Depuis une quinzaine de jours, "les marchés", complaisamment relayés par la presse anglo-saxonne, ont décidé de tester la solidité du ménage public grec et, au-delà, celle de la zone euro.
Nul ne nie que la Grèce doit mettre de l'ordre dans ses finances et qu'elle n'a que trop tardé à le faire. Cela dit, une petite mise en perspective s'impose:
- La Grèce, c'est 3% du produit intérieur brut de l'Union européenne.
- Le déficit public annuel de la Grèce, c'est une semaine du déficit public américain.
- L'UE ne laissera jamais tomber la Grèce, et elle a largement les moyens de l'aider si le besoin s'en fait pressant. Simplement, elle ne peut ni ne veut le clamer en public. Elle ne peut pas parce qu'elle est soumise à des contraintes légales (Pacte de stabilité, règles de la Banque centrale européenne). Elle ne le veut pas parce qu'elle s'est trop souvent fait rouler dans la farine par le gouvernement grec et ses statistiques truquées. Jouer l'attentisme est une façon de dire à Athènes que cette fois, on ne rigole plus. Elle ne le veut pas non plus parce qu'en fait, l'UE rend service au nouveau gouvernement Papandreou en affichant une certaine intransigeance, lui permettant de dire à ses électeurs: "c'est pas moi, c'est les autres qui me forcent à prendre des mesures d'austérité".
Il n'en reste pas moins qu'en cas de besoin, des pays comme l'Allemagne sont prêts à colmater les brèches grecques (l'Allemagne l'a déjà fait pour l'Italie dans les années 70).
Toujours dans la mise en perspective, quelques nouvelles américaines:
- Moody's (qui n'est certes plus parole d'Evangile, mais ses avis restent intéressants) a publié mercredi une note sur le budget américain où elle écrit ceci: "A moins que des mesures d'assainissement supplémentaires soient prises, ou que l'économie rebondisse plus fortement que prévu, les projections des finances publiques pour la prochaine décennie mettront sous pression à un certain point la note triple A accordée aux obligations d'Etat américaines". Au fur et à mesure que les taux d'intérêt vont se relever et que la dette va augmenter, la capacité d'endettement du pays se détériorera "de façon majeure". Le seul paiement des intérêts pourrait atteindre 17,8% des recettes de l'Etat en 2020.
- Dans le propre budget de la Maison Blanche, un tableau relevé par AFP dans la section "perspectives analytiques" montre que dans l'hypothèse où les trois programmes de sécurité sociale actuels sont maintenus sans frein, le déficit américain représenterait 62,3 du PIB en 2085, la dette passant à ... 830% du PIB. OK, c'est un peu du jus de crâne, personne ne sait vraiment ce qui se passera dans 70 ans, mais cela indique une tendance.
- Les "credit defaut swaps" (en clair, le prix à payer pour le risque de défaut de paiement) sur la dette de la Californie ont augmenté de 97% depuis octobre dernier. La Californie, c'est la Grèce des Etats-Unis - sauf que son PIB "pèse" 1850 milliards de dollars, soit cinq fois et demi celui du pays de l'ouzo.
Où est le risque majeur?
jeudi 4 février 2010
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