mercredi 29 juillet 2009

Fantasmes canadiens ( at Ten-ee-ah Logde)

Poofie the Moose avait trop chaud pour se coincer ses bois entre les bouleaux
Moopie the Bear était invité à faire un tour comme hôte d'honneur au rodéo de Twin-Ooh-Ha Lake
Squickie la mini-marmotte me sifflait sans arrêt, rouspéteuse comme une concierge
Twinkie le castor venait d'attraper un poisson et, poli, n'a pas voulu me parler la bouche pleine
Hydro-Jack le pilote avait donné son sac il y a quinze jours, pris par un soudain désir de Caraïbes
Je me suis donc baigné à poil avec mon pote Pétard le canard
Chatouillé par les nénuphars
Au lac de Tord-le Lard

dimanche 26 juillet 2009

La récession, comme la grippe H1N1

"Embellie" et "rebond" boursiers faisaient les titres des journaux vendredi. Il a suffi de quelques chiffres médiocres ce jour-là pour doucher ce bel enthousiasme. S'il y a une chose que la crise n'a pas changé, c'est l'esprit à courte vue et ronronnant des analystes.
L'optimisme - ou le désir d'optimisme - s'abreuve à trois sources. Premièrement, les statistiques immobilières américaines semblent indiquer que le marché se stabilise. Ce n'est guère étonnant après une chute de plus de 20%. Restent des stocks de maisons vides ou bradées, une grosse interrogation sur l'immobilier commercial et des pays comme l'Espagne qui n'ont pas encore touché le fond.
Deuxièmement, les indicateurs de stress des marchés financiers se sont détendus. C'est un développement positif, qui se produit néanmoins sur fond de réduction massive des effets de levier. Le monde financier cherche encore ses nouveaux équilibres et ses nouvelles règles de fonctionnement.
La troisième source concerne les résultats des entreprises. Ici, l'image est pour le moins contrastée. Certains comme Ford affichent de surprenant bénéfices (mais encore une fois, voyons d'où ils viennent) tandis que d'autres comme Microsoft donnent des raisons de s'inquiéter. Deux remarques générales à ce sujet. D'abord, il est assez logique que des sociétés qui avaient assaini leur bilan dans la période de reprise 2004-2008 puissent présenter assez rapidement des chiffres favorables après la crise financière. Souvent, ils le sont devenus (présentables) au prix de restructurations dont les effets commencent seulement à se faire sentir. Ensuite, quelle confiance peut-on accorder aux résultats présentés actuellement vu l'état de confusion des normes comptables, que déplorait The Economist la semaine dernière? Là encore, les analystes recommencent à bêler avec le troupeau sans regarder de plus près les chiffres qu'on leur sert en pâtée.
Les docteur Coué de la reprise négligent le fait que l'économie reste sous double perfusion de déficits budgétaires gigantesques (Les Etats-Unis viennent de dépasser les mille milliards de dollars pour 2009, le double de toute l'année 2008) et de taux d'intérêt réduits à zéro. C'est une situation anormale, insoutenable à moyen terme.
L'autre phénomène sous-estimé tient au mode même de propagation de la récession. Quand les gouvernements n'y étaient pas préparés, elle se manifestait de façon brutale, relativement rapidement. Aujourd'hui, ils disposent de différents outils pour amortir le choc. A ceux cités ci-dessus s'ajoutent le chômage partiel et les autres programmes sociaux. Les ménages eux-mêmes ne sont plus dans la même situation financière qu'il y a quelques décennies, ce qui rend inopérante toute comparaison avec la crise des années 30. Ils ont leurs propres coussins amortisseurs (économies, héritages) dont ils font probablement un usage accru en ce moment. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle expliquerait à mes yeux un des mystères actuels de cette crise: la baisse relativement faible des dépenses de consommation à ce jour alors que les revenus ont diminué bien davantage.
Si cette hypothèse est juste, ces réserves s'épuiseront au cours de l'année en cours, tandis qu'une part du chômage partiel se transformera en licenciements secs et que les gouvernements surendettés vont revoir à la baisse leur soutien artificiel à l'économie. Bref, le plus gros de la récession est devant nous.
Cela me fait penser aux mesures prises pour lutter contre la grippe H1N1: elles retardent la contagion, mais ne l'évitent pas au bout du compte.

"N..., n..., n-non merci, pas de dessert"


Si vous passez par Halifax, ne manquez pas le Lower Edge Pub. Super musique entre blues et funky folk (à titre d'exemple, la version de Privateers par le groupe Signal Hill, en version audio ici), ambiance de feu grâce à un public qui connaît presque toutes les chansons et reprend les refrains avec une vigueur à faire trembler les parois. Comme disait Don, notre voisin de longue tablée en brandissant sa troisième "pint": "It's warming up...". Yep!
Mais je ne tapoterais pas sur ce blog, même avec le prétexte de deux heures d'attente dans un hall d'aéroport, sans qu'un sujet de première gravité ne m'y oblige. Et quel sujet plus apte à sermon un dimanche matin que l'o-bé-si-té?
Il faut le constater, hélas. Si accueillants que soient les Canadiens - ce n'est pas un mythe, ils ont l'air vraiment contents de voir débouler votre bobine de touriste, prennent des nouvelles de votre pays, vous aident de toutes les manières possibles, merci à ces frères humains! - si sympas qu'ils soient disais-je, ils partagent avec leurs voisins américains le problème du surpoids. Ils étaient déjà 6,8 millions à en souffrir en 2004 selon ce document, et la situation a empiré depuis.
Et je crois avoir trouvé au cours de mes investigations poussées une cause majeure du phénomène: il se situe à la seconde cruciale, en fin du repas, où la serveuse (parfois aussi un serveur naturellement, mais le fait est que ce sont plus souvent des femmes, et cela joue un rôle dans l'explication qui suit), s'approche pour vous demander ce que vous prendrez comme dessert. Notez bien qu'elle ne s'enquiert pas de votre éventuelle intention d'ajouter à votre plat principal, déjà gargantuesque, une petite gâterie avec le café. Non, son sourire maternel exprime l'évidence du désir, la gourmandise réfrénée qui ne demande qu'à prendre sa revanche. On devine dans la pupille le reflet d'un gâteau aux bleuets accompagné d'une boule de glace à la vanille et d'une triple couche de crème fouettée, son stylo frétille déjà sur le bloc-notes. Le moment de l'accomplissement culinaire ne tient qu'à votre hochement de tête.
Si, dans un acte de résistance héroïque, vous la secouez de gauche à droite en bégayant un "no, thank you", ne la regardez surtout pas en face. Sinon, vous verrez ce spectacle terrible - la lèvre inférieure qui s'affaisse légèrement, trois ridules supplémentaires en-dessus des pommettes, une mèche de cheveux qui se décroche de tristesse, les yeux qui s'arrondissent dans un mélange d'incompréhension et d'inquiétude. Seriez-vous malade? Membre d'une secte? Avez-vous été déçu de ce qui précédait sans oser le dire? N'y avait-il pas assez de frites sur tout le reste? Vous l'avez déçue, peut-être trahie dans le pacte silencieux qui vous reliait déjà à elle à travers le menu plastifié aux couleurs pétantes.
Je suggère donc un programme national de prévention à l'intention du personnel de restauration sur la manière d'aborder le client fragile au moment capital du dessert. Certains restaurants helvétiques ont en la matière un savoir-faire de premier ordre. A la façon dont ils proposent le dessert, on a envie de partir tout de suite faire son jogging.

