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mardi 31 mars 2009

Et encore un chiffre intéressant


La population de Dubai baissera de 17% en 2009, selon ce site. Dure, la vie des expats' de la construction. Ils viennent d'Asie, où ils gagnent dix fois moins qu'à Dubai, s'entassent à 12 dans des dortoirs et partagent une salle de bains à 25, selon ce reportage de la BBC. Human Rights Watch estime qu'ils sont (étaient?) 500 000 (sur une population totale de 1,5 million d'habitants). Parfois, ils prennent les touristes en otage pour protester contre leurs conditions de travail. Mais quand il n'y a plus de travail... Les prix de l'immobilier baisseront aussi, dit le même rapport.

Derniers chiffres avant le G20

OCDE: récession de 4,3% en 2009 dans la zone (30 pays membres), dont -4,0 aux Etats-Unis, -6,6% au Japon et -4,1% dans la zone euro. Le chômage atteindra 9,9% en 2010. La croissance mondiale ralentira de 2,75% cette année avant de regagner 1,25% en 2010. Rapport ici.

Banque Mondiale: La croissance économique des pays en voie de développement ralentira à 2,1% en 2009, contre 5,8% en 2008. Si on enlève la Chine et l'Inde, elle tombe même à zéro. Le commerce mondial connaîtra une chute "historique" de 6,1% cette année par rapport à 2008. Rapport ici.

Etats-Unis: Le secteur privé a détruit 742 000 emplois en mars, indique une étude du cabinet de conseil en ressources humaines ADP. L’activité dans l’industrie s’est légèrement redressée en mars, à 36,3 points contre 35,8, tout en restant très déprimée. Les dépenses de construction ont baissé pour le cinquième mois consécutif en février, mais moins que prévu, de 0,9% en rythme annuel par rapport à janvier (actualisé mercredi 1).

Credit Suisse: Le rapport "Commerce extérieur de la Suisse - faits et tendances" de mars 2009 prévoit un ralentissement "significatif" ces six prochains mois, en particulier dans les industries du métallurgiques et mécaniques, mais estime que les perspectives à moyen terme sont "nettement meilleures", la Suisse disposant d'avantages compétitifs clairs par rapport aux pays concurrents de taille comparable. Rappel: "En 2008, les exportations de marchandises du pays totalisaient près de 207 milliards CHF1, soit plus de 40% de son produit intérieur brut (PIB), contre seulement 20% en 1990. Les exportations réelles de capitaux ont en moyenne été multipliées par dix entre 1990 et 2007. A titre de comparaison: sur la même période, le PIB réel n'a été multiplié que par 1,3." L'Allemagne est le premier partenaire (19,7% du total), devant le Japon (9,7%), les Etats-Unis (9,6%), l'Italie (8,7%) et la France (8,6%). La part des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) est passée de 5,2% à 9,4% de 1990 à 2008. L'industrie chimique (35,1% du total) est la première branche exportatrice, devant l'industrie des machines (14,9%). Les cantons de Bâle-Ville, Zurich, Genève, Berne et Vaud sont les plus dépendants des exportations. Rapport complet ici.

UBS: Le "research focus" du département "gestion de fortune" de la banque se penche plutôt sur la croissance à long terme. Celle-ci ralentira "en raison de la généralisation du processus de désendettement et du durcissement de la réglementation consécutifs à la crise financière. Ceci confirme sur le long terme une tendance déjà amorcée par le vieillissement actuel de la population. En conséquence, les Etats abordent la perspective d'une dérive des déficits et d'une croissance molle avec une marge de manoeuvre réduite. les ratios dette/PIB devraient s'envoler à moins de coupes dans les dépenses discrétionnaires et obligatoires ou d'une hausse de la pression fiscale. Dans les pays les plus touchés par la crise financière, les responsables politiques pourraient être tentés d'utiliser l'inflation comme un antidote à l'envolée de la dette publique." Conséquence de ce qui précède, UBS Wealth Management revoit à la hausse les anticipations d'inflation. Elle estime que les emprunts d'Etat offrent actuellement "un potentiel de rendement limité", d'autres segments du marché obligataire (marché monétaire, obligations d'entreprises ou indexées sur l'inflation) présentant un profil risque/rendement plus séduisant. S'agissant des entreprises, la tendance va "vers des bénéfices structurellement moins élevés" (2,5% aux Etats-Unis est considéré comme un objectif "réaliste"). les actions présentent néanmoins "un potentiel de rendement à long terme notable si l'environnement économique se stabilise". Enfin, le dollar américain reste "vulnérable" et pourrait se déprécier face à l'euro compte tenu des perspectives d'inflation divergentes entre les deux zones. Rapport téléchargeable ici.

lundi 30 mars 2009

Un bel exemple de dérégulation en douce


Lu une dépêche assez technique mais instructive de Bloomberg (lien pas retrouvé) sur le Financial Accounting Standards Board (FASB). Comme le dit son site, cet organisme créé en 1973 par le secteur privé établit les standards en matière de comptabilité et de publications de rapports financiers. C'est un peu les Tables de la Loi de Moïse en matière de comptabilité américaine.
Le 16 mars dernier, le FASB a proposé d'assouplir les règles comptables en ce qui concerne la déclaration de "fair value" ("valeur juste"?)pour les actifs des sociétés. On parle aussi de "mark-to-market", pour signifier que ces actifs sont recalculés, trimestre après trimestre, à leur valeur actuelle de marché. Dans le cas des produits financiers adossés à l'immobilier américain, le "mark-to-market" a fait des ravages depuis deux ans dans la mesure où le marché de ces titres s'est asséché et que du coup, leur valeur est tombée à près de zéro.
Le changement proposé par le FASB introduit la notion assez élastique de "significant judgment" (encore moins traduisible! "jugement significatif"?) dans l'évaluation des actifs. Si j'ai bien compris - je ne suis pas comptable - cela autorise les sociétés à prendre plus de liberté par rapport à la norme "mark-ro-market", et à réduire ainsi le montant de leurs amortissements. Une décision sur ce sujet doit intervenir tout soudain, le 2 avril.
La conséquence de cet assouplissement - c'est là que ça devient bougrement intéressant - est que des banques comme Citigroup verraient, par cette pratique, leurs profits s'améliorer de 20% (ou leurs pertes diminuer d'autant), selon Bloomberg. Sur le papier, bien sûr. Ce coup de baguette magique est la conséquence d'un intense lobbying des milieux bancaires, de la Chambre du Commerce et de leurs représentants au Congrès, ajoute Bloomberg. D'anciens régulateurs et des analystes avertissent que le changement pénalisera les investisseurs en diminuant la transparence des comptes présentés.
Le principe du "mark-to market" a été violemment attaqué depuis le début de la crise, ses détracteurs affirmant qu'il ne fait plus sens quand la demande se volatilise et que la valeur comptable s'effondre à des niveaux sans rapport avec la valeur réelle des actifs. D'autres comme The Economist ont défendu le principe (lire ici et ici). Apparemment, le changement d'administration américaine n'a pas découragé le lobbying des banques. Trois jours avant l'audition de la FASB devant le sous-comité "House Financial Services", 31 groupes financiers ont envoyé une lettre à son président, le démocrate Barney Frank, pour souligner "le besoin de corriger les conséquences indésirables du principe mark-to-market".
Plein de gens ont intérêt à ce que le FASB se couche: le secteur financier et les entreprises en général, qui se trouveraient partiellement et artificiellement assainies, et les politiciens, qui auraient moins d'argent à dépenser pour les recapitaliser.
Et dire qu'au G20, il sera question du "retour de la régulation" dans les marchés financiers...

De la main de Dieu à la griffe du fisc


Découvert ce soir le site contribuenti.it, le "portail web des contribuables italiens" pour la justice fiscale. C'est lui qui a révélé, il y a deux jours, que Diego Maradona doit 37 millions d'euros d'impôts impayés et intérêts de retard au fisc italien pour les années où il a joué avec Naples, de 1985 à 1991. Jusqu'à présent, tout ce que l'administration a pu récupérer est une somme de 42 000 euros "et deux montres précieuses".
Commentaire personnel: j'espère que Maradona ne paiera jamais. Je me souviens d'un documentaire sur sa carrière mouvementée d'où il ressort que ses années napolitaines sont celles où les choses ont commencé à mal tourner pour lui (drogue et compagnie, dénonciation savamment mise en scène, etc.). Après ça, il est devenu une épave. Images d'un bibendum arrivant à peine à marcher sur les pelouses cubaines, car il avait fait ensuite copain-copain avec Fidel Castro. Maradona a déjà payé, très cher, son passage à Naples.

samedi 28 mars 2009

La bourse et les banquiers sur un canapé


La crise se cherche des penseurs susceptibles d'en expliquer les causes et d'en anticiper les suites (voir le message précédent). A défaut, elle a trouvé une psychiatre: Elisabeth Kübler-Ross, Suissesse émigrée aux Etats-Unis où elle est devenue célèbre en étudiant les derniers instants de la vie. Elle décrit cinq phases successives traversées face à la mort - le déni, la colère, le marchandage, la dépression et enfin l'acceptation. Celles-ci s'appliquent aussi à d'autres situations traumatisantes de la vie, comme à un divorce, estime-t-elle.
Ou à la chute des marchés financiers? C'est en tout cas l'analyse que faisait il y a quelques jours John Authers, auteur de la colonne "The Short View" dans le Financial Times. Selon lui, les victimes de la crise sont passées du premier stade (le déni), au second, la colère. Celle-ci est dirigée contre les bonus, les Madoff de tout poil, les patrons qui licencient, etc. Si l'on suit le schéma kübler-rossien, la prochaine étape est le marchandage. On dirait qu'il a déjà commencé aux Etats-Unis où, après s'être observés de part et d'autre du ring, puis accrochés la semaine dernière sur la question de la régulation, l'administration Obama et les banques de Wall Street semblent chercher un compromis pour faire avancer les choses. Ce qui nous laisse encore la dépression devant nous.
Chez les banquiers privés genevois (où l'on lit religieusement le FT), le processus de deuil paraît moins avancé, à en croire un d'entre eux cité anonymement par le quotidien saumon. Pour lui, le secteur balance encore entre le déni et la colère. "Le marchandage et l'acceptation suivront", ajoute-t-il. Comme le souligne le FT, il omet le stade intermédiaire de la dépression. Un peu de méthode Coué dans la psychiatrie, ça ne peut pas faire de mal.

