidouilleurs de Photoshop sur le feuilleton de l'automne. Marrant. J'ai bien aimé celui-ci, mais il y en a d'autres.

lundi 7 septembre 2009

Coïncidence chocolatée

J'attends dans le bus qui va nous conduire à Broc (Fribourg, Suisse), où Nestlé inaugure son "Centre mondial de compétences du chocolat", et je lis sur BBC que Kraft Foods veut racheter Cadbury pour 16,7 milliards de dollars. Cadbury rejette l'offre. Je n'ai pas les notes de ma série sur le cacao avec moi, mais de tête, je dirais que si l'opération devait aboutir, elle donnerait naissance au No 1 mondial (actuellement, c'est Mars). Cadbury s'est signalé cette année par son initiative "commerce équitable" en achetant dorénavant toutes ses fèves à la coopérative ghanéenne Kuapa Kokoo.

samedi 5 septembre 2009

Et si le G20 commençait par réapprendre à lire les compteurs de la locomotive financière?


Changement d'ambiance. Au G20 de Londres en avril, les sept premières économies du globe se contractaient à un rythme de 8,4%, le commerce mondial avait chuté de 17% au dernier trimestre 2008, les bourses raclaient le plancher et certaines banques se demandaient si elles passeraient l'année.
A vingt jours du prochain G20 à Pittsburgh, ce n'est peut-être pas la joie, mais le "ouf" de soulagement est perceptible. FMI et OCDE revoient leurs prévisions de croissance à la hausse. OK: la plupart des observateurs s'attendent à une remontée longue et difficile, le chômage américain atteint son plus haut niveau depuis vingt-six ans à 9,7%, mais ceux qui prédisent une rechute brutale de l'économie et des bourses, selon le scénario de la Grande Dépression de 1932, sont minoritaires.
Du coup, les pompiers commencent à ranger leurs échelles et à rembobiner leurs tuyaux. La discussion va progressivement porter sur le rythme auquel les mesures de soutien devront être levées, elle occupera un peu les esprits à Pittsburgh.
D'où vient le sentiment de frustration qui augmente à l'approche du sommet? Peut-être de ce que les vraies questions sur la crise financière n'ont pas été et ne seront pas posées.
Pas d'oubli, ni de pardon
Ce week-end, les ministres des finances du G20 débattent des bonus. J'ai souligné à plusieurs reprises dans de précédents messages pourquoi je suis favorable à des limites et à un signal fort sur ce point. Ma conviction est que l'homme doit toujours interroger la motivation de ses actes, et l'avidité fut à la fois un motif et un facteur prépondérants de l'implosion financière.
J'entends les cyniques répéter qu'on ne changera jamais la nature humaine et que si Pierre ou Paul mettent des limites, il sera toujours facile de tricher avec Jacques. Peut-être ont-ils raison, mais alors si c'est le cas, finissons-en tout de suite avec le G20 et tout le discours sur la "gouvernance mondiale". Admettons que nous sommes une fois pour toutes impuissants face aux personnes les moins scrupuleuses de la société.
Ce n'est pas comme cela, me semble-t-il, que la société fonctionne. A défaut de règles 100% efficaces en matière de rémunération, le débat sur les bonus envoie à la planète finance le message que le commun des mortels n'oublie pas, n'accepte pas et ne pardonne pas tant l'indécence d'un système de rémunération non seulement immoral (on peut bien sûr discuter où on met la barre), mais contre-productif du point de vue économique.
La spirale des transactions
Cela étant, les bonus n'expliquent pas tout. Je rejoins Paul Dembinski, directeur de l'Observatoire de la Finance, quand il dit que le problème de fond soulevé par cette crise est la "transactionnite" aiguë, la "financiarisation de la société". En clair, le système financier, qui se rémunère de plus en plus sur les commissions, a augmenté de manière vertigineuse le nombre et la vitesse des opérations qu'il effectue, au point que leur volume et leur complexité dépassent complètement les régulateurs supposés les surveiller.
On est très loin du modèle classique d'intermédiaire entre le désir d'épargne et le besoin de crédit. La finance est devenu une fin en soi. Cette industrie ne représente que 5% des emplois américains, mais sa part des profits est passée de 10 à 40% du total de 1980 à 2007. En 1995, les transactions sur produits dérivés équivalaient au produit brut mondial; en 2005, elles représentaient six fois ce produit. Etc.
L'allocation de la liquidité
Est-ce une coïncidence? Cette période a été marquée par un gel de la pensée économique. Les esprits les plus brillants se consacraient à l'élaboration de produits hyper-sophistiqués: c'était plus rémunérateur que de disserter sur leur utilité économique au sens large.
Aujourd'hui, les premières analyses du type "useful or harmful finance?" commencent timidement à ressortir des tiroirs. On débat par exemple de la titrisation à outrance, cette façon de recombiner des titres, de les saucissonner et de les vendre par tranches. En soi, la titrisation ne me gêne pas. Les milieux financiers la défendent en argumentant qu'elle augmente la liquidité et répartit mieux les risques.
Pour ce qui est des risques, la crise a montré l'effet pervers de la titrisation, les produits les plus dangereux se retrouvant au final entre les mains les plus inexpérimentées, les propriétaires ignorant souvent ce qu'ils détenaient.
Pour ce qui est de la liquidité, la question est de savoir si le système financier a fourni du crédit aux acteurs qui en faisaient le meilleur usage en termes de création de richesses. La bulle immobilière américaine nourrissant une consommation effrénée et insoutenable, suivie de l'assèchement du crédit aux entreprises montrent que l'allocation du crédit était loin d'être optimale.
La question de l'utilité économique de la finance est très complexe, parce que ses flux le sont. Les études à ce sujet ne sont pas assez avancées pour qu'on puisse en déduire des conséquences politiques.
Augmenter les fonds propres?
Le G20 devrait en tirer la modeste leçon. Les mesures qu'il étudie en ce moment sont partielles, leur efficacité reste à prouver. On s'attendait à un débat sur la limitation des bonus entre les Européens (plutôt pour) et les Anglo-Saxons (plutôt contre), mais il semblerait qu'un autre point central du plan d'action - le renforcement des fonds propres des banques - fait aussi problème.
Cette fois, les Anglo-Saxons sont plutôt pour et les Européens réservés. Je risque l'hypothèse suivante sur cette division: New York et Londres étant les deux plus grandes places financières, elles pourraient sortir renforcées de la concentration que provoque la crise. Leurs méga-banques trouveront toujours sur le marché les capitaux nécessaires pour renforcer leur pare-chocs. Les Etats moyens disposant de banques moyennes craignent en revanche que l'alourdissement de leur obligations en termes de bilan les pénalise face aux géants.
Quelle que soit la raison de la divergence, la question la plus importante est celle de l'efficacité. Je n'ai pas d'avis tranché et pas assez de compétences sur la question, mais je retiens l'observation de Dembinski, qui rappelle que les problèmes systémiques sont nés de l'interconnexion et de la complexité des réseaux, pas du bilan de telle ou telle banque. L'analyse de celles qui se sont cassées la figure fait apparaître des situations très variables en termes de fonds propres et de taille. Mon instinct me dit que cette solution n'est que partielle.
"Mettre du sable dans les rouages"
Pour éviter des écheveaux à la Lehman Brothers qu'on n'a pas fini de démêler un an après le krach, certains caressent l'idée d'un "testament" préparant le démantèlement rapide des banques en cas de problème. C'est totalement naïf. Comme si les banques étaient des constructions juridiquement et économiquement figées! On passerait son temps à réécrire le "testament", sans éviter des chaumailleries entre héritiers au moment de la mort.
La proposition de "mettre du sable dans les rouages", c'est-à-dire de taxer les transactions financières pour y introduire un "coût de réflexion et d'utilité" a la faveur de Dembinski et de Lord Turner, le président de l'autorité de surveillance londonienne.
Toute taxe représente un coût économique. Si on estime qu'elle empêche une action dont l'effet général est défavorable, ce coût se transforme en avantage. C'est le but visé par des taxes écologiques type CO2, qui ne visent pas - en principe - à remplir les caisses de l'Etat mais à modifier des comportements dommageables. Si le "sable dans les rouages" en vient à les gripper complètement, le coût économique peut en revanche devenir très élevé. Le réglage du curseur est donc délicat. Je suis en général sceptique face aux taxes: il y a toujours moyen de les contourner, d'en reporter le coût sur le client, et l'Etat finit souvent par y voir une fin en soi. L'idée d'une taxation des titres dégressive en fonction de la durée de leur détention me paraît plus intéressante. Là aussi, la question est complexe et mérite de plus amples discussions.
Plus de concurrence
Quant à couper en plusieurs morceaux les banques "trop grosses pour faire faillite", je ne vois pas le début d'un bout de volonté politique sur cet enjeu pour l'instant. Cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas continuer d'y réfléchir, comme le fait le nouveau président désigné de la Banque nationale suisse, Philip Hildebrand. La Suisse a vu à travers les problèmes d'UBS le danger que fait planer un mastodonte bancaire sur une relativement petit économie.
Le but de la réglementation devrait être de maintenir la concurrence dans le secteur, de permettre à de nouveaux venus de s'y développer, ce qui reste la meilleure protection du consommateur.
La gouvernance mondiale en marche
En résumé, il n'y a pas de solution miracle, et il faut commencer par l'admettre. Les politiciens du G20 doivent admettre aussi qu'ils n'ont rien vu de l'explosion des marchés financiers et n'en comprennent pas encore les rouages. Le premier travail reste celui de la transparence, du décryptage, d'une information claire et synthétique. Bref, commencer par réapprendre à lire les compteurs de la locomotive avant d'en tirailler les manettes dans tous les sens.
Le G20 doit continuer de réflécjir intensivement à son rôle et à la façon dont il l'inscrit dans le fonctionnement des autres institutions internationales. Dans une récente interview au Monde, Pascal Lamy, directeur de l'Organisation mondiale du commerce, disait ceci: "Il faut réfléchir aux liens entre le G20, les organisations internationales spécialisées et l'ONU. Le premier a le leadership, les secondes la capacité, la troisième la légitimité. Il faut repositionner ce triangle et accepter les Nations Unies en tant que parlement mondial, dont les travaux seraient préparés par un conseil économique et social sérieusement relooké." La piste est intéressante.