vendredi 24 juillet 2009

Broyage de fèves

Désolé de troubler l'euphorie boursière créée par le passage de l'indice Dow Jones au-dessus des 9000 points, mais l'indice du broyage de fèves de cacao, lui, indique que nous sommes toujours en récession. Pour le deuxième trimestre 2009, la baisse enregistrée est de 6,7% en Amérique du Nord, 22% en Malaisie, 15,3% en Allemagne (un gros acteur dans cette activité) et de 11,3% en Europe. La thèse selon laquelle "quand l'économie va mal, les gens se consolent en mangeant des douceurs" est bel et bien infirmée.

jeudi 23 juillet 2009

Et un peu de mise en train avec les Celtic Ladies

Filmées le 21 juillet à l'Irish Benevolent Society de Charlottetown, Prince Edward Island. On dirait que toutes les filles apprennent le step dancing dès la maternelle sur cette île, mais Jaime Bell, que l'on voit ici, a un talent et une énergie particuliers. Si jamais, elle vend des DVD pour s'entraîner à la maison devant sa TV. Contact ici ou ici.

Les baleines font du baby-sitting


C'est la conclusion (lue dans le journal local à Belle-Côte, en Nouvelle Ecosse) d'une recherche menée à l'Université de Dalhousie dans le Nouveau-Brunswick. Ces mammifères confient leur petit à une copine, le temps de se remplir la panse de plancton et autres délices marins qui se trouvent à une profondeur que le baleineau ne supporterait pas. Celui-ci préfère de toutes façons le lait maternel. Et pour que celui-ci soit abondant, il faut bien que maman mange.
OK, cette nouvelle n'a aucun rapport avec ce blog, si ce n'est la tendresse que j'éprouve pour les gracieuses géantes après en avoir vu batifoler quelques-unes l'autre jour au large de Tadoussac. Il paraît qu'en pleine croissance, le baleineau grossit de trois kilos... par heure, a précisé deux fois notre guide. Vive le baleine-sitting!

Après les banques, le lobby des agences de notation remporte une victoire dans l'indifférence générale


Ce blog a été créé initialement pour suivre en particulier les effets de la crise financière: ce que nous en retiendrons, les erreurs que nous chercherons à ne plus commettre. Je suis conscient qu'il est victime d'une faiblesse très humaine: le sentiment de saturation, la baisse de concentration face à des enjeux complexes qui demandent une attention constante, beaucoup de travail en somme.
Or la vie continue, les intérêts se dispersent. C'est ainsi que les questions en suspens se resserrent à un cercle toujours plus restreint de spécialistes, que l'opinion publique se détourne du sujet économique en haussant les épaules. Jusqu'à la prochaine crise.
Est-il possible de retarder, voire éviter ce moment de lassitude fatale? Je n'ai jamais prétendu être calé en régulation bancaire, dérivés de crédit ou grands déséquilibres monétaires mondiaux. Je laisse - un peu lâchement - cette tâche aux spécialistes cités en marge de ce blog. Mais je continue de suivre quelques enjeux qui me paraissent intéressants, parce que liés aux motivations des acteurs.
Le mois dernier, je relevais que dans toutes les propositions sur la régulation bancaire issues de la crise, la question des salaires qui dépassent l'entendement humain a été pratiquement écartée, alors qu'elle est à mes yeux au coeur des incitations perverses qui ont affolé les salles de trading et les étages directoriaux.
Les récents bonus record de Goldman Sachs montrent que rien ne change sur ce plan. La précaution majeure prise des deux côtés de l'Atlantique se résume à ce qu'on peut appeler "la théorie des pare-chocs": sachant que les banquiers sont par tempérament des chauffards et qu'aucun consensus politique n'est possible pour imposer des limitations de vitesse (de salaire) ou de cylindrée (la taille des instituts représentant un risque systémique), les gouvernements demandent un renforcement des fonds propres pour rendre les banques plus résistantes au prochain choc financier, d'ores et déjà considéré comme inévitable. Et encore leur donnent-ils un long délai pour cela, histoire de ne pas les affaiblir face aux concurrentes.
Pense-t-on supprimer ainsi l'aléa moral, c'est-à-dire la tentation de prendre des risques excessifs dont les coûts sont supportés par la collectivité? Bien sûr que non. Le lobby bancaire a imposé sa loi, y compris face à l'administration prétendûment progressiste de Barack Obama.
Un autre lobby est en train de gagner la partie contre l'Etat régulateur: les agences de notation. Pour mémoire, c'est parce qu'elles avaient donné des notes excellentes (triple A) à des produits financiers très complexes basés sur des hypothèques pourries que les banques les ont amassés et vendus tout aussi massivement à leurs clients, avec les résultats désastreux que l'on sait. Deux problèmes majeurs ressortaient de leur échec cuisant. Premièrement, le modèle d'affaires selon lequel les agences sont payées par ceux-là même qu'elles notent. Les deux mots CONFLIT D'INTERET sont écrits en lettres majuscules sur cette façon de faire, et toute réforme digne de ce nom devrait considérer l'alternative évidente, à savoir la rémunération des agences de notation par les clients (les investisseurs).
Or ni les changements envisagés en Europe, ni ceux que vient de proposer le département Trésor américain ne retiennent cette option. Un représentant de la Securities and Exchange Commission cité par le Financial Times se contente de dire que tout modèle est porteur de conflits et de problèmes. La belle vérité à La Palisse! Avez-vous vu un débat politique, une discussion publique sur le rôle des agences de notation? S'il a eu lieu, il m'a échappé.
Le second problème majeur les concernant est la rente de situation que crée la domination écrasante du marché par deux acteurs et demi (Standard & Poors, Moody's et Fitch), et l'autorité quasi-religieuse que le régulateur confère à leurs avis, alors que les agences elles-mêmes se retranchent derrière le fait qu'elles émettent de simples "opinions" dès que surgit un problème.
Des problèmes, il y en a constamment comme le montre la dernière pirouette de S&P; à propos de titres adossés à de l'immobilier commercial (très, très instable en ce moment).
Là encore, a-t-on vu un régulateur prendre le taureau par les cornes, chercher à casser cet oligopole juteux (les bénéfices des agences ont déjà repris l'ascenseur)? Rien du tout. Relisez les belles déclarations du G20 au début de cette crise, les nobles colères de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Du vent. Dès que les politiciens ont le dos tourné, le train-train reprend son cours. Les agences de notation vont, comme les banques, traverser cette crise sans remettre leur modèle d'affaires en question.
Qui peut empêcher la routine de reprendre le dessus? Les citoyens? Ils veulent qu'on leur parle d'autre chose. Les médias? Ils surfent sur la mort de Michael Jackson, les 40 ans de l'homme sur la Lune, entre deux vagues de licenciements. Les investisseurs? Ils n'ont d'yeux que pour leur portefeuille, et dès que celui-ci reprend un peu de couleurs, ils se calment.
Je veux bien que mes propos soient carrés, écrits loin du théâtre des opérations, je ne demande qu'à les voir infirmés par des avis compétents. Mais ce qui paraît surtout dominer en ce moment, c'est l'indifférence par rapport aux enjeux de la crise, et c'est là-dessus que comptent ceux qui recherchent les gains faciles en s'asseyant sur leurs scrupules.