Thor Heyerdahl et les courants dominants


On a lu maintes fois que l'implosion de la finance débridée et les ratés de l'économie globalisée balisent le terrain pour un retour en grâce de Karl Marx (mon oeil!) ou de John Meynard Keynes (ça se discute: voyez les dernières déclarations allemandes à propos de la relance par endettement public). L'intérêt de ces éternels "retours" tient dansla question suivante: pourquoi ces penseurs avaient-ils disparu du radar précédemment? Comment, dans un monde qui prône la concurrence - économique en tout cas - glisse-t-on vers des situations de monopole intellectuel, ou de pensée unique pour employer un mot à la mode, alors que les moyens de diffusion n'ont jamais été aussi variés et faciles d'accès?
La question m'occupe depuis que j'ai écrit une chronique où il était question de la fameuse "main invisible du marché", concept emprunté à Adam Smith, tout comme celui selon lequel la somme des égoïsmes individuels est le meilleur garant du bien commun. Souvent cité à tort et à travers, Smith avait aussi publié il y a 250 ans une "Théorie des Sentiments moraux" dans laquelle il écrivait entre autres que «l’homme sage et vertueux sera en tout temps incliné à sacrifier son propre intérêt privé à l’intérêt public de sa corporation ou société», rappelais-je.
"Fort intéressant, m'a répondu un lecteur, mais la prochaine fois, vous pourriez vous souvenir de ce genre de propos plus tôt". Touché. A la vérité, je n'ai moi-même découvert que récemment cet ouvrage d'Adam Smith, qu'on commence à citer ici ou là. Comme journaliste, je suis un rouage dans la mécanique qui construit et déconstruit les pensées dominantes. Et je me dis que son fonctionnement mériterait d'être éclairci par des anthropologues et des spécialistes de la psychologie de masse.

Une hypothèse surgit rapidement: penser en marge n'est pas facile, il faut assumer la réprobation, voire la raillerie de la majorité. Le besoin de reconnaissance sociale étant un des ressorts fondamentaux du comportement humain, nous sommes plus tentés de régater avec les autres en suivant le courant dominant que de jouer les navigateurs solitaires sans savoir ce que réservent les vents. Les vocations de Thor Heyerdahl (en photo avec son radeau) sont rares.
Elles existent, heureusement. Ici surgit toutefois un paradoxe. Dansle "village global" qu'est devenue la planète mise en réseau, ces navigateurs solitaires paraissent davantage noyés qu'avant dans un flux d'informations, émotions et pensées standardisées. Tout est sur Internet, mais encore faut-il avoir l'idée, l'envie d'emprunter un chemin de traverse. Par quel mécanisme encourager cela? Faute d'avoir une réponse générale à cette question, j'ai choisi l'an dernier une réponse individuelle en m'éloignant quelque peu de l'économie au quotidien et, bientôt en partant sur les pistes africaines du cacao (j'en reparlerai).
Une réponse collective serait plus utile. Je lis avec intérêt les dossiers actuellement consacrés à la "mise en question" ou à la "refondation" du capitalisme. Ils me laissent le sentiment mitigé que cet examen autocritique occupe opportunément les esprits pendant que les affaires tournent au ralenti. Qu'en résultera-t-il? Des règles plus ou moins judicieuses, des résolutions d'après-gueule de bois? Je me méfie particulièrement de la remise au goût du jour des mots "morale" ou "éthique". Non que je n'y attache pas d'importance. Au contraire, j'y lis comme André Comte-Sponville des ordres supérieurs. Mais comme lui, je me méfie de la confusion des ordres, ce que Blaise Pascal appelait le "ridicule", et qui peut déboucher dans le cas précis sur l'angélisme éthique.

Je fais cette digression sur Comte-Sponville, car il vient de publier une version revue et augmentée de son livre "Le capitalisme est-il moral?", qui reste une lecture stimulante. J'aime sa façon de rentrer dans le cadre des dirigeants d'entreprise qui prétendent intégrer l'éthique à la conduite de leurs affaires, alors qu'ils ne font rien d'autre que du marketing. J'aime aussi son idée provocante que que le marché "est une formidable machine à produire de la solidarité", ne serait-ce qu'à travers les assurances.
Ce détour par Comte-Sponville me ramène aux deux lectures possibles d'Adam Smith: d'un côté, le théoricien de la "main invisible" pour qui la somme des égoïsmes garantit le bien commun (idée reprise par Comte-Sponville); de l'autre, le moraliste qui invite l'individu à faire passer son intérêt derrière l'intérêt public. Quelle lecture est la bonne? Je ne crois pas qu'on puisse répondre à cette question, sinon qu'il y a toujours eu et qu'il y aura toujours une tension entre ces deux ordres.

Le risque que je vois, dans la situation actuelle, est que l'on bascule de l'attitude "greed is good" à un discours moralisateur et vengeur (ça a déjà commencé), alors qu'il s'agit d'abord de trouver des réponses concrètes et prudentes aux difficultés financières du moment, puis de comprendre les processus collectifs de crédulité et de micro-lâchetés qui ont amplifié cette crise, avant d'y apporter d'éventuels correctifs.
C'est ici que j'en reviens à ceux qui pensent "par les chemins de traverse". Parce que globalisé, le monde n'a jamais eu autant besoin qu'aujourd'hui de défendre la diversité, sous toutes ses formes. C'est son assurance-survie. Je ne vois aucun thème (économie, climat, alimentation) où ce besoin ne m'apparaisse central. Encore une fois, je n'ai pas d'idée précise pour favoriser cela collectivement. J'observe que le simple fait d'attendre - ce n'est qu'un exemple - les résultats du G20 comme l'ordonnance du toubib qui marquera le début de la guérison pour tous est en soi une manifestation de passivité collective inverse à ce qui est souhaitable.

jeudi 26 mars 2009

Quand les autruches sortent la tête du sable


Doug Shulman, le monsieur qui ne veut pas passer ses vacances en Valais parce qu'il a peur d'y découvrir les liasses de billets verts planqués par ses compatriotes sous le Cervin, lance une nouvelle étape du combat contre la fraude fiscale (ou évasion, pour les yankees, c'est du pareil au même): l'amnistie fiscale. L'Internal Revenue Service (IRS) que dirige Doug a présenté jeudi l'arrangement suivant aux contribuables qui seraient prêts à révéler leurs avoirs non déclarés: paiement des arriérés d'impôts, avec intérêt rétroactifs jusqu'à six ans maximum, amende égale à 20% du total des avoirs (pourcentage calculé sur l'année où la valeur de ces avoirs était au plus haut). Ce n'est pas donné, mais nettement moins sévère qu'avant: le montant de l'amende pouvait atteindre 50% à 75% de la valeur totale des comptes cachés pour toutes les années où ils n'étaient pas déclarés. Autant dire que l'incitation au repentir fiscal n'était pas très forte, et on comprend pourquoi une armada d'avocats ont accueilli à bras ouverts les clients d'UBS débusqués dans la foulée du scandale Olenicoff/Birkenfeld.
Pendant que Silvio Berlusconi fait miroiter une amnistie, sans donner de précisions, disant qu'il doit s'arranger avec ses voisins, les Américains agissent. "Pour les contribuables qui continuent à cacher leur tête dans le sable, avertit Doug Shulman, la situation va devenir encore plus sinistre."
Ca bouge, ça bouge dans les paradis fiscaux. A Washington toujours, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner a plaidé pour "un renforcement de la coopération internationale afin d'harmoniser la régulation financière dans un sens plus strict". Dans la vieille Europe, Monaco négocie un accord d'échange de renseignements en matière fiscale avec l'Union européenne, a indiqué jeudi l'OCDE. Selon le Financial Times, un nombre croissant de banques privées interdisent à leurs directeurs de voyager, même dans les pays voisins. Quatre employés de banques genevoises ont affirmé au FT que dans leur établissement, l'interdiction de voyager est générale.
Dur de ne plus pouvoir se rendre à Nice, surtout avec les giboulées qui s'acharnent sur le bout du lac en ce moment! Heureusement quôn peut encore voyager en lisant. En Australie par exemple. Les banquiers suisses adoreront l'étude du professeur Jason Sharman que résume The Economist dans sa dernière édition!!

mercredi 25 mars 2009

Deux hirondelles timides et un corbeau noir

Commandes américaines de biens durables(qui sont une façon de mesurer l’investissement des entreprises): +3,4% en février en glissement mensuel(contre -2,5% prévu). Mais attention, janvier était très mauvais,l'effet de base est donc favorable.
Ventes de logements neufs aux Etats-Unis: +4,7% en février (contre -2,9% anticipé). Mais idem que ci-dessus: janvier avait été le mois le plus faible en la matière depuis la première publication de cette statistique en 1963. Côté prix, on est revenu aux niveaux de 2003, tendance toujours à la baisse.
Ces deux indicateurs (relativement) optimistes sont à relativiser avec cette prévision: le taux de chômage atteindra 12% en Californie l'an prochain.

Worrying, isnt'it?

