samedi 22 août 2009

Ben se promène. L'économie boîte encore, pour longtemps

Jeudi dernier à Jackson Hole, Ben Bernanke est allé se promener un moment dans la nature. Cette nouvelle nous intéresse-t-elle?
Oui, en ceci: l'an dernier à pareille époque, les banquiers centraux réunis dans le lieu de villégiature du Wyoming n'avaient pas eu le temps de mettre le nez dehors. Cernés par les questions angoissées des médias, terrés comme des généraux dans un bunker pris sous le feu de l'artillerie ennemie, ils paraient au plus pressé - éviter l'implosion du système financier mondial.
Ils ont réussi, et le simple fait qu'à part la presse spécialisée, personne ne s'intéresse à la réunion de Jackson Hole en 2009 est en soi une bonne nouvelle. Moins on parle d'un banquier central, meilleures sont en général les perspectives.
Plus sérieusement, où en est-on alors qu'on s'approche de la date fatidique du 15 septembre, premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers?
Tout ayant commencé avec le dégonflement brutal de la bulle immobilière américaine, c'est vers ce marché qu'on se tourne d'abord. Les ventes de maisons existantes aux Etats-Unis ont progressé de 7,2% en juillet, le plus haut niveau depuis deux ans. Par ailleurs, l'indice S&P;/Case Shiller qui avait dégringolé non-stop de 206,52 points en juillet 2006 à 139,21 points en avril 2009 a amorcé sa première et timide remontée en mai, à 139,84 points. Toutefois, analyse The Economist dans sa dernière édition, le stock est énorme, et les conditions de crédit beaucoup plus dissuasives. Le redressement sera donc lent.
Au niveau macro-économique, les investisseurs se sont réjouis de voir le Japon, 2è économie mondiale, l'Allemagne et la France sortir techniquement de récession, même si c'est de justesse et sans garantie de durer. Le secteur tertiaire allemand a enregistré sa première croissance depuis septembre 2008, l'industrie française sa meilleure progression depuis 15 mois.
N'oublions pas toutefois qu'en automne dernier, les gouvernements ont décidé dans l'urgence des programmes de relance d'une ampleur jamais vue, qui déploient leurs effets en ce moment - par exemple les primes à la casse pour les voitures. Ces programmes ne dureront pas éternellement.
N'oublions pas non plus que les taux d'intérêt sont proches de zéro aux Etats-Unis, au Japon, et en Suisse, à peine plus élevés dans la zone euro. La politique monétaire reste extraordinairement accommodante partout, pour permettre aux banques de regonfler leurs bilans en élargissant leurs marges d'intérêt. Là encore, ça ne pourra pas durer éternellement.
Malgré ce soutien sans précédent, les banques sont loin d'avoir retrouvé leur santé et leur confiance. Peut-être assiste-t-on même à un déclin historique de ce secteur. La statistique qui m'a le plus fasciné cette semaine concerne les émissions d'obligations par les entreprises, qui ont dépassé pour la première fois la barre des 1000 milliards de dollars (1103 milliards exactement, et il reste encore quatre mois dans l'année) alors que le précédent record était de 898 milliards en 2007. Inversément, les prêts de banques ont reculé à 1052 milliards de dollars, alors qu'ils atteignaient 3369 milliards en 2007. Il y a deux ans, le rapport était de 3 contre 1 en faveur des prêts bancaires alors qu'aujourd'hui, il y a plus d'émissions obligataires! Le renversement est vertigineux.
Pour rester sur le marché des obligations, mais publiques cette fois, le Financial Times observe que le rendement des titres américains, sauf ceux à dix ans, est à la baisse, ce qui veut dire qu'il y a beaucoup plus d'acheteurs que de vendeurs.
Voilà qui relative les commentaires sur "l'appétit du risque retrouvé". Au lieu d'avoir les yeux rivés sur la bourse de Shanghaï, qui fonctionne en "casino fermé", note le FT, les investisseurs feraient mieux de ruminer le message que leur envoient les marchés obligataires. En gros, il est le suivant: assommé par le poids de ses dettes et la débâcle immobilière, le consommateur américain n'est pas prêt de se relever. Instruite par ses erreurs passées, la banque centrale ne laissera pas ses taux au plancher plus longtemps qu'il n'est nécessaire cette fois.
La "reprise" actuelle est donc d'abord liée à la reconstitution de stocks et à l'aide massive des gouvernements (en Chine particulièrement). Tel est aussi l'avis de The Economist, qui privilégie le scénario d'une reprise en "U", c'est-à-dire lente et sans élan. Certains indicateurs comme les prix du transport maritime et le taux d'utilisation des bateaux ne trompent pas: ça ne va pas très fort sur ce plan.
Les accros de la bourse devraient relire certaines analyses, publiées en début d'année, sur la "décade perdue" et la médiocrité des performances sur le long terme. On dirait qu'ils les ont déjà oubliées.C'est bien ce qui semble inquiéter le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet. La petite histoire ne dit pas s'il a eu le temps de se promener à Jackson Hole. Mais il s'est déclaré perturbé par les réactions excessivement optimistes qu'il devine aux moindres bonnes nouvelles de l'économie, alors qu'il reste d'énormes défis à surmonter. De façon intéressante, ses propos ont eu peu d'écho.
Dans son discours introductif, Ben Bernanke s'est attardé sur l'élément "panique" qui a caractérisé la crise de l'automne passé. La surréaction qui en a résulté explique une partie du plongeon des indices boursiers, et la disparition de cette panique explique leur remontée récente. Le reste sera bien plus ardu à regagner.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

N'écoutez pas les previsions, observez ce que les économies font, régulièrement. B.S. Rump

Yves Genier a dit…

Nouriel Roubini, "Dr Doom", prédit un second plongeon une fois les plans de relenace épuisés. Pendant des mois, il annonçait une récession longue. Il a raison, mais il est lui aussi en train d'adapter ses prévisions à la réalité. De fait, le monde continue de nager dans l'argent, preuve l'engouement croissant pour les obligations d'entreprises, finalement plus sûres que bien des banques! Cela dit, ces entreprises ont aussi eu un argument bien tentant pour allécher le chaland: offrir des coupons si élevés que certains tressemblaient à des plans de sauvetage à eux seuls.

Yves

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