mercredi 22 juillet 2009

Ma cabane au Canada (remix 2009)

Les Canadiens se mettent au vert pour les vacances. Comme les Australiens, ils adorent la nature. Avec plus d'un million de lacs pour une trentaine de millions d'habitants et des espaces infinis, ils ont l'embarras du choix. Les voici donc partis sur les routes avec famille et bagages.
Beaucoup de bagages.
L'autre jour au port de Baie Comeau, j'ai taillé une bavette avec quatre copains pêcheurs qui venaient de se faire ramener d'un lac isolé, 150 km plus au nord, où ils ont pratiqué leur sport pendant une semaine, seuls dans leur cabane de rondins. Ils m'ont montré le matériel qu'ils emmenaient avec eux dans l'hydravion: il y en avait pour une tonne.
Depuis des jours, nous sillonnons des parcs nationaux, croisons des campers chargés de canoës, malles et bicyclettes. Ceci pour la version miniature. Car le Canadien a inversé le tandem traditionnel bagnole-caravane que les beaufs de France et de Navarre avaient popularisé sur la Nationale 7. Ici, on voit des campers grands comme des autocars. Ceux-ci ne sont guère maniables, or il faut bien se déplacer une fois que l'on a pris ses quartiers dans sa forêt ou sa dune préférée. Signalons au passage la propreté impeccable régnant dans ces sanctuaires naturels: poubelles à tris multiples, pas un papier gras ou un gobelet qui traîne par terre. On marche sur des passerelles en bois pour ne pas abîmer les roseaux et les tourbières.
Mais, disais-je, comment se déplacer, car on ne va pas passer toutes les vacances collés autour du camper géant. Accrocher un vélo, voire une petite moto à l'arrière, comme en Europe? Vous n'y pensez pas, c'est de la mobilité pour les Stroumpfs, ça! Non, le Canadien ne fait pas les choses à moitié: il accroche une voiture à l'arrière de sa caravane roulante. J'ai d'abord vu une 2 CV multicolore brinquebalant à l'arrière d'un de ces molosses des routes. Puis une BMW. Et enfin cette Jeep 4x4 qui, si vous regardez bien la photo ci-dessous, est reliée par une barre rigide au camion-appartement qui la tire. Les vélos, eux, sont accrochés à la Jeep. C'est ce qu'on appelle la mobilité à trois vitesses. Notez aussi que la voiture sur la droite est accrochée selon le même principe à une caravane tracteur. A part le fait qu'ils aiment la nature, les Canadiens figurent parmi les plus grands pollueurs du monde, devant les Etats-Unis. Ce matin, je lis que leur consommation de carburant n'a pas baissé d'un décilitre malgré la crise (il est vrai que se passer de voiture dans un pays aussi immense tient de l'exploit impossible). Je vois aussi qu'ils planifient la construction d'une nouvelle usine de pré-raffinage de sables bitumineux en Alberta - une des sources d'énergie les plus polluantes qui soient. Et la Gaspésie que nous venons de traverser a été victime de la surexploitation forestière comme de la surpêche.

"Nous serons les Godiva du Moyen-Orient"


Lu ce matin cette dépêche Reuters dans le Globe & Mail à Charlottetown (Ile du Prince Edouard): la compagnie de Dubai Al Nassma, constituée en octobre dernier, va produire annuellement 100 tonnes de chocolat avec du lait de chamelle, en partenariat avec la société autrichienne Manner. Elle possède 3000 bêtes dans une ferme et sa propre usine de transformation à Dubai, ajoute la dépêche, et va lancer une vente en ligne.
Au cours de mes reportages sur le chocolat, plusieurs interlocuteurs m'avaient signalé le goût prononcé des Moyen-Orientaux pour le chocolat. Mais de là à le fabriquer avec du lait de chamelle... Al Nassma vise les boutiques de luxe et pense en ouvrir une au Japon.

lundi 20 juillet 2009

Le soleil est revenu sur Percé...