Pas pu! Le gouvernement britannique a échoué mercredi à placer totalement un emprunt de 1,75 milliard de livres (2,89 milliards de francs, remboursable en 2049, sur le marché obligataire. C'est la première fois depuis 2002, et même depuis 1995 pour la catégorie des emprunts non indexés sur l’inflation, dont faisait partie celui-ci.
Pas très cool, pour un Etat qui est en train de s'endetter massivement afin de relancer son économie. "Je pense qu'à court terme, tout le monde est concerné par les problèmes que pourrait créer la déflation", déclare le premier ministre britannique ce mercredi. Et à plus long terme, dear Gordon?

mardi 24 mars 2009

"Ouf! se dit Wall Street, le président Barack Obama n'est pas un gauchiste, après tout"


Il y a plusieurs lectures du plan Geithner présenté lundi pour soulager les banques américaines de leurs actifs toxiques. La question essentielle est évidemment de savoir quelles sont ses chances de succès, et à ce sujet, les spécialistes sont assez divisés, comme le résume cette analyse. L'enjeu dépasse largement les Etats-Unis, puisque la congestion dont souffre le poumon financier américain empêche aussi le monde de respirer normalement. Tant qu'il n'aura pas repris son souffle, les vitamines et autres piqûres stimulantes délivrées aux économies nationales n'auront que des effets limités.
S'il subsiste autant d'incertitudes sur le bien-fondé et l'efficacité de ce plan, comment expliquer l'envolée des bourses de mardi? Les investisseurs n'étant pas plus idiots que vous et moi, même s'ils cèdent parfois à l'exubérance irrationnelle, il doit bien y avoir une raison à leur soudain accès de bonne humeur.
L'explication la plus simple est qu'ils estiment avoir digéré suffisamment de mauvaises nouvelles depuis un an et demi, celles-ci étant désormais intégrées dans les cours boursiers de sociétés comme Citigroup ou UBS qui, soit dit en passant, ont repris plus de vingt pour cent en une dizaine de jours. Ca peut difficilement aller plus mal, trancherait la sagesse populaire; du coup, on se met à guetter la moindre hirondelle printanière et à sauter en l'air à sa première pirouette.
Je vois néanmoins une autre raison à la flambée de ce début de semaine: le soulagement politique. On ne l'a pas vraiment senti de ce côté-ci de l'Atlantique, mais l'affaire des bonus AIG a fait passer un très, très mauvais week-end aux financiers de Wall Street. Outrés par l'arrogance de certains cadres du géant de l'assurance, les députés ont voté à une forte majorité une ponction fiscale massive sur les bonus distribués dans les sociétés bénéficiant d'un soutien de l'Etat. Et encore les manifestants dans les rues les poussaient-ils à faire davantage.
Placez cela dans le contexte d'une présidence qui, depuis quelques semaines, alignait les ambitieux projets (et déficits y afférents) en matière de santé, d'éducation, d'énergie verte: Barack Obama affichait clairement ses priorités pour Main Street - c'est après tout sur ce programme qu'il a été élu. « Un élu qui tient ses promesses - du jamais vu! », constatait, mi-ironiquement, un éditorialiste du Financial Times. Pendant ce temps, Wall Street faisait une méchante crise d'abandonnite. Et nous alors? Et la tuyauterie du crédit bloquée? Et les banques en sursis?
Le Wall Street Journal bruissait déjà de critiques acerbes et d'éditoriaux vengeurs. Si à ce qui passait pour un début d'indifférence présidentielle, devait s'ajouter un corsetage généralisé de la finance, le conflit serait programmé. Or Barack Obama s'est employé à calmer le jeu ce week-end, allant jusqu'à critiquer la ponction fiscale sur les bonus décidée par le Congrès. Ce n'est pas un hasard si Tim Geithner a choisi précisément le WSJ lundi pour lever le rideau sur son plan.
Surtout, ce plan se montre assez généreux pour les investisseurs privés qui seront d'accord de reprendre à leur compte les créances pourries des banques. En gros, pour chaque dollar qu'ils verseront, l'Etat en versera ou en garantira douze. Pour des calculs plus précis, voir ici ou ici.
Paul Krugman, qui n'a jamais caché sa préférence pour une nationalisation pure et simple des banques, résume le plan Geithner en un "pile je gagne, face tu perds" pour les investisseurs, qui empocheront les profits si la valeur des actifs toxiques monte et limiteront leur perte à la mise initiale s'ils ne trouvent pas preneurs.
Ouf, s'est dit Wall Street, Obama n'est pas un socialiste après tout, et il ne nous veut pas du mal.
Cela étant, Krugman, et l'autre Nobel d'économie Joseph Stiglitz dans la foulée, ont-ils raison de se montrer si critiques? Leur argument selon lequel le contribuable paiera pour les bêtises des banques fait bon marché d'un fait têtu: le problème de base vient des propriétaires de maison qui se sont endettés bien plus que de raison. Bien sûr, il est politiquement correct de pleurer sur le sort des familles américaines jetées à la rue et de siffler l'avidité de ceux qui leur ont prêté l'argent. N'empêche qu'il faut être deux pour faire ce genre de bêtises - et pas besoin d'avoir fait l'université pour connaitre la charge d'intérêts que peut supporter un budget familial.
Si des millions de ménages américains souffrent aujourd'hui, c'est, aussi, un peu de leur faute. Et si la facture finale est réglée en bonne partie par le contribuable (c'est-à-dire eux-mêmes, ou plutôt leurs enfants hélas), difficile d'y voir une injustice scandaleuse, sauf à l'égard des générations futures.
Krugman est par ailleurs persuadé que le plan ne marchera pas parce qu'en réalité, les actifs toxiques ne valent plus rien et que les banques ont juste tardé à affronter cette dure réalité. Les prochaines semaines diront s'il a raison. Pour ma part, je regrette que le document présenté lundi ne fixe pas de calendrier pour la suite des opérations, ni un processus de monitoring qui permettrait de faire l'état périodique des lieux: qu'est-ce qui a été vendu, à quel prix moyen?
Tout le but de l'exercice consistant à débloquer ce marché en y apportant de la transparence, il serait utile de savoir le plus vite possible si le mécanisme envisagé fonctionne. Dans le cas contraire, chaque mois perdu serait un mois de trop.

lundi 23 mars 2009

Quand les Etats-Unis redeviennent créanciers nets vis-à-vis du reste du monde

Brad Stetser suit attentivement les flux de capitaux de et vers les Etats-Unis, et son dernier message ne manque pas d'intérêt: au dernier trimestre 2008, les States sont redevenus créanciers nets du reste du monde, et non plus débiteurs comme ils avaient pris l'habitude de le devenir depuis plus de quarante ans. "A en juger par ces données, le système Bretton Woods 2 est arrivé à son terme", écrit Stetser. On appelle ainsi le système monétaire mondial qui s'est établi de facto après l'abandon de la parité dollar-or par Richard Nixon. Plus de détails dans l'analyse de Stester.
Consolation, la La Chine a annoncé lundi qu'elle va poursuivre ses achats de bons du Trésor américain, dont elle est le premier détenteur étranger. Il y a dix jours, le Premier ministre chinois Wen Jiabao avait exprimé ses craintes pour les investissements de son pays aux Etats- Unis devant le dérapage du déficit budgétaire américain. Le président américain Barack Obama avait répondu que Pékin pouvait avoir «une confiance absolue» dans l’économie américaine.

Bon flic, méchant flic


Angela Merkel est convaincue que la vilaine querelle sur l'évasion fiscale avec la Suisse se règlera "sans que cela dérange nos bonnes relations de voisinage", a déclaré lundi son porte-parole. La semaine dernière, son ministre des finances Peer Steinbrück se réjouissait de voir les "Indiens" suisses détaler en tous sens face à la charge de la "cavalerie" du G20.
Qui croire? Les deux à la fois, bien sûr. Le duo "bon flic - méchant flic" Merkel/Steinbrück est parfaitement rôdé. L'an dernier déjà, la chancelière disait toute sa compréhension pour le secret bancaire helvétique, tandis que son ministre des finances mordait les mollets des banquiers suisses chaque fois qu'on lui en donnait l'occasion.
Le problème des Suisses, c'est de tout prendre au premier degré, les compliments comme les engueulades. Dans ce sens, le "terrain égal pour tous" dont ils rêvent pour limiter les empoisonnantes pressions fiscales n'est pas pour demain, question de culture.

Classement des principales banques mondiales:1. La Chine 2. La Chine 3. la Chine


J'espére que ce lien n'est pas réservé aux abonnés du Financial Times, car le graphique interactif auquel il mène vaut le détour. On y voit l'évolution du classement des principales banques mondiales de 1999 à 2009 selon leur capitalisation boursière (qui, je l'admets, est un critère pour le moins fluctuant).
En 1999, le trio de tête était dans l'ordre: Citigroup, Bank of America et HSBC. Six banqes américaines, deux britanniques, une suisse (UBS) et une japonaise occupaient les dix premières places du classement.
En 2009, le podium est occupé, dans l'ordre décroissant, par: Industrial & Commercial Bank of China, China Construction Bank (en photo) et Bank of China. La première banque américaine, JP Morgan Chase (qui a repris Bear Stearns l'an dernier) est quatrième, devant HSBC et Wells Fargo. UBS régresse au 20è rang, dépassée par Credit Suisse (16è).
Sur la carte du monde, la capitalisation boursière totale des banques américaines a fondu de 1054 milliards de dollars en 1999 à 378 milliards aujourd'hui, tandis que celle des banques chinoises est passée de moins de 20 milliards à 509 milliards.

Des réactions au débat sur les inégalités

Dans un précédent message, je signalais que le concept d'inégalités, qui semblait obsolète quand les marchés flambaient, semble faire un retour dans le débat politico-économique. J'ai rédigé un article sur ce thème dans Le Temps, avec un encadré sur la Suisse. Il en est résulté plusieurs réactions, dont celle-ci qui me paraît intéressante, car elle décortique plus en profondeur le rapport de l'OCDE publié en 2008 et revient sur les différents instruments de mesure des inégalités.

samedi 21 mars 2009

Sauvetage des banques américaines, Acte Cinq

C'est lundi, selon les déclarations de membres de l'administration Obama, que Tim Geithner précise son plan de reprise des actifs toxiques pesant encore sur le bilan des banques américaines. Cela devrait ressembler à peu près à ceci.

(...) Rajouté lundi matin: le blog de Brad de Long propose une approche didactique et livre cette délicieuse définition du plan, en anglais das le texte: "The Geithner Plan is a trillion-dollar operation by which the U.S. acts as the world's largest hedge fund investor, committing its money to funds to buy up risky and distressed but probably fundamentally undervalued assets and, as patient capital, holding them either until maturity or until markets recover so that risk discounts are normal and it can sell them off--in either case at an immense profit".

