"Un deal qui pue": c'est ainsi que The Economist avait présenté le sauvetage d'Opel Allemagne, en septembre, par un gouvernement en pleine campagne électorale qui n'osait pas annoncer le sacrifice de 25 000 emplois liés au constructeur automobile. Le deal en question consistait à injecter 4,5 milliards d'euros d'argent public - 180 000 euros par emploi si je sais bien compter - et à vendre 55% de la société à un consortium formé de Magna, un fabricant austro-canadien de composants automobiles, et de Sberbank, la plus grande banque de détail russe.
Comme le décortiquait justement l'hebdomadaire britannique, c'était un arrangement dicté par la myopie électoraliste et les copinages politico-syndicaux, défiant toute logique industrielle - le secteur automobile européen, mondial souffre de surcapacité, et l'intervention du gouvernement allemand n'y change rien. C'était surtout une atteinte crasse aux règles de concurrence de l'Union européenne que n'ont pas manqué de dénoncer les concurrents évincés qui avaient aussi fait une offre sur Opel (dont Fiat) et les trois autres pays où Opel a des usines: Grande-Bretagne, Belgique, Espagne.
Fort heureusement, il y a une forte femme en Europe. Elle ne s'appelle pas Angela Merkel, mais Neelie Kroes. La commissaire européenne à la concurrence n'a pas attendu le résultat des élections allemandes pour envoyer à Berlin une lettre où elle disait dans les termes les plus clairs que le deal puant autour d'Opel contrevenait aux règles les plus élémentaires de l'UE en matière de concurrence. L'Allemagne a tenté de faire bonne figure tout en s'agitant en coulisses pour gagner d'autres pays à sa petite manoeuvre.
Et hier soir, patatras: General Motors, la maison-mère d'Opel, a annoncé dans un spectaculaire tête-à-queue qu'elle ne vendait plus Opel, mais va conserver et restructurer ses opérations européennes. L'explication officielle est que le marché automobile présente quelques timides signes de reprise et que l'Europe reste un marché important pour GM. J'y vois une autre raison: GM savait que son accord pourri avec l'Allemagne allait dans le mur, ou en tout cas au devant de grandes difficultés, et a préféré reprendre la main avant d'être forcé à le faire par d'autres.
Angela Merkel a l'air assez bête au milieu de tout cela (elle faisait justement des courbettes à Obama hier) et l'a bien mérité. On tombe régulièrement à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy quand il débarque avec ses 46 fillette pour défendre ses "champions nationaux", mais les Allemands ne valent pas mieux.
Tout aussi embêtés, sans l'avoir vraiment mérité, sont les Russes, qui comptaient sur cette opération pour amener du sang frais à une industrie automobile nationale passablement dévastée.
Quant au problème de fond, il subsiste: Opel aurait deux fois trop d'usines, disent les spécialistes, et ce n'est pas le seul constructeur dont l'appareil industriel dépasse les besoins.
Pendant ce temps, Warren Buffett investit dans le train.
Worrying About Bailout Banks' Brain Drain
Il y a 2 jours

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