... comme le montre cette image prise hier matin peu avant huit heures, quand les brumes laissées par les pluies diluviennes de la veille ont commencé à s'évaporer sur la Gaspésie.
Même en vacances, difficile d'oublier qu'on est journaliste. Pas tellement à cause des nouvelles du monde, dont le flot filtré depuis ici n'a pas l'air bouleversant. Plutôt à cause de ce que j'ai sous ma fenêtre d'hôtel ce matin à Dalhousie: le parking vide de l'usine Abitibi Bowater. Ses rouleaux de papier, des milliers de tonnes par an, alimentaient les rotatives de journaux qui soit ont fermé, soit diminuent leur pagination. L'usine a été fermée en janvier 2008, 400 personnes ont perdu leur emploi dans cette ville de moins de 4000 habitants. Un témoignage ici. Le groupe lui-même, présent dans une trentaine d'endroits en Amérique du Nord, en Grande-Bretagne et en Corée ne va pas fort, il s'est placé sous la protection de la loi sur les faillites ce printemps. Ce qui n'a pas empêché son conseil d'administration de voter un parachute doré de 17 millions de dollars canadiens environ à son président sortant, alors que la situation précaire de la société était largement connue. Le sursis concordataire a bloqué une partie de ce cadeau, comme il a bloqué une partie des indemnités à verser aux employés licenciés.

samedi 18 juillet 2009

Un petit air de Disneyland

Québec était en 2008 la troisième destination touristique du continent nord-américain, derrière New York et San Francisco, se félicitait avant-hier la presse locale. Ca se voit, a-t-on envie de répondre un peu méchamment. La concentration de visiteurs sur un espace bien plus petit que les deux premiers de la liste, et sur une période de temps beaucoup plus courte, donne à la vieille ville de Québec un petit air de Disneyland un jour de grande affluence. D'accord, c'est charmant, chargé d'histoire (Champlain a établi son premier comptoir dans la basse-ville au bord du fleuve il y a 401 ans), les musées sont très bien mis en scène et les spectacles de rue omniprésents, mais on devine le point de saturation. D'autant plus que les autorités, si elles ont fait beaucoup d'efforts pour rendre la ville attractive, ont négligé le principal: rendre piétonnes les rues du centre-ville. Le touriste est en train de se faire expliquer la batailles des Anglais contre les Français par un guide costumé dans une ruelle historique quand il doit vite dégager pour laisser passer les véhicules qui, ici, ont la taille XXL américaine.
Pour rester dans les notes acides, deux éléments refroidissent les touristes cette année. Primo le temps, qui est pluvieux, bruineux, brumeux, douteux, miséreux, enrhumeux, et tout ce que vous vouleux - sauf beau - depuis la mi-juin. Même les présentateurs météo québecois avec l'accent le plus enjoué commencent à avoir de la peine à faire passer la pilule. Notez que ça ne manque pas de romantisme quand au bord de la mer surgissent dans la brume d'une crique solitaire deux dinosaures en béton rose érigés là par un original local.

L'autre note acide est politique. les autorités d'Ottawa ont eu la mauvaise idée d'introduire sans crier gare un visa pour les Mexicains et les Tchèques, qui posent apparemment quelques problèmes d'immigration. Pourquoi eux précisément, pourquoi juste maintenant en pleines vacances, avec un délai si court, je n'ai pas bien compris pourquoi. Mais le tollé est général, l'Union européenne menace de représailles, et ce n'est pas très conforme à l'image cool du Canada.
A part ça, oui, nous avons vu des baleines, des phoques, des rorquals et surtout un ballet magique de belugas dont les dos blancs font des virgules éphémères dans les eaux sombres du Saint-Laurent.

vendredi 17 juillet 2009

Chocolat québecois


Tandis que la série "cacao" se poursuit dans Le Temps, je suis tombé entre Québec et Tadoussac sur la Chocolaterie au village Les Eboulements, sur la route côtière qui surplombe le Saint-Laurent, piquetée de galeries et de peintres plus ou moins talentueux. Line Saint-Pierre (en photo) et Yves Huppé font venir leur chocolat de couverture de Belgique et le transforment en toutes sortes de créations épicées ou sucrées, dont un praliné au sirop d'érable que je me réjouis de goûter. Ils occupent une adorable maison dont les planches de la façade sont de couleur crème et... chocolat bien sûr. On les voit travailler depuis la boutique dans leur cuisine, qui embaume délicieusement. Comme le temps était plutôt gris et frais aujourd'hui, nous avons fait des réserves...

jeudi 16 juillet 2009

Le salaire des banquiers

Pas encore lu en entier (je suis en vacances, hé!), mais relevé ce matin, un rapport intéressant - parce que britannique ET critique - sur les salaires des directeurs de banques. Que le deuxième centre financier mondial, peu proactif sur les mesures pour parer à une nouvelle crise financière jusqu'ici, mette en consultation un texte qui recommande des limites relativement strictes sur les salaires est à relever. Enfin, c'est ce que font en tout cas le FT et le WSJ, qui n'ont peut-être pas la même mesure de ce qui est "strict" que le commun des mortels. A lire plus en détail, néanmoins.

Turbo chinois

La croissance chinoise a réaccéléré à 7,9% au deuxième trimestre, relève le Financial Times, où l'on lit également que les réserves chinoises en devises ont franchi la barre des 2000 milliards de dollars.
Bonnes nouvelles? Je dirais plutôt: attendues, en tout cas en ce qui concerne la première. La Chine a mis le paquet pour relancer son économie, et c'est un des Etats où les mesures de ce type peuvent fonctionner: il est habitué aux grands chantiers, sait comment les faire démarrer rapidement et comment faire taire ceux qui s'y opposeraient. Cela étant, je lisais il y a deux jours dans un quotidien de Montréal un article sur la prochaine bulle chinoise - celle du crédit. Il est assez clair que les activités économiques chinoises actuelles ne sont pas portées par la reprise de la demande mondiale, voir les dernières statistiques de l'Organisation mondiale du commerce sur les échanges internationaux. Elles sont donc le fait de la volonté gouvernementale et d'une politique du crédit qui encourage des inefficiences à terme.

lundi 13 juillet 2009

U n Madoff canadien

Il se nomme Earl Jones, et son truc à lui, c'était les héritages. Les familles en deuil venaient le voir pour lui confier ces économies tombées du ciel. Il les plaçait, au mieux bien sûr, et versait une petite rente, en attendant de rembourser le principal. "Ce n'était pas un gestionnaire, mais un ami", "un très bon gars, comme un oncle pour moi", ont déclaré des investisseurs, généralement âgés, cités par La Presse. Le hic, c'est que le tonton financier a perdu tout cet argent. Parfois même, il réempruntait aux héritiers pour, disait-il, dépanner d'autres héritiers qui avaient besoin d'un prêt momentané en attendant de pouvoir disposer de leur pécule. Il leur fixait des taux d'intérêts (fictifs) de 12, 18 pour cent. Une centaine de ces braves investisseurs ont été rassemblés par les enquêteurs dans un hôtel pour apprendre que leurs économies sont probablement parties en fumée. On estime les pertes à quelques dizaines de millions de dollars, des broutilles par les temps qui courent. Earl Jones, contrairement à Madoff, ne s'est pas présenté à la justice, on ignore où il se trouve.