Attendons de voir les détails - c'est leur absence qui avait provoqué la réaction négative du marché la dernière fois. D'après ce qu'on lit, le secrétaire d'Etat au Trésor maintient son idée de "joint venture" privée-publique ou, dit autrement, de créer un effet de levier parmi les investisseurs privés en injectant des fonds publics qui commencent à se faire rares. On observera que cette perspective n'a guère suscité l'enthousiasme jusqu'ici. Une des trois composantes du plan prévoit que la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) prêtera 85% de l'argent aux véhicules spéciaux (des "bad banks", si j'ai bien compris) établis en partenariat pour reprendre les titres pourris. C'est une très grosse proportion.
Si on compte les trois principales variantes de Henry Paulson sous l'administration Bush et la première esquisse de Geithner il y a quelques semaines, on en est à l'Acte V de la tragi-comédie: "Mais comment donc sauverons-nous les banques, Edward?"

vendredi 20 mars 2009

Manoeuvres en coulisses autour du dollar


Suivons attentivement ce qui va se passer autour de dollar. Après être descendu à la parité avec le franc suisse au début de la crise, le billet vert avait repris du poil de la bête, face à toutes les monnaies, les investisseurs semblant penser que l'économie américaine, avec son poids et sa capacité de rebond, restait encore le meilleur endroit où placer ses économies.
Mais les marchés commencent à digérer le lâcher massif annoncé par "Helicopter Ben" mercredi dernier et, passé leur enthousiasme initial, ce qu'ils ruminent les amène à penser que la Réserve fédérale ne pourra pas impunément créer de la monnaie pour boucher les trous du budget. Cela se paiera d''une manière ou d'une autre. Il y en a deux. Primo l'inflation. Le risque n'est pas pour tout de suite, mais peut-être plus proche qu'on ne l'imagine. Déjà, le pétrole repasse sur la barre des 50 dollars, les acteurs financiers se protègent contre ce danger.
La deuxième manière, c'est l'affaiblissement de la monnaie. Cette semaine, le dollar a nettement perdu du terrain face à l'euro.
Mais ça, ce sont les affaires courantes. Il se prépare beaucoup plus gros derrière, si l'on en croit cette dépêche Reuters. La semaine prochaine, un groupe d'experts de l'ONU demandera rien moins que l'abandon du dollar comme monnaie de référence mondiale, en faveur d'un panier de monnaies qui serait une sorte d'Ecu global. L'idée a été agitée par Avinash Persaud, membre de ce groupe, lors du Reuters Funds Summit à Luxembourg. La recommandation pourrait devenir officielle le 25 mars prochain.
Il ne s'agit que de l'ONU, et d'un groupe de travail, dira-t-on. C'est vrai. Mais l'idée séduit aussi les Chinois, qui s'inquiètent pour leurs économies placées aux Etats-Unis, et les Russes, qui prendraient ainsi leur revanche monétaire après la fin, humiliante pour eux, de la guerre froide.
Bref, le sujet va faire une apparition intéressante dans les coulisses du G20, et peut-être même publiquement. Finalement, l'idée de négocier un "Bretton Woods 2", qui paraissait utopique il y a quelques mois, ne l'est pas autant qu'on le pensait.

jeudi 19 mars 2009

Quand la Chine aide l'industrie automobile américaine

Les journaux n'ont pas raté la décision de Coca-Cola, qui renonce à acheter le producteur chinois de jus de fruits Huiyuan, le gouvernement lui ayant mis la loi anti-monopoles en travers du chemin. Les raisons invoquées par la Chine (une position dominante, alors que l'entreprise ne contrôlerait que 20% du marché) paraissent spécieuses et ont été analysées comme telles par la presse anglo-saxonne. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'Etat chinois tord les lois à sa convenance pour bloquer une opération que le partenaire occidental croyait naïvement conclue (demandez à Holcim).
Mais, au moment où refleurissent les commentaires pour prédire un ralentissement des investissements étrangers en Chine (c'est de toutes façons le cas à cause de la crise), cette nouvelle de Bloomberg nous rappelle que, décidément, rien n'est simple dans l'économie mondialisée. On y lit que si General Motors, aux abois comme on sait, profite du prêt de 13,4 milliards de dollars consenti par l'Etat américain, il bénéficie aussi... des mesures chinoises de relance. L'achat de camionnettes y étant actuellement subventionné jusqu'à hauteur de 1170 dollars par véhicule, les ventes de minivans GM en Chine ont progressé de 32% sur les deux premiers mois de l'année. Ce n'est sans doute pas fini, puisque le gouvernement dépensera 731 millions de dollars pour stimuler les ventes d'utilitaires dans les campagnes. Et comme il y a 800 millions de paysans, dont chacun rêve de se mettre au volant de "sa" camionnette...

Le nouveau symbole du secret bancaire

Avant...



Après...

Tim Geithner déjà branlant au manche?


L'administration Obama n'a pas besoin de cela, mais un des ses piliers, le secrétaire d'Etat au Trésor Tim Geithner, est sous le feu de la critique, certains demandent déjà sa démission. C'est un peu raide pour un homme qui hérite d'un système financier qui ressemble au World Trade Center le 12 septembre 2001, mais la politique américaine n'est pas réputée pour sa pitié.
Geithner, qui venait de la Réserve fédérale et y avait fait bonne impression, a d'abord irrité par quelques arriérés fiscaux bêtement oubliés - s'il avait été suisse, on ne lui en aurait pas tenu rigueur ;-)
Après son entrée en fonctions, il a présenté un plan de sauvetage de système financier qui ressemblait à une feuille de route assez vague, que les marchés ont fort mal accueillie. Un "test de stress des banques" a été mis en route, mais les scénarios sur lesquels il se base paraissent un brin optimistes. Que faut-il faire des actifs pourris des banques? On n'est pas plus avancé qu'avant, et ça fait quand même bientôt deux ans que la crise a commencé.
Dernier hoquet en date, les bonus d'AIG, l'assureur géant désormais contrôlé à 79% par l'Etat. Tim Geithner était-il au courant du fait qu'on allait récompenser des gens qui ont précipité cette société dans le goufre et coûtent des dizaines de milliards aux contribuables? Si oui, pourquoi n'a-t-il rien fait. Si non, pourquoi l'Etat propriétaire ne s'est-il pas montré plus curieux et proactif?
Deux mois, c'est évidemment court pour maîtriser le cockpit d'un avion dont tous les instruments de bord tournent dans tous les sens. Mais un semblant de ligne et quelques priorités sur les questions brûlantes du système financier seraient le bienvenu (engagez le pilote qui s'est posé sur la rivière Hudson!). C'est de là que tout est parti, et pomper des milliards dans l'économie ne servira pas à grand chose tant que cette tuyauterie-là ne fonctionnera pas à peu près correctement.

mercredi 18 mars 2009

Tutti frutti médiatique

www.seattlepi.com ne se distingue a priori pas beaucoup des autres sites en ligne de journaux. La particularité de son cas, c'est qu'il n'y a plus de Seattle Post-Intelligencer, l'équivalent imprimé qui faisait partie de l'histoire de la ville: supprimé,pour cause de pertes trop importantes par le groupe Hearst.
Allez, remontons-nous le moral: Le Monde, qui publie de faire-part de décès du Post-Intelligence, nous apprend aussi que l'audience de la presse quotidienne progresse en France. Super! Et ses recettes? Euh...
Côté sébille, il y en a qui phosphorent fort. Dans un article (que je n'ai pas retrouvé, désolé), un "spécialiste" propose, entre autres pistes, la création de fondations charitables pour soutenir cette activité d'intérêt public qu'est la presse.
Plutôt crever, oui.
La nouvelle médiatique stimulante de la semaine, je l'ai trouvée dans Migros Magazine, mais oui. Un article sur les jeunes et l'actualité, qui présente notamment un site fait par des jeunes pas trop mal fichu: Quoique.ch (j'avoue n'y avoir jeté qu'un coup d'oeil pour l'instant).
C'est un fait que les journaux sont (souvent) écrits par des rédacteurs vieillissants qui s'accrochent à leur poste (dont moi, hi! hi!), avec leurs histoires qui tournent en rond sans trop se préoccuper de ce que veut le lecteur ou de ce qui lui est utile. Quand ils parlent aux jeunes, c'est généralement avec condescendance, en les tutoyant par exemple. Il faut de la modestie et de l'abnégation pour se mettre à leur écoute, à leur service. Honnêtement, je ne sais pas si j'en serais capable. Mais je suis convaincu que là se trouve une piste sérieuse pour rafraîchir la presse.

Pour le plaisir de la lecture

Michael Lewis, né à la Nouvelle-Orléans en 1960, a été négociant en obligations chez Salomon Brothers à Londres, une expérience dont il a tiré un best seller, "Liar's Poker". Plus récemment, il a écrit ce texte intitulé "The End", à mon avis un des récits les plus vivants, compétents et pénétrants sur l'écroulement de Wall Street. Il vient de récidiver dans Vanity Fair avec un article sur L'Islande, "Wall Street on the Toundra". L'Islande? direz-vous, vous avez déjà compris en gros que ce confetti nordique qui s'est pris pour un hedge fund se retrouve comme un hareng séché exposé au mur de la bêtise. Oui, mais Lewis le raconte avec un style, une connaissance des enjeux et un sens de la métaphore qui transportent au coeur même du sujet. Du beau journalisme. Lewis travaille aujourd'hui pour Bloomberg ou le New York Times.
Allez, encore ce dessert avant la route: ses roboratives réflexions sur les suicides de banquiers.

Abracadabra, la Fed achète à tour de bras


La Réserve fédérale américaine a surpris les marchés mercredi soir en annonçant qu'elle va acheter pour 1250 milliards de dollars de bons du Trésor ou obligations d'agences gouvernementales comme Fannie Mae et Freddie Mac (qui pensent d'ailleurs verser des bonus, comme AIG, bien qu'elles soient virtuellement en faillite).
Les marchés crient bravo. Je ne suis pas un spécialiste de la politique monétaire ou macroéconomique (même si j'essaie de comprendre le processus du "quantitative easing"), mais ces histoires de ma main gauche qui prête à ma main droite (1 500 000 000 000 de francs suisses, je le rappelle), ça ne sent pas très bon. Vendredi dernier, les Chinois s'inquiétaient ouvertement à propos de leurs investissements à l'étranger, aux Etats-Unis surtout. Ils ont bien raison. OK, les States sont vraiment "much too big to fail", mais on ne me fera pas croire qu'ils peuvent exploser une dette publique déjà monumentale, imprimer des bons du Trésor à tire-la-rigo, se les racheter à eux-mêmes par un tour de passe-passe et servir leurs créanciers rubis sur l'ongle.
Soit les bons du Trésor américains (dont Brad Stetser suit la demande) connaîtront bientôt le même sort que les emprunts russes de nos arrière-grand-pères, soit les Etats-Unis se sortiront d'affaire par une pirouette que résume très bien l'expression anglaise, hélas intraduisible: "they will inflate their debt away". Autrement dit, ils laisseront se dévaluer cette dette. Ce sera la mort du Dieu dollar, mais ce sont les invités qui finiront au fond du trou.
(...)
Rajouté dix heures après la nouvelle: la réaction des analystes et ce commentaire de The Economist.

mardi 17 mars 2009

Ordre de marche

Le document ci-joint vient d'être distribué par l'Association suisse des banquiers privés (ce n'est pas l'ASB, mais les deux associations sont proches). Il est hautement instructif. Ceux qui auraient pu croire, en voyant le Conseil fédéral abolir vendredi dernier la distinction entre fraude et évasion fiscale, que le gouvernement prenait en mains le dossier du secret bancaire seront éclairés par la lecture de ce document. Ils auront compris:
1. Que la ligne politique du Conseil fédéral continue d'être dictée, disons fortement suggérée, par les banquiers. Le texte publié par les "privés" ressemble fort à un ordre de marche.
2. Que la Suisse va jouer sur le temps - beaucoup de temps, comme le dit déjà ce matin Hans-Rudolf Merz au Financial Times. Cela prendra trois ans au minimum, avec le référendum constamment brandi comme menace: "Mais le peuple suisse ne veut rien changer! Voyez nos sondages!"
Peut-être serait-il le temps d'interroger en effet le peuple suisse, mais sans attendre.
A propos d'ordre de marche, en voici un autre: il s'agit de la lettre cosignée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en vue du G20. Au chapitre des paradis fiscaux, on y lit ceci: "Nous devons travailler à un mécanisme de sanctions effectif pour se protéger des risques que font courir les juridictions non coopératives qu’il faudra désigner".

Inégalités, retour d'un concept obsolète


Un des effets sur la crise est de relancer dans les pays anglo-saxons le débat sur les inégalités, alors que ces dernières années, il s'était confiné à la France - et encore. Nicolas Sarkozy, dans sa campagne électorale, déclarait sur le plateau de France 2 qu'il "faut en finir avec l'égalitarisme", tandis qu'en Suisse, le président des banquiers Pierre Mirabaud affirmait: "l'inégalité est, par nature, la conséquence d'un surcroît de liberté. Ce n'est pas l'égalité, soit la culture de l'uniformité, mais la méritocratie, soit la culture de la performance qui conduit au succès". Egalité des chances, oui, mais pas celle du nivellement (une position intellectuelle qui, à mon avis, se défend toujours).
En période de boom, les différences de fortune et de revenus étaient admises dans la mesure où tout le monde profitait, peu ou prou, de cette richesse.
Patatras, arrive la crise, provoquée par l'incompétence manifeste de ceux-là mêmes qui s'octroyaient des bonus considérables au nom de leurs mérites auto-proclamés. Du coup, la légitimité de leurs revenus et de leur position s'effondre tandis qu'au bas et au milieu de la pyramide, le peuple se découvre plus fragile qu'il ne l'imaginait.
Sur le plan politique, l'élection de Barack Obama est la conséquence la plus spectaculaire de ce renversement de perspective, et on n'a probablement pas encore bien saisi ce que cela représente. Mais on observe que, cinquante et quelques jours après son élection, malgré les appels de plus en plus pressants de Wall Street et des Républicains pour qu'il se concentre sur l'assainissement du système financier - et cela seul - il maintient son cap, avance dans sa réforme du programme de santé, des impôts, attaque AIG et les bonus bancaires, le paradis fiscal du Delaware.
Un homme politique élu sur un programme de centre-gauche et qui s'y tient: stupéfiant, s'étonne un éditorialiste du FT!
Même à genoux économiquement, les Etats-Unis restent à l'avant-garde du débat socio-politique, et l'élection d'Obama, puis sa politique provoquent par ricochet, en Europe même, une remise en question de l'approche méritocrate que le Vieux Continent avait tardivement adoptée, non sans réticences.
Ce questionnement est très frappant dans la série d'articles que le Financial Times consacre actuellement aux racines de la crise. Peut-être tout cela sera-t-il un feu de paille autocritique, vite éteint quand viendra la reprise - c'est à mon avis le scénario le plus probable.
Mais comme la perspective de cette dernière recule de semaine en semaine (malgré les propos de Ben Bernanke hier), la discussion risque de s'étendre à court terme. La remise en cause des paradis fiscaux en est une manifestation. Une autre est le doute qui étreint soudain le centre-droit français à propos du "bouclier fiscal" qu'il avait accordé aux contribuables aisés pour éviter qu'ils ne suivent le chemin de Johnny à Gstaad.
En Suisse, où ce blog est écrit, il faut nuancer fortement la théorie des "inégalités qui augmentent". Une étude du professeur bernois Reto Föllmi montre que c'est loin d'être évident sur le long terme, quoi qu'en disent Unia ou le Rapport social 2008. En revanche, le creusement des inégalités depuis 20 ans ne semble pas contesté aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, et plus encore dans certains pays émergents comme la Turquie et la Chine bien sûr (l'OCDE a publié une étude là-dessus en 2008).
Ce n'est pas un scoop. Ce qui change, c'est qu'après Todd, Attali et Krugman, de plus en plus d'économistes y voient un facteur déclencheur de crise et soulignent le coût de ces inégalités pour l'économie (alors qu'avant, c'est le coût de la redistribution qui était mis en avant).
Comme toujours dans ce genre de situation, il faut éviter de tomber d'un extrême dans l'autre. D'où l'utilité de lire aussi cette contribution de Guy Sorman (lire "Obama à l'heure française", qui connaît par ailleurs bien la Chine - pays "communiste" où les inégalités ont le plus augmenté ces dernières années.

lundi 16 mars 2009

Qui a le plus grand plan de relance? L'OPEP

A l'approche du G20, les Américains se posent en champion du "stimulus" (825 milliards de dollars votés par le Congrès, sans compter les aides au système financier) et invitent les Européens à en faire proportionnellement autant, car sans effet multiplicateur, craignent-ils, les efforts des uns se noieront dans l'indifférence des autres. Les Chinois estiment aussi avoir fait leur part, ayant annoncé un plan à 586 milliards en novembre (incluant semble-t-il des investissements déjà annoncés avant, mais ne chipotons pas).
Mais tout cela n'est que petite monnaie par rapport à l'effort consenti par l'OPEP, a déclaré lundi Abdalla Salem El-Badri, son secrétaire général. Le plus grand plan de relance dont bénéficie la planète en ce moment, c'est le nôtre, enchaîne-t-il. Il estime à pas moins de 2000 milliards de dollars la manne dont bénéficient les pays consommateurs de pétrole à cause de la chute des prix intervenue depuis l'été 2008. C'est à peu près la somme à laquelle arrive aussi le FT en calculant une baisse à 40 dollars le baril à partir d'un niveau moyen de 100 dollars, et en se basant sur une production légèrement supérieure à 84 millions de barils/jour. L'Agence internationale de l'énergie arrivait, elle, à un montant moindre, d'environ 1000 milliards de dollars. L'équivalent d'un vrai plan Marshall, selon le secrétaire général de l'OPEP.
Et Abdalla Salem El-Bardi d'enchaîner: "Le chaos actuel a été créé dans les pays avancés. Malheureusement, il s'est étendu aux pays pauvres. Nous n'avons vu aucune action efficace des Etats responsables. Soit ils agissent très lentement, soit pas du tout. L'argent versé n'a pas atteint son but. Nous avons besoin d'action, pas de mots." Il s'en prend au passage à la Russie qui "profite de nous" (l'OPEP)en maintenant sa production tandis que le cartel se sacrifie pour éviter l'effondrement du marché.

Obama veut récupérer les bonus d'AIG "par tous les moyens légaux"

Ca chauffe autour de l'assureur américain sauvé par le gouvernement et qui s'apprêtait à distribuer plus de 100 millions de dollars de bonus, notamment à la division qui l'a mis dans la panade. Comme dans le cas d'UBS, la direction affirme y être tenue par ses engagements antérieurs. Le gouvernement semble être d'un autre avis. Derniers développements ici. Obama, pris d'un toussotement à la fin d'un discours sur le sujet, a dit que ce cas "l'étranglait de colère" (vidéo ici).
Dans la même veine, le gouvernement va demander la saisie des biens mobiliers et immobiliers du couple Madoff, inscrits pour la plupart au nom de Madame. En vrac: des actions, des parts de copropriété à New York, en Floride ou au Cap d’Antibes, dans le sud de la France, quatre voitures, un piano Steinway, un service d’argenterie ainsi que deux comptes sur lesquels se trouvent environ 63 millions de dollars (78 millions de francs), trois yachts et des vedettes de pêche.
Selon des documents rendus publics par le tribunal vendredi, le montant des avoirs de Bernard Madoff et de son épouse s’élevait à 823 millions de dollars. La tribunal n'ayant pas retenu le chef d'accusation de "complot", et Bernard Madoff ayant refusé de coopérer sur ce point, il est seul accusé.
C'est ici que j'aimerais avoir un petit gimmick, genre cliquez votre réponse à cette question: pensez-vous qu'il a agi seul, oui ou non?

