J'aime la façon dont les journalistes anglo-saxons s'adressent aux chefs d'Etat. "Obama should...", "the governement must...", claironnent leurs commentaires. On devine, y compris chez les fous du roi, les restes du rantanplan propre aux puissances capables d'influencer la marche du monde.
Même le doux Martin Wolf, du Financial Times, n'échappe pas à ce tic. Sa dernière analyse est carrément écrite sur le mode "voilà ce que Barack Obama aurait dû dire à Hu Jintao" et se poursuit comme si c'était Casse-la-Barack lui-même qui mettait les points sur les "i".
Mais pourquoi mettre les points sur les "i", au fait? J'en viens au fait, qui touche justement au poids relatif des puissants et de l'usage qu'ils en font - dans le domaine monétaire en l'occurence.
Même si le climat et la prolifération nucléaire sont deux enjeux dont Barack Obama et Hu Jintao ont raison de se préoccuper à long terme, il est est un autre qui demande une action à court terme, souligne Martin Wolf: la valeur artificiellement basse de la monnaie chinoise, qui est en train de siphonner les mesures de relance économique au profit de la Chine. Ce n'est pas sain, c'est même dangereux.
Paul Krugman pense la même chose dans le New York Times. Nous vivons, depuis plus de trente ans, dans un régime dit de changes «flottants», rappelle-t-il. Les gouvernements laissent s'apprécier ou se déprécier leur monnaie et n'interviennent en principe que pour freiner des mouvements trop brutaux. Par exemple l'Islande, confrontée à une fuite des capitaux au plus fort de la crise, ou plus récemment le Brésil, confronté au problème inverse d'un afflux d'investisseurs risquant de provoquer une bulle et de l'inflation, et qui a décidé de taxer les entrées de capitaux.
Tel est le système, forcément imparfait. Il a une grosse exception: la Chine, qui a décidé de lier sa monnaie au dollar. Pas complètement, c'est vrai: jusqu'à l'an dernier, on avait vu le yuan s'apprécier timidement face au billet vert. Mais depuis que la tornade financière est passée par là, c'est le règne du chacun pour soi. Les Américains laissent filer le dollar (quoi qu'en dise Ben Bernanke) pour effacer une partie de leur dette gigantesque et favoriser leurs exportations. Et les Chinois s'accrochent fermement au dollar dans cette baisse.
Or ils ne sont pas du tout confrontés à la même situation que les Etats-Unis: leurs réserves dépassent 2200 milliards de dollars, leur économie a repris le chemin de la croissance. En s'accrochant au dollar, le le renminbi s'est artificiellement déprécié, depuis mars 2009, de 15,7% face à l'euro, de 32,2% face au dollar canadien, de 17,2% face à la livre sterling, de 10,7% face à la roupie indienne, etc.
Autrement dit, les Chinois sont en train de siphonner les autres pays pour exporter meilleur marché et accélérer leur reprise. C'est inadmissible non seulement face aux Etats-Unis, mais aussi face au reste du monde.
Deux universitaires de l'Institut des Hautes études internationales de Genève, Richard Baldwin et Daria Taglioni, défendent l'idée que le surplus chinois, temporairement limé par l'effondrement général du commerce mondial suite à la crise, va gonfler de plus belle. Là est le danger: les Etats-Unis, et d'autres pays, ne l'admettront pas, alors que leur taux de chômage rôde autour des 10%.
Les Chinois peuvent dénoncer à hauts cris les mesures protectionnistes occidentales sur les chaussures ou les pneus made in China, mais ce sont eux qui provoquent en ce moment les plus grandes distorsions du marché, en leur faveur, par leur politique monétaire, et le retour de bâton, par exemple sous forme de taxes généralisées à l'importation, pourrait être saignant.
Si on se place d'un point de vue chinois, on soulignera bien sûr que la crise est venue des excès américains, et que les premières victimes en sont les Asiatiques aux poches remplies de bons du Trésor et de titres américains. La Chine n'a pas envie de devenir, comme le Japon il y a vingt ans, le dindon de la farce quand la bulle se dégonfle.
Comme leur répond Wolf-Obama, personne ne les a forcés de se bourrer les poches de ces bons et titres américains. Les Chinois détestent qu'on vienne leur faire la leçon et renvoient aujourd'hui critique pour critique. Sauf qu'au jeu du «c'est ta faute, pas la mienne si le Monopoly est cassé», il n'y aura que des perdants.
On sait qu'une cause profonde de la crise réside dans l'«équilibre de la terreur» financier qui s'est établi entre les Etats-Unis et la Chine, les premiers dépensant beaucoup plus qu'ils ne gagnaient grâce aux seconds qui épargnaiennt beaucoup plus qu'ils ne devaient.
Aujourd'hui, les Etats-Unis réajustent leur politique dans la douleur. La Chine, elle, joue les profiteurs comme si de rien n'était. Cela ne vas pas.
C'est aussi ce que vient de dire, en termes plus diplomatiques, le patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn lors de sa tournée asiatique. En revanche, on est frappé par l'absence de l'Europe, pourtant concernée au premier chef, dans ce débat monétaire. C'est bien joli de se choisir un président du Conseil européen, un Haut-représentant pour les Affaires internationales, mais c'est encore mieux de savoir à quoi ils vont servir, quelle place l'Union européenne entend occuper sur la scène internationale.
mercredi 18 novembre 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


0 commentaires:
Enregistrer un commentaire