A Bixi...clette (sans Paulette)


Arrivé à Montréal. Quoi de plus sympathique que de la visiter avec ces vélos en libre-servic e pour pas cher que l'on retire à une des nombreuses stations aménagées en ville? C'est le même système que celui appliqué à Paris avec Vélib: on paie un forfait journalier payable par carte de crédit, on reçoit un code pour débloquer l'engin de son support, la première demie-heure est gratuite, la suivante 1 dollar 50, la suivante 2 dollars, la suivante 3 dollars, etc. pour que les gens remettent dès que possible les vélos à une station proche de leur destination. Et ainsi tourne le service.
En théorie. Je venais de débloquer mon engin quand ma femme s'est aperçue qu'elle n'avait pas sa carte de crédit et devait retourner à l'hôtel. Pas de souci, je pédale zen jusqu'à la prochaine station Bixi proche dudit hôtel. Et là, impossible de remettre la bicyclette: les trois supports libres refusent de la verrouiller. Arrive un Canadien pur sucre d'érable qui, j'en suis sûr, va me dépanner. Ben non, il est coïncé comme moi et téléphone à la centrale Bixi. Celle-ci lui conseille... de garder le vélo toute la journée. Et moi le touriste, qu'est-ce que je fais? Je commence à m'imaginer les dollars débités en montants astronomiques sur ma carte de crédit quand arrive un troisième individu, coincé comme nous. Ca devient un gag. Y a-t-il des stations libres dans le coin? demande le gars au téléphone. Non, cherchez où vous pouvez. Je repars donc avec mon vélo, nettement moins zen. Hourrah, voici une station avec trois encoches libres! Je m'y précipite: même topo, toutes refusent l'engin. J'ai dû pédaler un bon quart d'heure avant de trouver, loin de l'hôtel, un support qui acceptait enfin la bécane, puis rentrer à pied - finalement le moyen le plus sûr - en me promettant de bien vérifier les prochains débits de ma carte Visa.
Apparemment, ça ne se passe pas toujours bien à Paris aussi, selon cet article.

dimanche 12 juillet 2009

A la rencontre des baleines et caribous


...Flying to Canada

samedi 11 juillet 2009

UBS-USA: heureusement qu'il reste des Français pour croire en la Suisse

Lu sur le blog de Georges Ugeux ce commentaire qui tranche avec l'auto-flagellation qui domine dans les médias suisses à propos des déboires fiscaux d'UBS aux Etats-Unis. C'est assez rafraîchissant, même si l'hypothèse et l'illustration de l'ours bernois mettant à mal l'aigle américain paraissent un brin audacieuses.
Je pense pour ma part que Mme Evelyne Widmer-Schlumpf a bien fait de rappeler que la Suisse n'autorise pas, jusqu'à nouvel avis, la livraison de noms en vrac aux autorités fiscales étrangères, coupant court aux divagations de son collègue Hans-Rudolf Merz. UBS paiera - cher, sans doute - pour s'être crue au-dessus des lois américaines. C'est son problème. La Suisse, quant à elle, n'a pas à se laisser enraîner dans le théâtre grotesque monté par le G20 autour des paradis fiscaux. Là dessus, 200% d'accord avec Ugeux qui pose LA bonne question: combien d'argent rapatrié depuis le début de cette farce?

Goldman Sachs, rien à admirer!

Le Temps publie un commentaire aimable sur les prochains résultats de Goldman Sachs (bons sans doute, mais qui croit encore à ces chiffres?) et cite un analyste qui s'attend "à ce que les salaires des banquiers de l’établissement dirigé par Lloyd Blankfein s’envolent de 64%".
Quand je lis cela, je pense aux douze pages que Matt Taibbi, dont je viens d'ailleurs de rajouter le blog à la liste à droite, vient de consacrer à cette banque "à succès" dans Rolling Stone. On en trouve la version intégrale, en anglais, ici, et j'en conseille la lecture, qui vaut son pesant de dynamite.
En résumé, Taibbi accuse Goldman Sachs d'avoir sciemment participé au gonflement d'à peu près toutes les bulles depuis 1929, d'avoir placé ses hommes aux postes clés de l'administration pour supprimer les règles qui gênaient la banque, passé des accords confidentiels, profité d'informations d'initiés, payant au besoin des amendes dont le montant restait ridicule par rapport aux bénéfices que les irrégularités avaient permis d'engranger.
Bulles dot.com, immobilière, pétrolière: Goldman était non seulement sur tous les coups, mais la banque a spéculé contre ses propres clients auxquels elle avait vendu des titres dont elle savait qu'ils ne vaudraient bientôt plus grand chose. Relevons au passage que Matt Taibbi n'est pas le seul à tirer cette dernière conclusion: Myret Zaki (qui travaille aussi au Temps) le fait également dans le livre qu'elle a consacré à UBS.
Peut-être Goldman Sachs s'en tire-t-elle mieux que les autres banques, n'ayant par ailleurs quasiment plus de concurrence depuis la disparition de Bear Stearns, de Lehman Brothers et de Merrill Lynch, mais ce n'est une raison pour l'applaudir. Elle incarne le capitalisme financier dans ce qu'il a de plus cynique, arrogant, avide, manipulateur, dépourvu d'éthique et de la capacité de questionner ses pratiques.
Si vous n'avez pas le temps de lire tout l'article de Matt Taibbi, intéressez-vous au moins à la fin, originale. L'auteur pense que la prochaine bulle, dans laquelle Goldman Sachs place pas mal d'espoir et d'argent, est le négoce des droits de polluer, le fameux "cap and trade" que l'administration Obama met en place (de façon bricolée et inefficace d'ailleurs, mais ça, c'est encore une autre histoire). Se faire plein de fric sur la bonne cause de la pollution et sur le dos du contribuable, quoi de plus jouissif?