Vilain, vilain OCDE! (et méchant, méchant Steinbrück!)

L'indignation en fait trembler les murs du Palais fédéral: la Suisse, membre de l'OCDE, a été informée par la presse du fameux projet de liste noire des paradis fiscaux où - shocking! - son nom figurait.
Effectivement, ce ne sont pas de bonnes manières. Pour mettre en perspective ce coup de Jarnac, il faut néanmoins rappeler que la Suisse n'est pas un membre de l'OCDE comme les autres dans le domaine fiscal. Si elle participe aux travaux, c'est - depuis des années - pour bloquer des quatre fers, empêcher toute avancée et, si besoin est, se retirer du jeu quand il s'agit de signer un document final qui ouvrirait un soupçon de début de brèche à propos d'évasion fiscale. En coulisses, on se félicitait chaudement chaque fois que l'OCDE se mettait à patiner sur ce dossier. Votre serviteur a encore dans l'oreille le ricanement triomphal d'un représentant des banques après l'échec d'une réunion aux antipodes, il y a quelques années.
Certains diplomates sentaient mieux que d'autres venir le vent. Ainsi Jacques de Watteville dans cette interview. Il y disait notamment ceci:

"Q: L'Union européenne (UE) s'impatiente de négocier la fiscalité de l'épargne. Et au sein de l'OCDE, on va jusqu'à évoquer - en coulisses pour l'instant - une mise à l'écart de la Suisse si elle devient un des derniers pays refusant l'accès aux informations bancaires en matière fiscale. Pourquoi ce durcissement?

Jacques de Watteville: Beaucoup de choses ont changé ces dernières années. La globalisation des marchés financiers nécessite un renforcement de la coopération internationale. Les attentats du 11 septembre 2001 ont modifié l'approche de l'administration américaine en matière de transparence des flux financiers, comme le montre le Patriot Act. Par ailleurs, l'OCDE entre dans le vif de son action visant à lutter contre la concurrence fiscale dommageable, notamment dans les «paradis fiscaux». Ceux-ci sont menacés de sanctions s'ils ne coopèrent pas en obtenant et échangeant les informations requises pour la taxation. Le ton s'est effectivement durci. Il faut s'attendre à ce que l'OCDE, surtout les pays du G7, veuille aller plus loin dans l'accès aux informations bancaires et leur échange entre pays membres pour lutter contre l'évasion fiscale. Une partie très délicate commence pour la Suisse."

Petite précision: cette interview a été publiée le 16 mars 2002, il y a sept ans jour pour jour. Et dire qu'il y en a qui font semblant d'être surpris.

Sur ce sujet encore, la hache de guerre est vraiment déterrée entre le Conseil fédéral et le ministre des finances allemand Peer Steinbrück. Ce dernier a déclaré au journaliste Peter Balzli du téléjournal alémanique qu'il "n'y a jamais eu de liste noire" mais qu'il s'agissait d'un "instrument pour effrayer les Indiens".
La squaw en chef Micheline Calmy-Rey a modérément apprécié. A sa mèche légendaire, elle a ajouté quelques peintures belliqueuses et convoqué illico presto l'ambassadeur d'Allemagne pour explications. C'est la deuxième fois en quelques mois. le brave homme finira par connaître le chemin de Canossa.

Sur le même sujet toujours (après on passe à autre chose, promis), l'éditorial du nouveau rédacteur-en-chef de l'Agefi, François Schaller. La thèse est surprenante. Le secret bancaire n'est plus qu'une coquille? Qu'à cela ne tienne, faisons-la reluire et protégeons-la par vote populaire dans l'écrin rouge de la Constitution. La question à laquelle ne répond pas cet éditorial: est-ce qu'à l'étranger on sera dupe de la manoeuvre?

Bernanke: la reprise en 2010, si...


Reuters résume l'interview donnée dimanche par le président de la Réserve Fédérale américaine à "60 minutes" sur CBS. L'information intéressante, me semble-t-il, n'est pas sa prudente prévision que la récession se calmera à la fin de cette année (contrairement à Nouriel Roubini qui voit la récession se prolonger en 2010), mais la condition qu'il met à un retournement de situation: son plus grand souci, ajoute-t-il, est le "manque de volonté politique" pour consolider le système bancaire encore fragile. Sans soutien plus énergique, avertit Ben Bernanke, pas de reprise.
En disant cela, le patron de la Fed critique indirectement... le président des Etats-Unis, Barack Obama. Car l'élu démocrate a encore répété la semaine dernière devant un parterre d'hommes d'affaires que la santé du système financier est certes une des préoccupations majeures de son administration, mais qu'il n'a pas été élu que pour cela. Et de rappeler les projets ambitieux lancés dans le domaine de l'éducation, la santé et l'énergie "verte".
"Bullshit!", répondent en substance les Républicains, qui ne voient derrière ces programmes que l'augmentation vertigineuse de la dette et préféreraient que la Maison-Blanche se concentre sur les urgences, donc sur Wall Street, qui est aussi plus proche de leur base électorale que de celle des démocrates. (Au sujet des banques et de leur sauvetage, par nationalisation ou non, lire aussi ceci.)
On peut s'attendre à ce que ce débat monte en puissance ces prochains temps, arbitré par les résultats des banques. Citi et Barclays ont plutôt rassuré les marchés qui sont tout guillerets depuis une semaine, Roubini avertit que ce sera un feu de paille.
Pour relativiser aussi l'embellie boursière, les derniers chiffres de la production industrielle américaine tombés aujourd'hui montrent une baisse de 11,2% sur un an.

UBS se donne du lest

Exit Ernesto Bertarelli, Gabrielle Kaufmann-Kohler et Joerg Wolle. UBS se dote de trois administrateurs de poids (communiqué ici): Michel Demaré (ex-CFO et CEO d'ABB), Ann F. Godbehere, une Britannique qui a démêlé l'écheveau Northern Rock en 2008, et Axel P. Lehmann, chief risk officer de Zurich Financial. On reprochait au conseil d'administration de la banque un certain dilettantisme. Avec ces nominations, il se renforce sensiblement. Ajoutez le ménage que semble en train de faire Oswald Grübel dans la hiérarchie trop compliquée: ce sont les premières bonnes nouvelles pour UBS depuis pas mal de temps.

dimanche 15 mars 2009

L'Europe de l'Est en danger, une manipulation anglo-saxonne?

C'est en tout cas la conviction du GlobalEurope Anticipation Bulletin, qui s'en explique ici. J'avais évoqué dans un précédent message et dans une analyse du Temps (article non archivé, sorry) le fort endettement des nouveaux membres, leurs problèmes immobiliers et la fragilité de leurs industries. Pour le GEAB, les chiffres articulés ne tiennent pas compte de la taille (relativement) réduite du PIB de ces pays face à celui de la zone euro. Ce n'est la queue qui fera bouger le chien, dit-il. Cela étant, les difficultés des Lettons et des Hongrois me paraissent bien réelles - manip' ou pas.

Comptes privés étrangers en Suisse: 2150 milliards de francs

... C'est l'estimation que fait l'Association des banquiers elle-même, selon la NZZ am Sonntag. Le chiffre (incluant davantage de "faux institutionnels" qu'on ne le pensait jusqu'ici) est plus de deux fois supérieur à celui figurant dans les statistiques de la Banque nationale, dont j'avais parlé dans un précédent message. En admettant qu'une bonne moitié sont au noir, une sérieuse hémorragie menace la place financière suisse. A un détail important près toutefois: comme la plupart des autres centres offshore ont fait les mêmes concessions ces derniers quinze jours, l'exode vers Singapour ou le Luxembourg paraît plus difficile. Reste bien sûr le rapatriement dans le pays d'origine, mais cela dépendra aussi des accord bilatéraux d'assistance qui seront (re)négociés.

La France et les paradis fiscaux

Mon camarade de travail Fred signale ce dossier d'Alternatives économiques sur les sociétés françaises du CAC 40 qui entretiennent un réseau de filiales à l'étranger pour des raisons fiscales. La Suisse est au 3è rang derrière les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Les chiffres en eux-mêmes ne disent pas grand chose, toute filiale ne cache pas forcément une astuce pour payer moins d'impôts. Néanmoins, c'est une vieille tradition des sociétés françaises (automobiles par exemple) que d'établir des branches "finance" en Suisse, à Fribourg il y a quelques années, pour des raisons qui ne sont pas liées qu'au climat. Cela n'empêchera pas Nicolas Sarkozy de tirer à boulets rouges sur les centres offshore au G20.

Amin Maalouf, lecture du week-end

"Le dérèglement du monde", un essai d'Amin Maalouf (Grasset). L'économie n'y occupe pas une place centrale. Elle est moins importante, par exemple, que des réflexions sur les rapports entre religieux et politique, ou les échecs du nationalisme arabe. Mais c'est un point de vue extrêmement clair, synthétique et non-occidental sur les défis d'aujourd'hui. A chaud, j'en retiens deux idées:
"Ma conviction profonde, c'est que l'on accorde trop de poids à l'influence des religions sur les peuples, et pas assez à l'influence des peuples (et de la politique, c'est moi qui ajoute), sur les religions." Dit comme ça, c'est un peu sybillin, mais pour les lecteurs pressés, c'est dans le chapitre "les certitudes imaginaires". Stimulant.
L'autre idée, c'est que le succès ou l'échec (sanglant) de ce siècle se jouera sur les immigrés et le sort qui est le leur dans les pays développés. C'est dans le chapitre suivant.
Sur la légitimité du modèle américain et, plus largement, du capitalisme, ces lignes: "En devenant l'unique modèle, le capitalisme a perdu un détracteur utile, probablement irremplaçable, qui le critiquait constamment sur son bilan social, qui le titillait sur le droit des travailleurs et sur les inégalités. Et même si lesdits droits étaient moins respectés dans les pays communistes que dans la plupart des pays capitalistes, même si les syndicats y étaient plus étroitement muselés, le seul fait d'avoir cette contestation, cette pression permanente à l'intérieur de chaque société, obligeait le capitalisme à se montrer moins inégalitaire, plus attentif à leurs travailleurs et à leurs représentants; ce qui était un correctif nécessaire, au plan éthique, au plan politique, et même, en fin de compte, pour une gestion rationnelle et efficace de l'économie de marché.
"Privé de ce correctif, le système a rapidement dégénéré, comme un arbuste qu'on aurait cessé de tailler, et qui serait revenu à l'état sauvage. Son rapport à l'argent est devenu obscène."
La question qui sous-tend ce livre est de savoir si nous avons atteint notre "seuil d'incompétence morale". Elle est plus intéressante que le bla-bla pseudo-rassurant du G20.

