"J'ai fait des études, j'ai une bonne formation théorique et pratique, vingt ans d'expérience dans le cacao; malgré cela, je finirai peut-être comme bonne à tout faire chez vous en Suisse": Mariam Sakho plaisante sur son sort derrière son bureau recouvert de déclarations de douane, copies d'offres à des clients et autres documents attestant d'une activité d'exportatrice. Mais sur le cacao, elle ne plaisante pas. Depuis la disparition de la caisse de la stabilisation en 1999, sur pression du FMI et de la Banque mondiale, la filière s'est déficelée, et cette richesse nationale qu'est le cacao a largement échappé aux Ivoiriens.
Mariam Sakho dirige Agrimex, une des rares sociétés exportatrices ivoiriennes. Elle compte sur ses doigts: "Nous étions cinq femmes dans cette activité, je suis la dernière à l'exercer encore." Le potentiel d'Agrimex est de 20 000 tonnes de café et cacao par an, mais il est difficile à atteindre, notamment à cause de la cherté du financement, un désavantage net des locaux par rapport aux groupes mondiaux et plus globalement du système de commercialisation interne en vigueur. Mariam se bat, notamment en étant intransigeante sur la qualité. Il y a beaucoup de coopératives fictives, dit-elle, qui n'en pratiquent ni les règles, ni l'esprit. Elle, elle connaît et sélectionne rigoureusement ses fournisseurs. Par fierté nationale aussi. La caisse de stabilisation - la "caisse" comme on l'appelle simplement ici, avait sans doute ses défauts, du coulage. Elle n'en a pas moins permis le développement du pays dans les années 70 et 80, permis de construire le pont de Gaulle à Abidjan, l'autoroute du Nord. "Je suis une enfant de la caisse", lance Mariam Sakho. Grâce à elle, l'Etat a payé mes études, y compris supérieures. Quand je les ai faites, les livres, le transport à l'école et même la cantine étaient gratuits.
Comme beaucoup d'Ivoiriens dans la filière, elle considère avec beaucoup de tristesse le désastre actuel, les arrestations de 23 dirigeants accusés de corruption il y a un an et pense qu'avec le système bricolé suite à l'intervention du FMI et de la Banque mondiale, n'importe qui voyant passer les milliards de francs CFA aurait fait pareil. Comme beaucoup d'Ivoiriens, elle estime qu'un retour à une forme de régulation étatique serait une bonne chose. Elle est prête à mettre son intelligence et son expérience à disposition du comité de réflexion qui réfléchira à une nouvelle structure plus durable et transparente, à rendre ce que la collectivité lui a donné.
vendredi 8 mai 2009
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