Le Ghana danse avec Barack Obama, tandis qu'à Abidjan, les Ivoiriens chantent le blues


Extrait d'un éditorial du Patriote:
"On a encore en mémoire, pour les plus âgés des Ivoiriens, la réception offerte par John Kennedy au premier président ivoirien, aux Etats-Unis. Malheureusement, tout cela n’appartient plus qu’au passé. Aujourd’hui, notre pays est à la traîne, se contentant de recevoir des invités peu glorieux, s’ils ne sont pas carrément en mal avec la démocratie.
(...) Pitié pour la Côte d’Ivoire qui est vraiment tombée pendant que notre voisin immédiat est solidement debout comme un baobab. A la vérité, le refus de Nicolas Sarkozy de venir en Côte d’Ivoire et surtout la «marginalisation» de la République ivoirienne par Obama, tient en une seule signification. Les pays occidentaux tiennent à la démocratie comme à la prunelle de leurs yeux. En venant au Ghana, Obama vient saluer la culture démocratique de cet état voisin du nôtre. S’il a connu des convulsions et contorsions par le passé, le Ghana est parvenu à faire sa mue et à humer les doux parfums de la démocratie et de l’alternance au pouvoir.
(...) Chez nous, ce n’est pas le cas. Depuis dix ans, la Côte d’ivoire n’a pas d’élections et la démocratie est mise continuellement à mal par le Front Populaire ivoirien. Il nous faut sans doute opérer la rupture qualitative si nous voulons bénéficier de l’honneur qu’Obama vient de faire au Ghana."
C'est signé Bakary Nimaga
A voir les dernières manoeuvres de coulisses de la semaine écoulée, qui rendent de plus en plus improbable la tenue des élections initialement annoncées pour le 29 novembre, on se dit que la Côte d'Ivoire n'est pas près de recevoir Barack Obama, ou même Nicolas Sarkozy qui a ouvertement dit son ras-le-bol face au régime actuel.

Coup de chapeau à Wendy (she's my wife...)


Pendant que je m'abritais à l'ombre des cacaoyers, ma femme a réalisé un exploit: cinq semaines d'un pélerinage bouddhiste au Zanskar, sur 400 km, avec des cols à plus de 5000 mètres, des journées de marche dépassant parfois les douze heures, avec plus de dix kilos sur le dos parce que les mules étaient restées bloquées par la neige de l'autre côté du col.
Il faut dire qu'elle n'était pas seule: quelque 500 pélerins - pour l'essentiel des nonnes et moines locaux, plus une poignée d'étrangers, ont entrepris ce périple peu banal dont l'explication et la description se trouve sur ce site. Au menu de ces journées épuisantes: un peu de tsampa et de soupe, des mets très épicés et de la poussière omniprésente qui donne des aphtes. Mais des paysages sublimes, bien sûr.
Quand je vois dans le Wall Street Journal un rédacteur se vanter d'avoir parcouru 60 km dans la même région accompagné d'un guide, d'un cuisinier, d'un muletier et de cinq bêtes (pour lui tout seul, donc), je me dis qu'il n'y a pas photo!
A propos de photo, celle qui figure en haut du message montre l'équipe dont faisait partie Wendy en plein effort. C'est une des rares images qu'elle ait pu faire avant que la pile de l'appareil ne déclare forfait. Ce n'est donc pas elle sur la photo, elle était derrière l'appareil.

Monuments de l'esclavage


Barack Obama visite ce samedi le fort de Cape Coast, un des points d'où partaient les esclaves africains à destination des plantations d'Amérique. J'ai visité en mai le fort voisin d'Elmina, situé à une dizaine de kilomètres (photo), occupé successivement par les Portugais, les Hollandais et les Anglais. La disposition intérieure est la même, avec des grandes caves voûtées où s'entassaient, séparément, les hommes et les femmes dont les survivant(e)s étaient amenés par de sombres boyaux vers ce qu'on appelait "la porte de non-retour", débouchant sur le pont d'embarquement. Les femmes remplissaient une autre fonction: elles servaient accessoirement au plaisir du commandant du fort. Depuis son balcon à balustrade en fer forgé, il pouvait observer les "candidates" que l'on faisait sortir un moment dans la cour centrale, il faisait son choix, l'élue était lavée avant de lui être livrée. Si elle refusait, elle devait s'attendre à des représailles.
Les Hollandais, apparemment sans mauvaise conscience aucune, firent ériger une église dont le sol se trouvait pile au-dessus de la cave des femmes (photo). Ils invoquaient donc le Seigneur en piétinant littéralement les malheureuses qui crevaient ou survivaient à peine dans leurs excréments à l'étage au-dessous.

L'esclavage a poursuivi l'industrie du chocolat au 19è siècle, comme le rappelle Carole Off dans son livre Bitter Chocolate. Les Cadbury, famille quacker par ailleurs pétrie de philantropie en Grande-Bretagne, fermaient les yeux sur l'esclavage qui était encore pratiqué sur les îles de Sao Tomé et Principe, d'où provenait une bonne part de leurs fèves.Henry Woodd Nevinson, un ancêtre du journalisme d'investigation, fit un reportage sur place et dénonça les conditions d'expoitation de la main d'oeuvre. Lents à réagir, les Cadbury commandèrent une contre-enquête minimisant le problème, l'affaire tourna en polémique publique de grande envergure qui se conclut par un procès, il y a juste cent ans. Le jury trancha en faveur de Cadbury, fixant néanmoins une pénalité symbolique d'un farthing. Notamment à cause de cette polémique et des menaces de boycott qui l'accompagnèrent, les Cabury déplacèrent leur zone d'approvisionnement au Ghana, où s'activaient justement, contre l'esclavage et pour le cacao, des missionnaires bâlois dont je parlerai dans Le Temps mardi prochain.

vendredi 10 juillet 2009

Il y a vacances et vacances


Discuté ce matin dans le train avec un pendulaire travaillant pour une grande agence de voyages. Celle-ci a introduit dès le début 2009 un système incitant les employés à prendre des congés non payés, partiellement du moins: l'entreprise verse deux jours de salaire sur la semaine pour autant que le "vacancier" prenne les trois autres jours à sa charge. Depuis le printemps, l'incitation a été réduite à un jour payé par la société pour quatre assumés par l'employé.
Je n'ai pas lu d'enquête exhaustive sur la question, étant moi-même sur les pistes du cacao, pour une bonne part en congé non payé... Cependant, quelques articles comme celui-ci ou celui-ci aperçus ici et là dans la presse anglo-saxonne sur des initiatives de ce genre (ou des réductions de salaire) me font supposer que c'est loin d'être un cas isolé et qu'il y a là un phénomène général.
L'intérêt à court terme de la formule, comme le recours au chômage partiel - qui, lui, est pris en charge par l'Etat, ou plutôt par la caisse commune et solidaire des salariés- est qu'elle évite les licenciements secs. A moins qu'elle ne fasse que les retarder, si l'hypothétique "reprise" ne se produit pas, ou pas au rythme espéré. Car les gens peuvent vivre sur leurs réserves pendant un an, faire quelques sacrifices, tirer profit de la situation pour mener à bien un projet personnel. Mais après?
Je parlais de cela avec l'éditeur Pierre-Marcel Favre il y a deux jours. Lui est très sceptique sur la reprise. S'il a raison, cela voudrait dire qu'une partie des "vacances" 2009 ne sont en réalité que l'anticipation du chômage 2010.

