jeudi 7 mai 2009

600 km de route sur la filière cacao, cinq rencontres entre la brousse et le port


"Je m'appelle Kipré Issin. Je suis planteur près d'Issia, sur la route Daloa-Gagnoa. J'ai repris cette terre de mon père, elle fait à peu près un hectare et demi. Là il y avait du café, j'ai replanté en cacao. Les planteurs, ça ne gagne rien. Souvent, il y a l'ANADER (la vulgarisation agricole) qui vient rarement (sic). Ils discutent, mais après il n'y a rien. Avant, ils payaient un peu, pour les produits contre la maladie par exemple, mais c'est fini. Ici, il n'y a pas de coopérative. Pourquoi? je ne sais pas, ils ne prêtent pas d'argent, ils le prennent. Avant la récolte, j'ai besoin d'argent pour payer les produits, et les 10 000 francs (CFA = 15 euros) pour l'école. Je vends mon cacao au Libanais, parce que lui il prête. Le prix cette année, c'est entre 550 et 650 francs CFA le kilo de fèves (1 euro), ça va. Mes sacs sont livrés à Issia, parce que vers Gagnoa, il y a le corridor (barrage policier), et ils demandent de l'argent pour passer. Tiens, je t'offre cet ananas, tu le ramènes pour ta famille."

"Je m'appelle Hamadi Hussein. Je suis traitant à Issia, ici je fais entre 3000 et 4000 tonnes par année. La petite récolte qui commence maintenant ne s'annonce pas mal. Tiens, regarde cet échantillon, c'est de la bonne qualité. Tu dis que dans les sacs, les fèves sont plus petites et plus humides? Ca va, on sèche dans la cour, viens voir, et puis tu sais, c'est plus humide chez les autres. Les planteurs, ils veulent l'argent tout de suite, alors ils font trop vite. J'aime bien ce métier. Je travaille très fort entre septembre et mai, et puis après je prends quatre mois de vacances. S'il reste quelques sacs, je donne la clé à mon adjoint, il peut se charger de les vendre. Moi, je vais dans ma maison au Liban. Je bois le café, et j'achète et vends à la bourse. De tout. Depuis un mois j'achète, c'est bon. Mais c'est comme le casino, hein, quand tu perds, tu peux perdre beaucoup. L'année passée, j'ai acheté du pétrole à 125 dollars. Ici, je vends aussi le café. J'en ai 300 tonnes en stock, de la bonne qualité. Tu l'achètes?"

"Je ne t'ai pas donné mon nom, parce qu'on ne s'est pas parlé assez longtemps. Tu m'as demandé si j'étais d'accord que tu me prennes en photo, et on a posé avec les copains. J'ai demandé qu'on m'amène un sac de 65 kilos et hop! Comme tu vois, j'ai le coup de main, on sait y faire. On nous appelle les "marakas" - chez vous, on dirait manutentionnaires. Nous venons du Nord. Nous sommes très soudés entre nous. La paie n'est pas grande, mais si le patron embête l'un d'entre nous avec son contrat, nous arrêtons tous le travail. Là, tu nous vois avec nos T-shirts sales de travail, mais quand la journée est finie, on se sape, et les filles nous regardent passer. J'ai mon téléphone cellulaire, et je peux parler à mon copain tout en portant un sac, pas de problème. Salut, bonne journée!"

"Je m'appelle Fofana, je vends le Nescafé avec ma charrette. Ca fait sept ans que je fais ce travail, ma charrette a cinq ans, les couleurs sont un peu passées, mais ils m'ont dit que j'en aurai bientôt une nouvelle. La tasse, c'est 100 francs CFA (15 centimes d'euro). Je dois en vendre une certaine quantité pour payer la marchandise, puis le bénéfice est pour moi. Si je travaille bien, je peux arriver à 10 000 CFA."

"Je m'appelle Timothée Vidal, je suis responsable commercial pour la société Zamacom au port de San Pedro. J'ai choisi ce métier parce qu'il est proche du produit, qui est noble et vivant. Dans le cacao, ça bouge en permanence. J'aime les régions où il pousse. Avant, je faisais la même activité, en Amérique latine, donc je peux comparer. La Côte d'Ivoire a pas mal de progrès à faire, dans la qualité d'abord, au niveau des taxes ensuite, qui sont bien plus lourdes qu'ailleurs, et aussi dans la transparence du marché. Mon activité est bien payée, elle est intéressante parce qu'ici, nous essayons d'impliquer les coopératives pour améliorer la qualité. Tout est très ouvert. Qu'est-ce que je fais le week-end? On se voit avec des amis, il y a de très belles plages. Et puis il commence à y avoir des activités à San Pedro, même s'il y règne une ambiance un peu far-west. Je ne sais pas combien de temps je resterai ici, pour l'instant ça me plaît."

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