On dirait qu'à force de vendre - avec succès, il faut le dire - des voitures qui épatent la galerie, les dirigeants de Porsche se sont eux-mêmes écrasés dans les stucs. J'avoue avoir encore du mal à reconstruire tous les épisodes de cette saga familiale compliquée, mais les quelques éléments déjà glanés me semblent constituer les têtes de chapitre d'un formidable roman de l'ego en excès de vitesse.
1938. Ferdinand Porsche présente au Führer Adolf Hitler le prototype définitif de voiture populaire qui deviendra la célèbre "Coccinelle" VW.
1949. Après la guerre, le fils de Ferdinand, Ferry ressuscite l'entreprise Porsche à Stuttgart. VW renaît de son côté en 1948 sous la houlette de Heinrich Nordhoff, un ancien d'Opel. Des liens demeurent entre les deux sociétés, en particulier à travers Ferdinand Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, président du conseil de VW et gros actionnaire des deux. Piëch ne cache pas que son rêve est de les réunir un jour.
2005. Les dirigeants de Porsche s'attaquent à VW, dont ils prennent une part minoritaire. Ils utilisent une forme d'options particulières pour augmenter discrètement leur participation, se comportent comme un fonds spéculatif en utilisant un effet de levier maximal. A un moment donné VW devient la première entreprise du monde en capitalisation boursière.
Janvier 2009: Porsche monte sa participation dans VW à 50,76% et augmente sa dette nette à 10 milliards d'euros.
23 juillet 2009. Wendelin Wiederking, patron de Porsche et membre du conseil de surveillance de VW, est remercié, avec un parachute doré de 50 millions d'euros, le plus élevé dans l'histoire de l'Allemagne. Son salaire pour l'année précédente atteignait 80 millions d'euros, "justifié" par un bénéfice de 8,6 milliards d'euros dont seule une petite partie provenait de la vente de voitures.
30 juillet 2009. Porsche annonce, pour l'exercice qui se termine, une perte de 5 milliards d'euros, due à la crise financière et à ses jeux spéculatifs.
13 août 2009. VW prend une participation de 42% dans Porsche pour 3,3 milliards d'euros. Les deux sociétés annoncent leur intention de fusionner complètement en 2011.
14 août 2009. Qatar Holding met 7 milliards d'euros sur la table et prend 10% des droits de vote chez Porsche, 17% chez VW. Avec l'Etat de Basse-Saxonie, il deviendra l'actionnaire de référence de la future société unifiée.
20 août 2009. Suite à une plainte du Bafin, le régulateur financier allemand, la police fait une descente au quartier-général de Porsche. Wendelin Wiederking et d'autres seraient accusés d'avoir manipulé les marchés et profité d'informations d'initiés. Un porte-parole nie les reproches mais confirme que l'ex-patron et le responsable financier figurent parmi les suspects.
S'il tient jusque là, Ferdinand Piëch aura 84 ans en 2011 quand son rêve sera réalisé. A quel prix? Une entreprise moralement dévastée, portée à bout de bras par deux Etats, et dont les voitures ne figurent plus depuis longtemps parmi les plus innovantes.
Ô, dynasties pourrissantes...
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