"Capitalism: a love story"

Ce sera le titre du prochain film de Michael Moore, sur les écrans américains le 2 octobre, presque un an jour pour jour après l'adoption du plan de relance américain. "It's got it all - lust, passion, romance and 14000 jobs being eliminated every day", dit-il.

jeudi 9 juillet 2009

Bing contre Google: à vos marques...


Le New York Times arrice ce matin avec une affirmation assez décoiffante: le site de recherche Bing, récemment lancé par Microsoft, et dans le nom duquel certains mauvais esprits voient déjà un acronyme pour "But it's not Google", serait parfois meilleur que Google, selon l'article.
Le meilleur moyen est de tester soi-même. Comment? facile, il existe un site Bing vs Google qui affiche les résultats côte à côte. Amusant.
Après l'annonce par Google du lancement d'un système d'exploitation gratuit pour netbooks en 2010, voici un nouveau terrain de rivalité entre les deux sociétés.
Il y a en tout cas un exemple où Bing est plus efficace: j'ai trouvé l'image du site figurant en tête de ce message sur sa première page de résultats "images", tandis que Google m'envoyait des images de Bing... Crosby, comme celle ci-dessous. Sympa, mais n'y aurait-il pas un brin de censure?

mercredi 8 juillet 2009

Armajaro pionnier de la certification dans le cacao

L'enjeu du cacao certifié est revenu à plusieurs reprises au cours des trois mois que je viens de consacrer à en étudier la filière. Contrairement au café, où le processus est bien amorcé, on en est ici aux balbutiements. La plupart des professionnels de la filière sont sceptiques: ils jugent le processus bureaucratique, coûteux, peu efficace, et préfèrent un système axé sur le contrôle de qualité. La petite taille et la dissémination des plantations familiales, leur difficulté à se regrouper en coopératives compliquent la tâche des certificateurs.
Les choses pourraient toutefois évoluer assez rapidement. Je lis par exemple dans la presse ivoirienne qu'Armajaro a distribué le 1er juillet à Abidjan 650 millions de francs CFA de primes (1,5 millions d'euros environ) aux coopératives et paysans faisant partie de programmes "production durable certifiée". La société de négoce britannique s'est associée à Kraft, USAID et à la coopération allemande GTZ. L'organisme certificateur est Rainforest Alliance, qui semble plus en pointe sur le cacao que son concurrent néerlandais Utz d'après ce que j'ai pu constater. La prime est de 100 francs CFA, répartie moitié-moitié entre le planteur (voir aussi à ce sujet l'article du Temps de ce mardi).
J'ai rencontré à mi-juin Anthony Ward, co-fondateur et patron d'Armajaro. Occasion rare! L'homme donne très peu d'interviews, mais mon projet l'avait suffisamment intrigué pour qu'il me reçoive. Il avait fait venir avec lui Nicko Debenham, responsable des questions liées à la traçabilité et à la durabilité (respectivement à g. et dr. sur la photo). C'était en soi intéressant, car Anthony Ward a dans le milieu la réputation d'être d'abord un spéculateur qui "squeeze" le marché (son portrait et celui de sa société paraîtront jeudi prochain dans Le Temps).
Or quand je l'ai vu, il avait préparé un document de deux pages sur l'approche d'Armajaro dans la certification durable. "Nous investissons depuis dix ans dans la traçabilité, et nous sommes prêts si le marché la demande", m'a-t-il dit. J'ai exposé les doutes de ses concurrents sur la certification. Il ne les partage pas. Voici ce que m'a encore précisé sa porte-parole suite à un échange de mails (je le laisse en anglais, c'est assez compréhensible):
"Armajaro would be of the view that certification is not a form filling exercise. The point of certification is that it is a way for the consumer to demonstrate his support for action through choice of purchase. The money invested by trade and industry to train farmers to achieve certified status is in addition to the premiums they receive. It is the action of managing their farms in a manner required by certification that derives the benefit to the farmer. After training they have the ability to have well managed sustainable farms."
Armajaro, qui négocie près d'un demi-million de tonnes de cacao par an, soit un septième la récolte mondiale, affirme travailler "en direct" avec 45 000 planteurs ghanéens et 12 000 planteurs ivoiriens et certifier environ 10% de son cacao en 2000/2009. Son responsable ivoirien, Loïc Folloroux, dit viser entre 20 000 et 30 000 tonnes "certifiées" pour la prochaine récolte.
Les concurrents doivent sans doute suivre cela avec attention. En Equateur, premier producteur mondial de cacaos fins on m'a dit qu'Armajaro cherche aussi à développer sa présence sur place.

Des netbooks tournant sur Google Chrome OS?


C'est la toute dernière attaque contre Microsoft lancée par Google, annoncée sur son blog et remarquée par Bloomberg. Les consommateurs disposaient déjà du moteur de recherche gratuit Google Chrome, plus convivial et efficace qu'Explorer. Ils pouvaient aussi télécharger la suite bureautique gratuite Open Office, ou recourir à Google Docs. Restait le coeur, le système d'exploitation. Linux avait commencé à mordre sur la dominance de Microsoft en équipant de son système, peu coûteux, les premiers netbooks. Puis le second a répliqué en offrant une version bon marché et simplifiée de Windows XP, qui semble s'imposer. Pour le moment. Car le système d'exploitation Google Chrome OS, qui sera proposé gratuitement aux fabricants de netbooks, sera basé sur le web - donc simple et moins long à démarrer que XP, imagine-t-on - et sera davantage qu'une version améliorée d'Androïd installée sur certains téléphones mobiles, promet la société. Premières livraisons grand public à mi-2010, dit Google.
C'est l'occasion de taper ici sur le clou à propos de ce que doit être un vrai netbook. Il devrait répondre à la règle des 4x1: poids d'un kilo maximum, autonomie d'un jour complet de travail (8 heures minimum), une seconde de temps d'attente au démarrage, et "tout-en-un", c'est-à-dire logement prévu pour la carte SIM permettant de se connecter partout. Si on compare ces critères à l'offre actuelle, on voit qu'il reste du chemin à parcourir.
Last but not least, le coût de communication. Les opérateurs, suisses en tout cas, continuent de facturer des forfaits dissuasifs pour les connexions 3G. Une cinquantaine de francs par mois pour un accès illimité, c''est deux fois trop. Et ne parlons pas du roaming, où le prix du kilobyte rejoint celui du caviar.

mardi 7 juillet 2009

Au pays des toujours-contents

Hans-Rudolf Merz, président de la Confédération helvétique, innove. Il introduit le bilan à mi-parcours d'une présidence qui ne dure qu'un an et revêt un caractère largement honorifique. Son auto-verdict: positif.
La Suisse se fait danser sur le ventre en matière de secret bancaire, où elle tait les modalités de son accord avec la France et ne paraît guère plus avancée sur sa stratégie qu'au printemps, UBS se fait étriller par la justice américaine, la vice-présidente Doris Leuthard en visite à Washington est reçue par des seconds couteaux.
Peu importent ces bricoles, le bilan est po-si-tif! Sans doute Hans-Rudolf Merz se réfère-t-il à l'organisation sans faille de la "course d'école" du gouvernement dans son pittoresque canton d'Appenzell.

Le pape veut une mondialisation gouvernée

A lire dans l'encyclique "Caritas in veritate" que vient de publier le Vatican:
"Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun,[147] s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits [148]. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux."

"Back to the 30's" (ragtime)


Je devais avoir 23 ans quand j'ai acheté ma guitare Martin. Je l'avais payée 1800 francs suisses, une grosse somme pour l'époque. C'était un modèle 0018, à la taille très fine, au manche un peu plus large que les modèles folk, un bijou de sonorité.(Eric Clapton a la même, mais bon, d'accord, il joue mieux que moi).
Martin était, et reste, une légende dans les guitares acoustiques par sa qualité irréprochable, garantie à vie, sa finition.
Pourquoi évoquer ce souvenir? Parce que l'actualité économique a rattrapé Martin (93 million s de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier), qui subit comme la plupart des entreprises une baisse de commandes. Sauf que, raconte le Wall Street Journal, la société de Nazareth a trouvé une réponse créative à la crise. Au lieu de licencier des employés, elle a décidé d'élargir sa clientèle en reprenant un modèle basique des années 30, la Series 1, qui reste fidèle à la qualité de la marque, mais à coûts serrés. Cette guitare se vend un peu moins de 1000 dollars, contre 2000 à 3000 pour la gamme moyenne et beaucoup plus pour les instruments haut de gamme. Plus de 8000 ont été vendus depuis le lancement en avril.
Cela me fait penser à ce que me disait il y a dix jours Jorge Hanze, le patron de la fabrique de chocolat Tulicorp à Guayaquil. Le consommateur deviendra plus exigeant sur la qualité et l'origine des produits, tout en refusant de débourser davantage (lire ci-dessous). C'est un des défis économiques du futur. Certains adaptent leur modèle d'affaires plus vite que d'autres.

samedi 4 juillet 2009

Série cacao: c'est parti!

A découvrir dans Le Temps de ce samedi, la double page qui présente les enjeux de la filière cacao, des plantations à l'usine, avec plusieurs graphiques montrant la carte mondiale des producteurs, l'évolution des quantités et des prix (qui, c'est frappant, n'ont pas encore retrouvé le niveau qu'ils avaient atteint dans les années 70), la décomposition du prix d'une tablette de chocolat, où l'on constate que le prix de la matière première cacao représente 10% du prix de vente au détail (c'est encore moins pour les barres).
La partie reportage commence lundi avec le visite au planteur ivoirien Séraphin. Ceux qui ont suivi ce blog retrouveront certains personnages présentés ici, mais aussi d'autres, et des enjeux présentés de manière plus synthétique.
Pour ma part, il me reste quatre épisodes à rédiger sur dix-huit. Petit coup de blues sous le ciel orageux, sentiment de laisser des amis sans leur avoir rendu justice de toute leur générosité et de ce qu'ils avaient à dire. Enfin, j'essaie.
A ce propos, un mot encore sur Eduardo Marquez (photo), directeur commercial de Tulicorp, dont j'ai visité la fabrique de chocolat à Guayaquil.Eduardo milite pour un chocolat équatorien d'origine et de qualité. Son ingénieur Bruno Brevi, d'origine italienne, a développé des machines originales pour le conchage et le tempérage du chocolat, arrivant à d'excellents résultats qualitatifs en consommant moins d'énergie. Dans son bureau, nous avons longuement discuté, avec Jorge Hanze, qui est directeur général, des chances des fabricants du Sud face aux cinq géants mondiaux qui réalisent plus de la moitié du chiffre d'affaires mondial de l'industrie. Elles sont assez bonnes sur le marché local, moins à l'exportation à cause des taxes et des filières de commercialisation. Eduardo Marquez a fait le calcul devant moi et arrive à la conclusion suivante: "En fabriquant ici, on multiplie par cinq au moins la valeur reçue par les producteurs. Jorge Hanze est plutôt optimiste: "Nous nous préparons à satisfaire le nouveau consommateur. Il est plus soucieux de son équilibre alimentaire (voir le message précédent sur les problèmes des Américains avec l'obésité), veut des produits organiques conditionnés dans le respect de l'environnement, et sans payer davantage. Voyez l'Espagne en crise: l'agriculture organique y affiche une progression spectaculaire."

Les Américains toujours plus obèses


Le département américain de la santé voulait réduire de 15% le taux d'obésité d'ici à 2010. C'est le contraire qui se passe. Selon le dernier rapport du Trust for America’s Health et de la Robert Wood Johnson Foundation, intitulé "F as in Fat 2009", le taux d'obésité a augmenté dans 23 Etats l'an dernier et reculé dans aucun. Le plus inquiétant est que le pourcentage d'enfants obèses dépasse les 30% dans 30 Etats. En 1980, le taux moyen d'obésité était de 15% aux Etats-Unis. Aujourd'hui, un seul Etat, le Colorado, affiche un taux inférieur à 20%, la plupart oscillent entre 23 et 30%, le Mississippi détenant le record avec 32,5%.
La crise actuelle risque d'aggraver l'épidémie, dit le rapport, les nourritures saines renchérissent alors que le budget des familles modestes diminue et que les services sociaux sont sollicités par d'autres urgences. Le rapport recommande l'adoption d'une "stratégie nationale contre l'obésité" basée sur une meilleure alimentation et l'exercice physique au quotidien.
L'industrie de la confiserie s'inquiète du rapport et de certaines de ses recommandations visant à éliminer la publicité pour les "junk foods" ou augmenter les taxes prélevées sur certaines friandises.

vendredi 3 juillet 2009

Michael J, deuil mondial

Une amie ivoirienne m'envoie le faire-part ci-dessous, accompagné du commentaire suivant:

HANNNNN !!!! ivoirien est affairé dè !!! ça là, ils ont eu mangement comme ça hein !!!!