En souvenir d'Alain Bashung ("Comme un Lego")


C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
Et tous ces petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petits ou grands
Comme durant des siècles egyptiens
Péniblement

A porter mille fois son point sur le "i"
Sous la chaleur et sous le vent
Dans le soleil ou dans la nuit
Voyez-vous ces êtres vivants ? {x3}

Quelqu'un a inventé ce jeu
Terrible, cruel, captivant
Les maisons, les lacs, les continents
Comme un légo avec du vent

La faiblesse des tout-puissants
Comme un légo avec du sang
La force décuplée des perdants
Comme un légo avec des dents
Comme un légo avec des mains
Comme un légo

Voyez-vous tous ces humains
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront ?

Car si la Terre est ronde
Et qu'ils s'y agrippent
Au-delà, c'est le vide
Assis devant le restant d'une portion de frites
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

{x2:}
Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un légo mais sans mémoire {x3}

Pourquoi ne me réponds-tu jamais
Sous ce manguier de plus de dix mille pages
A te balancer dans cette cage ?

A voir le monde de si haut
Comme un damier, comme un légo
Comme un imputrescible légo
Comme un insecte mais sur le dos

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
On regarde, on regarde, on regarde dedans

On voit de toutes petites choses qui luisent
Ce sont des gens dans des chemises
Comme durant ces siècles de la longue nuit
Dans le silence ou dans le bruit {x3}

vendredi 13 mars 2009

Dans le cirage


Entendu ce matin du vendredi 13 mars Fulvio Pelli à la Radio suisse romande. Cet aimable cycliste est aussi président du parti libéral-radical suisse. Il s'exprimait sur le secret bancaire, bien sûr, tout le pays étant en attente d'une fumée blanche ou noire sortant du Palais fédéral à ce sujet.
Qu'avait à dire Fulvio Pelli sur cette question? Que la Suisse ferait bien de s'inspirer des trusts anglo-saxons pour continuer de protéger les fuyards du fisc et ainsi "défendre sa place financière".
Voilà. La finance mondiale est en ruines, l'économie globale en récession, le capitalisme vit sa plus forte remise en question depuis la chute du Mur de Berlin, les chefs d'Etat, les économistes et les chefs d'entreprises cherchent à le rebâtir sur des bases plus saines. Et le président du parti libéral-radical promène son grand manteau au milieu des décombres, comme les vendeurs au noir qui cherchaient en 1945 le meilleur moyen de gagner encore quelques sous sur le dos des autres.
Il fut un temps où le parti radical suisse (sans adjonction "libéral-") incarnait une vision supérieure de l'intérêt collectif. Il est devenu un parti de domestiques, de cireurs de pompes. Tout étonné de recevoir des coups de pied au cul dans cette nouvelle fonction, Fulvio Pelli a une idée de génie: changeons de marque de cirage.

jeudi 12 mars 2009

Guerre monétaire


La Banque Nationale Suisse ouvre une "guerre monétaire", estime le Financial Times, en décidant d'"empêcher une appréciation substantielle du franc face à l'euro" et en augmentant "substantiellement" la liquidité par l'achat de devises sur le marché des changes (voir son communiqué).
Au moment où tout le monde dénonce le retour au protectionnisme par les droits de douane ou autres limites aux importations, ce geste de la BNS sera modérément apprécié par les pays du G20 dont la Suisse attend par ailleurs mansuétude et compréhension à propos de son laxisme face à l'évasion fiscale.
Mansuétude, vous avez dit mansuétude? Voyez tomber les dominos à Andorre, au Liechtenstein, en Belgique. Au rythme où ça va, la liste noire du G20 ne comportera bientôt qu'un nom.
(...)
Rajouté lundi 16 mars: un commentaire intéressant sur la question traduit par Le Monde

mercredi 11 mars 2009

Pain, pétrole et corruption

Si vous avez raté le passionnant documentaire d'Arte qui décortique les scandales du programme "Pain contre nourriture" infligé à l'Irak avant et après la chute de Saddam, il est encore visible quelques jours sur ce lien. Il démonte le mécanisme consistant à appliquer l'étiquette "humanitaire" et le sceau de l'ONU sur un des plus grands détournements de fonds de tous les temps (plusieurs dizaines de milliards de dollars au total). Une seule scène, vers la fin, vaut de visionner tout le film: un fonctionnaire américain en Irak explique comment il a joué au football avec des liasses de deux millions de dollars dans son bureau. De l'argent pris aux Irakiens, stocké à Genève (BNP Paribas) puis à New York, ramené à Bagdad par avions cargos, entassé dans une cave et distribué de main à main, sans contrôle, à des sociétés américaines qui volaient ouvertement les biens du pays et n'avaient pas la moindre compétence pour la tâche qui leur avait été attribuée et payée.
Il y a eu une enquête officielle de la commission Volcker, le très redoutable ex-président de la Fed (les Suisses en savent quelque chose avec l'affaire des fonds en déshérence). Sauf que le bon M. Volcker explique benoîtement devant la caméra que son mandat ne s'appliquait qu'à une partie des détournements et pots-de-vin, la plus petite. Tout ce qui touche au pillage par les Etats-Unis et ses complices irakiens a été laissé de côté. C'est ce qu'on appelle l'esprit d'investigation à géométrie variable.
D'où l'intérêt de ce reportage, parfois un peu agaçant dans sa mise en scène, mais costaud par le nombre d'interlocuteurs rencontrés.

mardi 10 mars 2009

Suivez ceci

Honneur au Financial Times. Ce journal économique qui a toujours défendu la globalisation ouvre un débat en profondeur sur l'avenir du capitalisme dans la perspective du prochain G20. Le blog correspondant est ajouté à liste dans la colonne de droite, mais il mérite une mention spéciale. Voilà qui est fait.
N'oublions pas Le Monde, avec ce blog et pas mal d'interventions de lecteurs sur la refondation du capitalisme.
Enfin, ce débat de Tne Economist sur la question "Sommes-nous tous keynésiens maintenant?"

Et encore un (petit) signe que les afffaires pourraient reprendre

Ici.

Secret bancaire et trusts

Le Temps a publié un intéressant dossier sur les trusts de droit anglo-saxon comme outil d'évasion fiscale, plus efficaces que les traditionnels comptes bancaires dont la discrétion est de moins en moins garantie.
L'avenir est-il aux trusts? Peut-être. En attendant, le WSJ annnonce que la banque liechtensteinoise LGT vend sa division trusts. La banque confirme sur son site.

Des nouvelles de Malaysiakini.com

Un article de la NZZ fait le point sur ce site créé il y a dix ans. Particularité: à contre-courant de la tendance générale, il a choisi de faire payer son contenu. Le lectorat s'est alors effondré de 200 000 à 10 000. Le site a survécu tant bien que mal, grâce à l'aide d'un investisseur, le Media Development Loan Fund qui a injecté 400 000 francs. Malaysiakini.com est rentable depuis quatre ans, facture 5 dollars par mois pour son contenu et compte aujourd'hui 20 000 abonnés servis par 24 journalistes. Tenir compte aussi du contexte politique particulier de la Malaisie, où des sites comme celui-ci ouvrent l'éventail des opinions par rapport à une presse écrite très contrôlée. Le parti au pouvoir a subi le 8 mars dernier une défaite historique, et ce jour-là, le site malaysiakini.com a eu presque un million de visiteurs.

Proches d'un retournement?


Tandis que le président du FMI Dominique Strauss-Kahn s'aligne sur Banque mondiale pour annoncer que la croissance économique globale sera négative en 2009, les banquiers centraux réunis mardi à Bâle glissent une note d'optimisme dans ce concert aux tonalités sombres.
"Nous approchons du moment où il pourrait y avoir un retournement", a déclaré mardi Jean-Claude Trichet, président de la BCE, citant un léger rebond sur le marché des obligations d'entreprise. Le Wall Street Journal rapporte ses propos et donne quelques chiffres ici. Les indices boursiers sous-estiment l'importance des efforts fournis ces derniers mois par les gouvernements, estime Jean-Claude Trichet.
En écho à ses propos, le CEO de Citigroup Vikram Pandit annonce que la banque américaine réalisera son meilleur trimestre depuis 2007, après avoit totalisé 37,5 milliards de dollars de pertes en cinq trimestres. "Je suis très encouragé par la marche de nos affaires en 2009", déclare-t-il (lire son mémo aux employés ici). Mardi à la bourse de New York, l'action Citi gagnait plus de 40%.
Retour à Jean-François Trichet: Jean-François Couvrat lui envoie une volée de bois vert sur son blog à propos des appels à la baisse des salaires (publics en particulier) lancés par le président de la BCE, pour améliorer la compétitivité européenne. Pour Couvrat, le conseil est aussi peu avisé que l'était la politique déflationniste du gouvernement Laval dans les années 30. Ce qui est rigolo dans ce message, c'est la reproduction d'une première page du Temps - pas celui édité à Genève, mais celui qui portait dans l'Hexagone de l'entre-deux guerre la voix des grandes dynasties industrielles françaises. O nostalgie...

lundi 9 mars 2009

Un gadget qui n'a rien à voir mais qui met un petit rayon de soleil dans la grisaille


Ceci n'est en principe pas un blog technophile, plutôt un très sérieux espace de réflexion sur la crise et la globalisation, n'est-ce pas. Mais voilà, il y a parfois de petites trouvailles qui méritent de déroger à la règle, car elles permettent de penser que le génie inventif humain finira toujours par vaincre les circonstances adverses.
En connaissez-vous une qui soit plus contrariante que la batterie du téléphone mobile qui déclare forfait au moment où on en a absolument besoin? Ulysse Nardin a peut-être trouvé une réponse à la fois élégante et simple au problème: une masse oscillante fonctionnant comme celle qui remonte les montres automatiques! Sur la photo, c'est joli comme tout. Apparemment réservé à des happy few pour le moment. Reste aussi à voir si ça rend le téléphone vraiment autonome dans la vie réelle. (...)
Petit suivi de l'info: en fait, il semble que le rotor n'alimente qu'une batterie de secours. Comme le relève par ailleurs un collègue, le système d'alimentation électrique par masse oscillante n'est pas nouveau: il a été développé par Seiko dans les années 80. Bref, on est plus proche du gadget pour PDG snob que de la réelle innovation.

Nationaliser les banques?

Quelques notions de base ici, et un article du Monde résumant les enjeux ici.
A mon avis, c'est un débat sur le sexe des anges. Je parie qu'il n'y aura pas de nationalisation au sens strict du terme, parce que cela soulèverait trop de questions concurrentielles et de tourments politiques, mais dans les faits, c'est bien à une prise de contrôle public de plus en plus large du système bancaire à laquelle on assiste. Le moins qu'on puisse dire étant qu'elle ne se déroule pas de façon transparente. C'est probablement inévitable, mais les questions écartée aujourd'hui se poseront quand les Etats lourdement endettés devront remettre sur le marché tout ou partie de ce qu'ils ont financé dans l'urgence.

Et le gagnant est...


...le dollar, pour l'instant. Peu importe que les Etats-Unis soient l'épicentre de la crise, que l'activité y ait ralenti de 6,2% en rythme annuel au dernier trimestre 2008, que trois millions d'emplois y aient été détruits depuis octobre et que le déficit public budgeté pour 2009 atteigne des montants stratosphériques. Quand tout va mal et que l'argent frileux cherche un dernier havre de paix où se pelotonner, c'est encore vers l'Oncle Sam qu'il se tourne. L'an dernier, le billet vert s'est apprécié de 13% face aux principales monnaies, et les achats de bons du Trésor américain par des étrangers ont augmenté de 456 milliards de dollars.
Plus dure sera la chute, disent les Cassandre. En attendant, les investisseurs semblent penser que les Etats-Unis sont vraiment "much too big to fail" et qu'ils finiront bien par rebondir.

Et les perdants sont...

La Banque Mondiale prédit une récession globale pour 2009. Jusqu'ici, on s'attendait plutôt à une stagnation, la croissance des pays émergents devait compenser de justesse la réduction d'activité dans les économies développées. Ainsi, le FMI pronostiquait une faible croissance de 0,5% pour l'année en cours.
La BM est plus pessimiste. Le commerce mondial connaîtra son plus grand recul depuis 80 ans, écrit-elle, la production industrielle reculera de 15% en rythme annuel, et le monde connaîtra sa première récession depuis la seconde guerre mondiale.
Ses prédictions sont publiées pour préparer le sommet du G20 le 2 avril, et son président Robert Zoellick en appelle à un "effort global" pour éviter en particulier que les pays les plus pauvres soient particulièrement touchés. Sur 116 pays en développement, 94 ont vu leur croissance diminuer depuis le début de la crise, et 43 sont dans un état de grande pauvreté. Selon la BM, elle entraînera une réduction des flux de capitaux de plusieurs centaines de milliards de dollars.
"Pratiquement tous les pays à bas revenus connaissent de sérieux problèmes", confirme Eswar Prasad, un ancien du FMI travaillant pour la Brookings Institution à Washington. Les fonds privés investis dans les pays émergents ont baissé de 927 milliards de dollars à 466 milliards en 2008, et ne devraient pas dépasser 165 milliards cette année selon l'Institute of International Finance.
"L'Europe de l'Est ressemble terriblement à l'Asie des années 90", dit l'économiste Brad Setser. La différence, c'est que l'économie mondiale connaissait alors une bonne croissance, tandis qu'aucun bloc n'est épargné aujourd'hui.

dimanche 8 mars 2009

Exit, l'argument Singapour

Que se passera-t-il si le secret bancaire est aboli en Suisse? L'argent s'envolera par milliards direction Singapour, où le secret bancaire reste très bien protégé, entend-on souvent à Genève ou Zurich.
Entendait-on. Car selon le Financial Times de vendredi, le ministre des finances de Singapour serait prêt à rendre son pays "OCDE-compatible" d'ici l'été en matière d'échange d'informations pour "conserver son statut de place financière fiable".
Un argument de moins pour la place financière suisse dans son combat de plus en plus solitaire face au G20.
Enfin, Hans-Rudolf Merz rencontre les Autrichiens et les Luxembourgeois ce dimanche. Tremble, cartel fiscal!

Boîte de Pandore

Kaspar Villiger, qui s'était attiré les louanges des banquiers comme ministre des finances en déclarant que le secret bancaire n'était pas négociable, se montre plus arrangeant comme nouveau président du conseil d'administration d'UBS. Il aurait "de la compréhension" pour l'élargissement de l'entraide judiciaire et administrative face à l'évasion fiscale, déclare-t-il à la SonntagsZeitung, ce qui soulagerait d'une "énorme pression" la banque aux destinées de laquelle il préside dorénavant.
Puisqu'il devient de plus en plus clair que l'actuelle distinction helvétique entre fraude et évasion fiscale va être redéfinie, il vaut la peine de relire cette analyse qu'en faisait le fiscaliste genevois Xavier Oberson, qui est d'ailleurs un des experts nommés la semaine dernière par le Conseil fédéral.
Le coeur du raisonnement qu'il tenait dans la Lettre du groupement des banquiers privés genevois pas plus tard qu'en mai 2008 est le suivant: en supprimant cette distinction, "c'est le bien-fondé de l'impôt anticipé que l'on remet en cause. Il perdrait en effet son rôle de garantie, pour le moins lorsque les bénéficiaires sont des résidents suisses, dans la mesure où les autorités fiscales auraient accès aux comptes bancaires des contribuables en cas de soustraction d'impôt."
Sur la base des conventions de double imposition conclues notamment avec les Etats-Unis et l'Union européenne, le fisc étranger "pourrait également obtenir de telles informations".
"A terme, c'est l'ensemble du système qui serait remis en question. L'impôt anticipé, notamment s'agissant des résidents suisses, aurait en effet perdu toute justification. Il en irait de même de certains impôts, pourtant plus éloignés des préoccupations liées au secret bancaire, tels que le droit de timbre de négociation ou de l'impôt sur la fortune. Enfin, il paraît évident que tout le droit pénal fiscal de la Suisse devrait être fondamentalement réformé."
Bref, on ouvrirait une vraie "boîte de Pandore", hypothèse qu'à l'époque, Xavier Oberson ne semblait pas tenir pour souhaitable, sans le dire explicitement. Il sera intéressant de voir si ses conséquences sont tout de même étudiées plus avant par le groupe d'experts dont il fait partie.
L'idée d'un traitement différencié pour les contribuables suisses et étrangers, agitée un temps par le socialiste Alain Berset, semble avoir fait long feu, pour des raisons tenant au principe de non-discrimination et à la faisabilité.
Le coeur du problème, me semble-t-il, est l'ampleur de l'aide judiciaire ou administrative que la Suisse accordera aux Etats étrangers. Parle-t-on d'échange automatique d'informations, auquel cas le secret bancaire serait effectivement enterré, sans garantie de contrepartie crédible de la part de nos partenaires? On autoriserait alors les "fishing expeditions", parties de pêche où le fisc étranger pourrait laisser traîner ses filets à mailles fines dans les banques suisses sur la base de vagues soupçons. Connaissant notre perfectionnisme, ce serait se mettre en slip devant les autres, comme dirait l'avocat genevois Dominique Warluzel, sans réciprocité.
Une autre solution serait de fixer un plancher pour les montants justifiant cette entraide (500 000 francs? 1 million?). Une autre encore serait de préciser le degré minimum de soupçons justifiant l'entraide et de faire en sorte que les décisions, y compris les recours ultimes, soient applicables dans un délai raisonnable (pas plus d'un an, par exemple).
Pour rebondir sur les propos et aux craintes de Xavier Oberson, derrière chaque crise se cache une opportunité, entend-on souvent ces jours. Celle du secret bancaire offre l'occasion de revoir et peut-être de simplifier le droit fiscal suisse - on sait que Hans-Rudolf Merz est un grand amateur de simplification, en théorie en tout cas.
Un des arguments brandis en faveur du statu quo par les milieux bancaires (sans étude chiffrée pour l'étayer, d'ailleurs)est que grâce à sa souplesse et au principe de confiance sur lequel il repose, la morale fiscale des Suisses est excellente. Vraiment? Lisons à ce sujet les récentes observations faites par l'ancien procureur genevois Bernard Bertossa dans Le Temps:
"A l’occasion des enquêtes pénales que nous avons conduites, le constat a été fait que le fisc suisse lui-même était très largement spolié à la faveur des pratiques d’évasion organisées par des contribuables, personnes physiques ou entreprises. Si des sommes importantes ont pu être récupérées, c’est grâce aux informations bancaires que l’administration fiscale a pu obtenir en accédant aux dossiers pénaux, comme elle en a heureusement le droit."
A un autre argument, celui de la défense de la sphère privée, Bernard Bertossa répond ceci: "La banque est devenue un service public, en mains de personnes privées que je n’ai pas choisies et sur lesquelles je n’ai aucun contrôle. Leur obligation de secret ne présente pas pour moi une garantie supérieure au secret de fonction auquel les agents du fisc sont soumis."
Je trouve intéressant la notion de "service public en mains privées".