mercredi 7 octobre 2009

"Pays émergents", un concept obsolète victime de son succès

8 milliards de dollars: c'est la somme levée par la branche brésilienne de la banque Santander pour sa mise en bourse. Il s'agit de la plus grosse opération de ce genre depuis longtemps, elle devance celle de China Construction Engineering à Shanghai en juillet (7,3 milliards). Le montant valorise Banco Santander Brazil au même niveau que Deutsche Bank ou Société Générale.
La nouvelle est symptomatique de la montée en puissance des marchés émergents. Ils ont mieux résisté à la crise (à part la Russie) que les pays développés, la Chine et le Brésil en particulier donnent des signes de redémarrage.
Du coup, les investisseurs se demandent s'ils en ont assez dans leur portefeuille. Les caisses de pension allouent en moyenne 5% de leurs avoirs aux pays émergents, alors que la part de ces derniers au produit mondial atteint aujourd'hui 30%. Les fonds centrés sur les émergents sont passés de 64 milliards de dollars au total en 1999 à 563 milliards aujourd'hui selon les données d'EPFR Global - ce qui reste peu par rapport au volume de 4400 milliards dans les pays développés.
Les effets de mode étant ce qu'ils sont, tout le monde a les yeux rivés sur le Brésil de Lula, qui vient de ravir les JO d'été de 2016. Un gérant de hedge fund cité par le Financial  Times va jusqu'à  affirmer que le Brésil représente aujourd'hui moins de risque que l'Italie, dont l'économie s'effondrerait en cas de sortie de la zone euro.
Le risque, une fois de plus, est... de s'aveugler face aux risques. Tony Jackson, dans le Financial Times toujours, rappelle que la route des investisseurs dans les pays émergents a été parsemée de nids de poule depuis les années 70. Celui qui y aurait investi en 1997 aurait gagné moins, dans les huit années suivantes, qu'en plaçant son argent dans les économies développées. Les optimistes clament que "cette fois, c'est différent": la phrase annonciatrice de toutes les bulles. Les prudents regarderont de plus près chaque cas particulier.
Le concept de "pays émergents" est effectivement devenu obsolète, il recouvre aujourd'hui des situations trop différentes d'une région à l'autre. Ceux qui y fourrent tout et n'importe quoi, en particulier en matière  de portefeuille, ne peuvent susciter que la méfiance. Les analystes et investisseurs moins paresseux s'intéresseront davantage aux détails.

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