mardi 13 octobre 2009

Frank Vandenbroucke est mort...

...de même que le médecin du sport Daniel Blanc. Le second est moins connu que le premier, mais les deux étaient réunis par la passion du vélo. Les causes du décès du second sont connues (cancer). Celles du premier pas encore. Donc j'avance à pas feutrés.
Daniel Blanc, personnage plutôt sympathique et fort en gueule (je l'ai rencontré une fois) militait pour un dopage du peloton sous contrôle médical. Voici son argument, repris par 24 Heures du jour: "Du moment que le Tour de France est un spectacle, arrangeons cela comme un spectacle! La question fondamentale serait d'admettre que les coureurs sont là pour faire un spectacle, donc un certain nombre de performances. Il faut réfléchir à ce problème: de quoi ont-ils besoin pour faire ce spectacle que nous, spectateurs, nous désirons? Et leur donner, sous contrôle médical et sans danger pour eux, en les protégeant, de quoi faire ce spectacle."
Daniel Blanc tenait ce discours, disait-il, pour faire avancer le débat.
Première gêne: son porte-monnaie de médecin sportif se remplissait évidemment en fonction de "l'avancement" de ce débat.
Deuxième gêne: Daniel Blanc attribuait aux spectateurs du cyclisme des "désirs" qu'il décrétait sans leur demander leur avis.
Mais le caillou qui dérangeait le plus dans sa chaussure cycliste était évidemment l'exemple donné aux jeunes. Il l'évacuait ainsi: "La grande ambiguïté, aujourd'hui, c'est que l'on veut faire croire que le sport est un modèle pour les jeunes, mais ce n'est plus un modèle."
Ah bon? Il leur avait demandé leur avis, aux jeunes?
Il se trouve que le sport est utilisé à toutes les sauces pour les éduquer, les jeunes. A la fraternité entre peuples, à la vie saine, à la lutte contre l'obésité... Mais dès qu'on passe aux choses sérieuses, aux compétitions qu'on regarde à la télé, il faudrait leur dire: "Attendez, stop! Là, il ne s'agit plus du tout du même sport, c'est tout de la frime, ces gars superpayés que nous vous défendons d'admirer - triche, dopage et tout ça, caca! - c'est juste du spectacle."
Elle est simple la vie des jeunes dans le monde enchanté du docteur Blanc.
J'entends venir un dernier argument, à propos de spectacle. "Et la musique pop, la danse de haut niveau, le cinéma, c'est pas un monde de dopés, peut-être?"
Peut-être. Sauf qu'à part une frange de faiseurs d'opinion, on n'en a pas fait une norme socialement admise, la dope a toujours gardé un côté clandestin. Hypocrite sans doute, mais préférable à la généralisation. Il y a toujours eu des fantasmes de performance autour de la came, des hippies jusqu'au-boutistes aux banquiers survitaminés de Wall Street, mais elle n'a jamais remplacé le talent et le travail.
Cela dit, paix aux cendres de Daniel Blanc et à celles de Vandenbroucke, mort dans une chambre d'hôtel du Sénégal à 34 ans, pas très heureux semble-t-il.
C'est dur, quand le spectacle s'arrête. On n'a pas encore inventé de produit-miracle pour combler ce vide.

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