mardi 3 novembre 2009

Le climat, la nouvelle tirelire du Sud

Assisté l'autre jour à un débat d'Alliance Sud, qui regroupe les oeuvres d'entraide suisses, à propos du sommet de Copenhague sur le climat. Quand je dis débat, c'est une formule de politesse: les trois heures de discussion ressemblaient davantage à un prêche pour convertis.
L'aide au développement est aujourd'hui passée de mode, plus vraiment nécessaire dans les économies dites "émergentes", critiquée pour son inefficacité ailleurs. Mais bingo, voilà que surgit le réchauffement climatique! Un danger? Une aubaine, oui. Vu du Sud, il ressemble à une gigantesque tirelire - 160 milliards de dollars par an selon le chiffre articulé par une participante au débat.
A quoi correspond-il? A l'estimation des mouvements tiers-mondistes sur les transferts annuels de fonds Nord-Sud nécessaires pour éviter que le réchauffement de la planète excède deux degrés d'ici 2050. Si vous leur demandez gentiment, ils vous décortiqueront même ce montant en différents sous-chapitres, comme si tout cela avait été calculé avec une précision scientifique.
Je désire comme tout le monde éviter que nos enfants héritent d'une planète en forme de sauna, et contribuer dans la mesure du possible à aider au décollage du Sud. Mais le mélange des deux objectifs dans une sorte de foi missionnaire est une recette pour le désastre. C'est la porte grande ouverte à des méga-magouilles en regard desquelles les scandales passés de l'aide au développement passeront pour des peccadilles. Dans le débat, une participante a analysé l'exemple de la déforestation et montré à quel point l'enfer y est pavé de bonnes intentions. Au nom de la "gestion des forêts", concept élastique englobant aussi bien la préservation de la diversité biologique que la monoculture intensive et écologiquement catastrophique, on subventionne déjà des absurdités. Le négoce des quotas de carbone a donné lieu à des scandales, avec la bénédiction de consultants dont les revenus sont proportionnels au nombre de projets auxquels ils apportent leur bénédiction.
Entre les pays du Nord, pollueurs historiques, et ceux du Sud, qui ont compris qu'ils avaient quelque chose à monnayer, je crains que Copenhague débouche sur l'accord du moindre effort et des bonnes combines. J'espère me tromper, mais ce que j'ai entendu l'autre jour ne me rassure pas.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire